Samuel Coriat : l’enquête bascule vers la piste d’un homicide volontaire
D’abord poursuivi pour homicide routier, le chauffeur de bus est désormais soupçonné d’avoir délibérément percuté sa victime, après la découverte de SMS troublants
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Ce qui ressemblait à un tragique accident de la route pourrait ne pas en être un. Le 16 avril dernier, Samuel Coriat, 21 ans, étudiant juif à CentraleSupélec et grand espoir du handball français, mourait après avoir été renversé par un autobus alors qu’il sortait de la Lumen, la bibliothèque de l’université Paris-Saclay à Gif-sur-Yvette. L’affaire a depuis pris une autre tournure : le parquet d’Évry demande désormais la requalification des faits en homicide volontaire.
Samuel Coriat traversait un passage piéton à Gif-sur-Yvette, dans l’Essonne, lorsqu’il a été renversé par un autobus de la RATP conduit par « Roby », 25 ans.
Le chauffeur a été mis en examen dès le 18 avril pour homicide routier et placé sous contrôle judiciaire. Mis à part le fait que le bus roulait à 40,6 km/h au lieu des 30 km/h autorisés, rien n’avait, dans un premier temps, orienté l’enquête vers une intention criminelle.
Une expertise du véhicule avait écarté tout dysfonctionnement mécanique et les analyses avaient confirmé que le chauffeur n’avait consommé ni alcool ni stupéfiants. Sans caméras de surveillance dans le secteur ni sur le véhicule, la défense comme le juge d’instruction avaient alors conclu à un accident tragique.
« J’éprouve beaucoup de remords après ce qui s’est passé », avait déclaré Roby lors de sa comparution devant la chambre de l’instruction de Paris.
Mais c’est la découverte de messages WhatsApp échangés avec des collègues ainsi qu’une publication sur Snapchat qui ont conduit le parquet d’Évry à demander une révision du dossier.
Dans ses échanges, le chauffeur avait écrit : « Je pensais renverser quelqu’un, du coup j’ai diminué le kick » et « Je suis le B. » Après les faits, il avait photographié le corps dans l’ambulance avant de publier l’image sur l’application Snapchat avec la mention : « Je suis un criminel pour quelqu’un d’égoïste et qui a traversé la rue avec le sentiment que tout lui est dû. »
Roby maintient que « ces messages ne veulent rien dire » et qu’il « ne savait pas ce qu[» il] faisait en les écrivant ». Selon son avocate, Me Rachel Ngo Ndjigui, son client, qui a un casier judiciaire vierge et « vit chez sa mère à Nanterre », aurait « tout fait pour éviter la victime ». Il aurait même klaxonné.
Ces arguments ne suffisent pas toutefois à convaincre l’avocat général qui souligne l’absence totale de traces de freinage, alors que la visibilité était parfaite le jour du drame. Il rappelle aussi que plusieurs témoins ont confirmé la vitesse excessive du bus. « La volonté de tuer quelqu’un, matérialisée par les SMS, peut être discutée », a-t-il concédé, tout en maintenant sa demande de requalification.
Le chauffeur quant à lui affirme qu’il ignorait la présence d’un passage piéton, ce qui l’aurait empêché de freiner à temps. Il insiste également sur le fait que ses messages traduisaient sa peur et non un désir de renverser quelqu’un.
« C’était une hantise [en tant que chauffeur de bus] et je voulais même arrêter ce travail », a-t-il assuré à la barre.
Roby a finalement été remis en liberté sous contrôle judiciaire, avec un permis suspendu. Il doit également rencontrer le psychologue de la RATP jeudi.
Décrit par ses proches comme un jeune homme « apprécié de tous », la mort de Samuel avait suscité une immense émotion sur le campus de Paris-Saclay. Ce grand espoir du PSG handball était selon le club « très investi dans la vie associative en tant qu’arbitre et éducateur auprès des jeunes ».
Le rabbin Moshé Sebbag et la direction de la synagogue de la Victoire, dont il était issu, avaient salué en lui « une âme lumineuse qui marque une communauté ».
Lors de ses funérailles, son père, Sylvain Coriat, avait exprimé son incompréhension : « Je ne comprends pas comment cela a pu arriver. Mon fils était un bosseur. Traverser pour aller à la bibliothèque, il l’a fait des centaines de fois depuis septembre et savait très bien que les bus roulent vite à cet endroit. On n’est pas en colère, mais ne pas mettre un feu rouge ici, c’est criminel. Samuel ne doit pas être mort pour rien et, surtout, il doit être le dernier. »
Pour honorer sa mémoire, sa famille a souhaité créer un fonds de bourses destiné aux étudiants poursuivant un double diplôme entre CentraleSupélec et le Politecnico di Torino, en Italie.
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