Réouverture du mont du Temple avec des centaines de Juifs ; 8 musulmans arrêtés
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Réouverture du mont du Temple avec des centaines de Juifs ; 8 musulmans arrêtés

Selon des policiers, certains ont tenté d'empêcher l'entrée aux Juifs ; la police se prépare à des affrontements après des mois de fermeture et la mort d'un Palestinien

Des fidèles musulmans prient au Mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem le 31 mai 2020, après que le site a été fermé pendant plus de deux mois en raison de la pandémie de coronavirus. (Ahmad GHARABLI / AFP)
Des fidèles musulmans prient au Mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem le 31 mai 2020, après que le site a été fermé pendant plus de deux mois en raison de la pandémie de coronavirus. (Ahmad GHARABLI / AFP)

Le lieu saint du mont du Temple à Jérusalem a ouvert dimanche aux Musulmans et aux Juifs pour la première fois depuis plus de deux mois. Seuls des incidents mineurs ont été signalés au milieu de tensions croissantes, un jour après qu’un homme de Jérusalem-Est non armé et atteint d’autisme a été abattu par des officiers.

La police a déclaré que huit musulmans ont été arrêtés pour avoir « scandé des slogans nationalistes » et tenté de perturber l’entrée des Juifs dans le site, où se trouve la mosquée Al-Aqsa, et où se situaient les deux anciens temples juifs, et qui est saint pour les deux religions.

En plus des centaines de musulmans, des centaines de juifs sont également arrivés pendant les quatre heures du matin où les non-musulmans sont autorisés à entrer sur le site. Les Juifs religieux ne sont autorisés à entrer que sous une protection et une surveillance policière très strictes, avec de nombreuses restrictions, et sont conduits par un itinéraire court et prédéterminé.

Parmi eux figuraient un militant de longue date du mont du Temple et ancien député Likud Yehudah Glick, l’ancien ministre Uri Ariel et l’ancienne députée Shuli Moalem-Refaeli.

Malgré l’interdiction faite aux Juifs de prier sur le site, certains ont été filmés en train de prier.

L’enceinte du mont du Temple était fermée depuis fin mars pour empêcher la propagation du coronavirus. Le lieu saint a été ouvert à l’aube dimanche matin, sous certaines conditions.

Les militants pour le droit des juifs à prier sur le mont du Temple demandent depuis longtemps au gouvernement de rouvrir le site, arguant qu’il était injuste que les responsables du Waqf islamique et d’autres responsables musulmans soient autorisés à entrer sur le site pendant la fermeture, mais pas les juifs.

La police s’était préparée à d’éventuels affrontements et troubles, et les policiers ont été plus nombreux que les visiteurs musulmans et juifs sur le site après les heures de prière du matin.

Tous les visiteurs sont tenus de porter un masque facial, et leur température est contrôlée à certaines des portes du site.

Les prières musulmanes dans l’enceinte ne sont désormais autorisées que dans les zones extérieures, dans des sections marquées, chacune pouvant accueillir jusqu’à 50 personnes, et non à l’intérieur de la mosquée Al-Aqsa ou dans le Dôme du Rocher.

Scandant « Dieu est le plus grand, nous protégerons Al-Aqsa avec notre âme et notre sang », un groupe de musulmans a été accueilli à l’aube par le directeur de la mosquée, Omar al-Kiswani, qui les a remerciés pour leur patience.

Jusqu’à présent, Israël a enregistré plus de 17 000 contaminations dans sa population d’environ neuf millions d’habitants, dont 284 décès. Du côté palestinien, moins de 500 cas ont été confirmés en Cisjordanie et à Gaza, dont 3 morts, pour une population totale d’environ cinq millions d’habitants.

Au cours des dix dernières semaines, les muezzins avaient appelé les fidèles à prier, mais chez eux, et ce même pendant le mois saint du ramadan qui s’est terminé la semaine dernière.

« ll n’y a eu ni ramadan, ni Aïd al-Fitr (à Al-Aqsa), mais aujourd’hui c’est la fête, tout est différent », a déclaré sur place Ramzi Abisan, un homme dans la trentaine venu aux aurores pour assister à la première prière.

L’ouverture du site, qui a été le théâtre de nombreux affrontements et d’explosions de violence en période de tension, est intervenue à un moment particulièrement délicat, avec la mort d’Iyad Halak, 32 ans, tué par la police des frontières samedi matin, qui a suscité l’indignation des Palestiniens.

Halak a été abattu dans la Vieille Ville de Jérusalem, la police ayant déclaré qu’il semblait tenir une arme. Halak n’était pas armé et n’avait apparemment pas compris les ordres des officiers de s’arrêter alors qu’il passait près de la Porte des Lions. Il se serait enfui à pied et se serait caché dans un local à ordures.

Les policiers ont donné des comptes-rendus contradictoires des événements, un commandant ayant dit aux enquêteurs qu’il avait sommé son subordonné de cesser le feu, un ordre qui n’a pas été suivi, a-t-il dit, selon les rapports des médias en langue hébraïque. L’officier a nié le récit du commandant.

Les deux ont été interrogés en garde à vue samedi. L’officier a été placé en résidence surveillée et son commandant a été libéré sous certaines conditions.

Iyad Halak. (Autorisation)

Le parti Fatah du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a dénoncé la fusillade comme un « crime de guerre ». Il a déclaré qu’il tenait le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour entièrement responsable de « l’exécution d’un jeune homme handicapé ».

Des militants ont protesté contre le meurtre à Jérusalem et à Tel Aviv samedi soir. A Jérusalem, quelque 300 personnes se sont rassemblées dans le centre de la ville, appelant à la lutte contre le régime militaire israélien en Cisjordanie et contre la violence policière. Plusieurs dizaines de personnes ont manifesté devant un poste de police à Jaffa, appelant à « la justice pour Iyad ».

En ligne, les photos de Iyad Halak circulaient au dessus des mots-dièses #PalestinianLivesMatter (Les vies palestiniennes comptent), ou #ICantbreath en référence au mouvement Black Lives Matter (« La vie des Noirs compte ») et aux manifestations antiracistes en cours aux Etats-Unis.

Amir Ohana, le nouveau ministre de la Sécurité publique, qui supervise la police, a exprimé sa profonde tristesse suite à la mort de Halak et s’est engagé à enquêter. Mais il a également déclaré qu’il était prématuré de « prononcer une sentence » à l’encontre des policiers impliqués, notant qu’ils « doivent prendre des décisions fatidiques en l’espace de quelques secondes dans une région qui a été submergée par des attaques terroristes, et dans laquelle il y a un danger constant pour leur vie ».

Qualifiant le décès d’“incident exceptionnel”, la police a déclaré que l’affaire avait été immédiatement renvoyée pour une enquête des affaires internes, repoussant les critiques cinglantes des politiciens et autres personnalités publiques à l’encontre de la police.

« Il convient d’attendre les résultats de l’enquête avant de tirer des conclusions définitives, et d’éviter la sale calomnie… de ceux qui, au quotidien, protègent la sécurité des citoyens israéliens », peut-on lire dans le communiqué.

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