Regev critique Foxtrot, primé à Venise, et s’attire les foudres
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Regev critique Foxtrot, primé à Venise, et s’attire les foudres

La ministre de la Culture est passée à l'offensive contre le film 'Foxtrot,' de Samuel Maoz, qui a remporté une haute distinction lors du festival du film de Venise et pourrait rafler des prix lors des Oscars israéliens

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Pour les Ophir, la version israélienne des oscars, qui auront lieu le 19 septembre, on peut présumer que « Foxtrot », le film internationalement salué de Samuel Maoz, qui traite des parents qui font le deuil de leur fils tué pendant son service militaire, fera partie des grands gagnants.

Et l’on peut supposer que Miri Regev, ministre de la Culture, n’en sera pas ravie.

« Foxtrot », qui a permis à Maoz de décrocher un Lion d’Argent du Grand prix du jury à la Mostra de Venise dimanche, est nominé pour le meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur (Lior Ashkenazi) et meilleur second rôle féminin (Shira Haas) aux Ophirs.

Le film, une histoire sur le deuil des parents, avec des retournements et une satire, a été vivement critiqué par Regev. Elle a jugé le film diffamatoire de l’État d’Israël.

Immédiatement après que Maoz a reçu son prix à Venise, Regev, plutôt que de se répandre en félicitations, a vivement condamné le film sur Facebook.

Miri Regev, ministre de la Culture, huée au Festival du film de Jérusalem, le 8 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Miri Regev, ministre de la Culture, huée au Festival du film de Jérusalem, le 8 juillet 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Quand un film israélien remporte un prix international, le cœur s’emplit de fierté, et d’instinct, je veux renforcer et encourage la réussite israélienne », a-t-elle écrit. « Mais il y a une exception à cette règle, quand le monde s’enflamme autour de l’auto-flagellation et la coopération avec le discours anti-israélien. »

Regev, membre du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu, s’en est pris à une scène spécifique, vers la fin du film, quand les soldats commettent un crime de guerre meurtrier.

« L’armée pour laquelle j’ai servi pendant plus de 25 ans n’avait aucune de ces scènes. C’est de la diffamation pure et simple », a déclaré Regev, ancien porte-parole en chef pour l’armée. Elle a reconnu n’avoir pas vu le film. La Deuxième chaîne israélienne a, au cours d’un reportage, qualifié la scène de « surréaliste, pas réaliste ».

Après le festival, Maoz a indiqué qu’il avait reçu de nombreux messages de félicitations, qui le congratulaient de sa victoire face à Regev, et pour avoir lutté contre la ministre de la Culture, connue pour son verbe acerbe, qui s’est donné comme mission de s’en prendre aux institutions culturelles et aux artistes qui, selon elle, minent la politique d’Israël.

Samuel Maoz récompensé par le Lion d'argent du Grand prix du jury de la Mostra de Venise pour son film "Foxtrot", à Venise, le 9 septembre 2017. (Crédit : Tiziana Fabi/AFP)
Samuel Maoz récompensé par le Lion d’argent du Grand prix du jury de la Mostra de Venise pour son film « Foxtrot », à Venise, le 9 septembre 2017. (Crédit : Tiziana Fabi/AFP)

« Je n’ai rien gagné face à elle », a déclaré Maoz à la Deuxième chaîne. « Depuis le Liban, j’ai arrêté de me battre. »

Il a expliqué aux journalistes qu’aucune société ne peut prospérer quand « ses détracteurs sont considérés comme des traitres… Si je critique l’endroit dans lequel je vis, c’est parce que je m’inquiète. Je le fais parce que je veux le protéger. Je le fais par amour. »

Maoz était mitrailleur lors de la guerre du Liban en 1982, un souffre d’obusite (syndrome de stress post-traumatique). Il s’est ensuite formé pour devenir caméraman. « Lebanon », son premier film, qui est sorti en 2009, s’inspire de ses expériences personnelles dans son tank, avec son équipe de quatre hommes qui sont entrés dans un village libanais au début de la guerre.

Le film avait été rejeté des festivals de Berlin et de Cannes, mais Maoz avait remporté le Lion d’Or, la plus haute distinction de la Mostra de Venise, et le film avait été nominé aux Ophir dans dix catégories.

Vanity Fair a publié une critique de « Foxtrot », dans laquelle il est souligné que le film relève davantage de la fable que du documentaire, mais « il y a certains sujets qui sont plus chargés que dans certains films, au sujet de l’armée israélienne. Mais, à part d’être au fait de quelques coutumes funéraires juives, il n’est pas nécessaire d’être à jour sur la crise sécuritaire actuelle. C’est un film allégorique, et bien que son tempérament soit très israélien, son contenu aurait pu parler de n’importe quelle nation et son armée. »

Regev n’aimerait sûrement pas que ce film soit davantage récompensé. La ministre est connue pour sa critique de tout ce qu’elle considère comme inconvenant pour Israël, qu’il s’agisse de nudité au festival d’Israël, ou de films qui critiquent ou désapprouvent l’État ou les politiques du gouvernement. En septembre dernier, elle a quitté une cérémonie des Ophir à la lecture d’un poème palestinien de Mahmoud Darwish, parce que ses poèmes prêchent l’objection à l’existence d’Israël.

Durant la même cérémonie, deux actrices palestiniennes qui s’étaient illustrées dans le drame bédouin lauréat « Tempête de sable » ne sont pas montées sur scène pour recevoir leur prix des mains de Regev pour protester contre les positions adoptées par la ministre.

Au mois de mars, Regev a demandé au fonds de financement du cinéma israélien des informations détaillées sur le processus d’approbation des films lors d’une tentative apparente de prendre des mesures autoritaires concernant le financement d’état de ces films critiques à l’égard des politiques israéliennes. La majorité des oeuvres cinématographiques reçoivent une portion significative de leurs budgets de la part de l’état.

« Foxtrot » a été promis à de hautes distinctions dans le milieu depuis ses premières avant-premières au printemps. Parmi le jury qui a récompensé « Foxtrot » à la Mostra de Venise, la présidente Annette Bening, qui avait assisté aux soirées de Hollywood en soutien à Israël, et le réalisateur mexicain Michel Franco, qui serait juif et qui a applaudi l’excellent script du film ainsi que l’interprétation des comédiens.

Contrairement à la ministre de la Culture, le président israélien Reuven Rivlin a déclaré être impatient de découvrir le film.

« Je ne sais pas si je vais l’aimer mais je vais le regarder tout comme je tente de regarder tous les films israéliens », a-t-il commenté dimanche dernier.

« En général, je suis un grand fan du cinéma israélien qui est un symbole de liberté d’expression et de la force de la démocratie israélienne. Le cinéma israélien est l’un des ambassadeurs les plus importants d’Israël dans le mmonde en raison de sa qualité et de la manière dont il reflète différents aspects de la vie dans le pays, avec tous les ldéfis et la magie qu’elle comporte ».

La réaction de Regev a également suscité une réponse furieuse de l’acteur Lior Ashkenazi, tête d’affiche dans le film, qui a appelé à l’organisation d’une conférence de presse à Tel Aviv dimanche.

« Israël n’est pas mentionné dans le film, pas plus que ne l’est l’armée israélienne », a dit Ashkenazi. « Mais Miri Regev ne le sait pas parce qu’elle ne verra pas le film ».

La ministre de la Culture a estimé que le prix décerné à Foxtrot est la preuve que le gouvernement israélien ne doit pas financer des films qui peuvent devenir des munitions aux mains des pays ennemis.

« Elle dit ‘je ne donnerais pas mon argent pour cela’, », a répliqué. « Ce n’est pas son argent. Son travail, c’est de regarder des films israéliens, pas de décider lesquels réaliser. Elle ne critique pas, elle attaque. »

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