Sacha Baron Cohen poursuivi par l’héritière d’une survivante de la Shoah
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Sacha Baron Cohen poursuivi par l’héritière d’une survivante de la Shoah

Judith Dim Evans, interviewée pour la suite de "Borat", aurait cru prendre part à un documentaire sérieux et aurait été horrifiée d'apprendre que le film "se moquait de la Shoah"

Sacha Baron Cohen arrive à la Vanity Fair Oscar Party le 4 mars 2018, à Beverly Hills, en Californie. (Evan Agostini/Invision/AP)
Sacha Baron Cohen arrive à la Vanity Fair Oscar Party le 4 mars 2018, à Beverly Hills, en Californie. (Evan Agostini/Invision/AP)

La suite de « Borat », le film tourné en 2006 par Sacha Baron Cohen, sortira la semaine prochaine. Et le comédien juif est actuellement d’ores et déjà poursuivi en justice par l’héritière d’une survivante américaine de la Shoah récemment décédée – ces derniers affirment que l’inclusion de l’interview vise à tourner en ridicule le génocide nazi et la culture juive.

L’héritière de Judith Dim Evans, qui a déposé plainte cette semaine devant la Cour supérieure de Fulton, dans l’Etat américain de Géorgie, réclame que l’interview soit coupée du film et demande des dommages et intérêts (moins de 75 000 dollars), a fait savoir l’Atlanta Journal-Constitution dans la journée de mercredi.

Selon l’article, Evans avait été approchée pour évoquer la Shoah et avait pensé prendre part à un documentaire sérieux.

La plainte s’en prend également au distributeur du film, Amazon Prime, et à la compagnie de production Oak Springs Productions. Déposée par la fille d’Evans, Michelle Dim St. Pierre, exécutrice de sa succession, elle invoque une violation mensongère de la vie privée, l’appropriation de l’image d’Evans pour un gain commercial, et une fraude.

L’entretien avait eu lieu cette année, le 29 janvier, dans une synagogue de Dunwoody. La plainte prétend qu’il avait eu lieu « sous de faux prétextes, avec l’intention de s’approprier son image ».

« Madame Evans n’a pas consenti à l’usage commercial de son image dans ‘Borat: Subsequent Moviefilm’, ou dans une comédie de type ‘moqumentaire' », ajoute la plainte.

« Après avoir appris, à l’issue de l’entretien, que le film était une comédie qui voulait se moquer de la Shoah et de la culture juive, Madame Evans a été horrifiée et en colère », note la plainte, selon l’article.

« Si Madame Evans avait été informée de la vraie nature du film et de l’objectif de l’interview, elle n’aurait pas accepté de prendre part à cette dernière », continue le journal.

Sacha Baron Cohen dans le trailer de la suite de Borat, diffusée par Amazon en date du 1er octobre 2020. (Capture d’écran/YouTube)

La plainte précise que les producteurs auraient tenté de payer Evans pour l’interview mais qu’elle avait refusé.

Il est difficile de dire pour le moment si Evans a signé un éventuel document autorisant les producteurs à utiliser les images dans n’importe quel cas de figure. Un avocat de l’héritière d’Evans a refusé de répondre à une question posée par l’Atlanta Journal-Constitution sur le sujet.

Evans, qui vivait à Aiken, en Caroline du sud, est décédée cet été.

Borat est un personnage acerbe, héros du film éponyme qui avait été réalisé en 2006 par Baron Cohen et qui avait fait exploser le box-office. Une bande-annonce a été diffusé au début du mois pour annoncer la suite, qui doit sortir le 23 octobre, peu avant les élections américaines du 3 novembre.

Dans la mesure où le personnage est dorénavant reconnaissable aux yeux d’une grande partie du public, il porte, dans le trailer, des déguisements élaborés.

Il est vu en train de faire du shopping pour trouver un costume de Halloween, arrêté par la police pour avoir attaché une femme sur le toit de sa voiture, se plaçant en quarantaine dans une cabine pendant la pandémie, et approchant le vice-président Mike Pence, habillé en Donald Trump.

Le film se concentrerait notamment sur la pandémie de coronavirus et sur Trump et ses partisans.

L’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, a indiqué qu’il avait appelé la police après que Baron Cohen soit entré en bikini dans son bureau pour une interview.

Le nom officiel du film est : « Borat Subsequent Moviefilm: Delivery of Prodigious Bribe to American Regime for Make Benefit Once Glorious Nation of Kazakhstan. »

Le premier original se nommait : « Borat : Leçons culturelles sur l’Amérique au profit glorieuse nation Kazakhstan. » Baron Cohen, qui est Juif, y campait un personnage de journaliste absurde originaire du Kazakhstan, antisémite, misogyne et généralement offensant, interagissant avec des Américains qui ignoraient le caractère fictif de l’individu.

Il avait été particulièrement remarqué pour sa capacité à révéler le racisme et les préjugés parmi les personnes interrogées qui baissaient la garde en s’adressant à ce Kazakh présumé.

En 2007, Baron Cohen avait dit qu’il allait mettre Borat à la retraite, citant sa notoriété trop importante.

« Le problème avec le succès », avait-il dit, « c’est que, même si c’est fantastique, chaque personne nouvelle qui découvre le film de Borat est une personne de moins que je pourrais tromper avec Borat une fois encore », avait-il alors déclaré.

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