« Safe for Jews » : un site aide les voyageurs juifs à éviter l’antisémitisme
Le site utilise l'IA et des avis officiels pour évaluer la sécurité des pays. L'Albanie, la Bolivie et le Cambodge figurent parmi les destinations les moins dangereuses
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Shay Yaish a quitté son emploi dans la tech il y a de cela un an, avec le projet de créer sa propre startup. Déçu de ne pas trouver d’idée, il annonce alors à sa femme qu’il a besoin de vacances pour mieux réfléchir.
C’est là que l’idée lui vient.
« Avec tout l’antisémitisme qu’il y a partout dans le monde, nous avons cherché des endroits sûrs pour les Israéliens », explique-t-il. « C’est alors que je me suis demandé : Pourquoi n’y a-t-il pas un site Internet où je puisse trouver cette information facilement ? »
C’est sur la base de cette idée que Yaish a créé Safe for Jews, un site Internet en hébreu et en anglais qui utilise l’intelligence artificielle, des avertissements officiels aux voyageurs et des signalements de la communauté pour évaluer la sécurité des pays et des villes pour les Juifs.
Des centaines de personnes consultent désormais le site chaque jour pour décider où partir en vacances, souligne-t-il.
Voyager quand on est juif, en particulier lorsqu’on est facilement identifiable, a toujours été délicat dans certaines parties du monde.
Le regain d’antisémitisme, partout dans le monde, suite aux attaques du 7 octobre 2023 et de la colère suscitée par la réponse militaire israélienne à Gaza semblent avoir drastiquement réduit le nombre d’endroits dans lesquels les Juifs d’Israël ou de la diaspora peuvent s’attendre à être à l’abri d’attaques ou de harcèlement antisémites.
De nombreux voyageurs y regardent désormais à deux fois avant de se rendre dans des régions du monde où le sentiment anti-juif et anti-israélien est à son comble, ou tout du moins font en sorte de soigneusement cacher tout signe extérieur qui pourrait les identifier comme juifs.
« Lorsque j’ai créé ce site, je pensais que cette haine anti-israélienne serait passagère », poursuit Yaish. « Je n’aurais jamais imaginé que ce serait encore comme ça aujourd’hui. »
Yaish, 34 ans, est né à Tibériade et vit aujourd’hui à Pardes Hanna. Il se définit comme un « développeur dans l’âme » qui code depuis ses 16 ans.
Il a développé Safe for Jews à l’aide d’outils d’IA, et utilise l’IA pour mettre à jour le site avec des actualités relatives aux actes antisémites.
Le site s’appuie également sur les conseils officiels aux voyageurs émis par Israël envers certains pays — lesquels ne sont d’ailleurs pas toujours liés à l’existence d’actes antisémites ou des menaces contre les Juifs — ainsi que sur les signalements soumis par les utilisateurs du site eux-mêmes, ce qui permet de générer un avis et un résumé des informations pertinentes pour les voyageurs.
« Il ne s’agir pas juste de répondre à la question « Est-ce que ce pays est sûr ? », mais aussi à « Que se passe-t-il dans la région dans laquelle j’envisage de me rendre et quel genre d’incidents y ont été signalés récemment ? » », explique Yaish.
Tout est compilé automatiquement à l’aide de l’IA, poursuit Yaish, mais il vérifie régulièrement le résultat afin de s’assurer que les informations sont correctes. Dans la mesure où il s’appuie sur l’IA et des informations collectées sur Internet, ses avis ne sont pas toujours à jour ni le fruit de recherches rigoureuses.
Le site conseille aux utilisateurs de ne pas se fier uniquement à ses recommandations.
« Sur le site, nous avons une clause de non-responsabilité qui rappelle aux utilisateurs qu’il ne s’agit pas d’un avis officiel et que notre responsabilité n’est aucunement engagée vis-à-vis des décisions prises grâce au site », relève Yaish. « Il faut que les gens fassent leurs propres recherches et fassent preuve de bon sens. »
La liste des endroits sûrs pour les Juifs a diminué ces derniers temps, comme le montre le site Internet. Parmi les pays les mieux classés en terme de sécurité figurent des pays d’Europe de l’Est comme la République tchèque, l’Albanie, la Lituanie ou encore la Biélorussie, mais aussi des pays d’Amérique du Sud comme la Bolivie, le Paraguay ou l’Équateur, et des pays d’Extrême-Orient comme le Japon, le Viêt Nam ou le Cambodge.
Le Népal, l’Islande et Chypre sont également classés comme sûrs, tout comme des destinations reculées et exotiques telles que les îles Marshall, la Micronésie, les Palaos et Tuvalu.
« Il y a beaucoup d’endroits dont les gens n’ont jamais entendu parler », ajoute Yaish.
De nombreuses destinations courantes, comme les États-Unis, l’Australie et la majeure partie de l’Europe, sont étiquetées « Prudence », assorties d’un commentaire disant que « les symboles juifs/israéliens doivent être limités au maximum ».
D’autres pays qui ont connu des activités antisémites plus virulentes, à l’instar de l’Espagne, du Canada, du Royaume-Uni, de l’Afrique du Sud ou de la Russie, sont marqués « Avertissement », assortis de la consigne de rester vigilant et d’éviter de dire que l’on est juif ou israélien. Un certain nombre de pays majoritairement musulmanes, comme l’Iran, l’Afghanistan et l’Égypte, sont étiquetés comme « Dangereux ».
Ces différents niveaux de sécurité sont destinés à refléter une réalité mouvante sur le terrain et les tensions complexes que de nombreux Juifs ressentent lorsqu’ils voyagent, précise Yaish.
« J’ai des amis qui n’ont aucun problème à dire qu’ils sont Israéliens lorsqu’ils sont à Chypre, mais s’ils sont, disons, en Espagne, ils feront en sorte de taire leur identité », explique-t-il. « Cela dépend du pays et de la façon dont on ressent les choses. »
Pour l’heure, Yaish ne gagne pas d’argent avec son site Internet, lancé il y a de cela un an, mais il espère bien le développer pour en faire une plateforme permettant aux Juifs de trouver des hôtels adaptés, des restaurants cashers et d’autres ressources pour répondre à leurs besoins.
Mais pour l’instant, le simple fait d’aider les voyageurs juifs au milieu du chaos antisémite mondial est un défi suffisant.
« Les choses sont vraiment confuses en ce moment pour les Israéliens qui veulent voyager », conclut Yaish. « Les gens veulent juste savoir où ils peuvent aller sans prendre de risques. »
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