Samuel Paty avait fait une « erreur », selon l’inspection académique
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Samuel Paty avait fait une « erreur », selon l’inspection académique

L’inspecteur a écrit que "M. Paty a reconnu avoir fait une erreur. Il ne voulait pas froisser les élèves en utilisant une caricature comme support pédagogique"

Des proches et collègues de Samuel Paty pendant la Marche Blanche à Conflans-Sainte-Honorine, le 20 octobre 2020. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)
Des proches et collègues de Samuel Paty pendant la Marche Blanche à Conflans-Sainte-Honorine, le 20 octobre 2020. (Crédit : Bertrand GUAY / AFP)

Dans un courriel envoyé quelques jours avant l’assassinat du professeur Samuel Paty, le référent laïcité de l’inspection académique de Versailles avait expliqué que celui-ci ne maîtrisait pas les « règles de la laïcité », a rapporté le magazine Le Point.

En préalable à un entretien avec la principale du collège de Conflans-Sainte-Honorine, le professeur d’histoire-géographie, et la CPE de l’établissement, le référent laïcité de l’académie écrivait dans son mail que la rencontre porterait « notamment sur les règles de laïcité et de neutralité que ne semblent pas maîtriser M. Paty ».

L’inspecteur invitait également la principale à une réunion sur les « questions vives » de laïcité avec l’équipe académique valeurs de la République : « L’exemple de votre collègue pourra ainsi être rapporté et étudié avec grand intérêt, de manière à produire des outils et ressources utiles pour tous les enseignants. »

Dans son texte, il copiait-collait un précédent mail de Samuel Paty, qui selon lui prouvaient « une appréciation inexacte de la laïcité et de la neutralité ».

L’enseignant avait affirmé que la laïcité est « le respect de toutes les croyances (et c’est notamment pour cela qu’il ne faut pas montrer de signes religieux en classe) ».

« Mon comportement qui consiste à ne pas obliger à regarder ce type de caricature est un comportement laïque », écrivait-il. « Le problème est réglé avec Mme X [une maman qui avait appelé la principale pour se plaindre] qui m’affirmait que sa fille arrivait athée en classe, ce qui est faux. Elle arrive laïque. »

Après l’entretien avec la direction du collège, l’inspecteur a écrit que « M. Paty a reconnu avoir fait une erreur. Il ne voulait pas froisser les élèves en utilisant une caricature comme support pédagogique et il les a froissés en laissant supposer qu’il s’adressait aux musulmans. Il a été maladroit et il a laissé penser qu’un critère religieux pouvait induire des activités pédagogiques différentes pour une même classe. Mais si l’effet est celui d’un manquement à la laïcité/neutralité, à aucun moment le manquement n’a été intentionnel et cela a été très ponctuel dans une séance d’une heure d’une séquence pédagogique de sept séances. L’erreur a été reconnue dès les premiers appels de parents tant par la principale que par l’enseignant ».

« Si M. Paty sollicite la protection du fonctionnaire [c’est-à-dire que ses frais de justice soient pris en charge], je suis d’avis de solliciter de M. Paty un écrit sur l’incident et le déroulement de cette semaine et de se décider sur cette base (nous restons disponibles dans cette occurrence) », concluait-il.

Il a également estimé que Brahim Chnina, parent d’élève qui a publié des vidéos sur Internet contre le professeur, cherchait à « monter une affaire qui dénature les faits en faisant passer l’enseignant comme ayant agi contre les musulmans ».

Alors que l’affaire prenait de plus en plus d’ampleur, la directrice a reçu un nouvel appel de l’inspection. « L’inspecteur d’académie a estimé que la situation était grave, car les commentaires qui suivaient la vidéo désignaient nommément M. Paty », a-t-elle expliqué à la police. « Il me conseillait de déposer plainte. Il m’a demandé les coordonnées de M. Paty pour l’appeler et le réconforter. »

Alors que la situation semblait s’apaiser, notamment suite à une réunion publique avec l’inspecteur dans l’établissement le lundi 12 octobre, Samuel Paty sera tué par un terroriste russe d’origine tchétchène de 18 ans le vendredi en fin d’après-midi.

Interrogé par Le Point sur « l’erreur » de Samuel Paty, le rectorat de l’académie de Versailles a expliqué que le référent laïcité ne visait ici que « la décision de M. Samuel Paty de proposer à certains élèves de sortir de sa classe, décision qu’il a lui-même considérée comme une ‘erreur humaine’ et qualifiée comme telle dans son mail à ses collègues ».

« L’institution scolaire a été, à chaque instant, en soutien à Samuel Paty », poursuit le rectorat. « En débriefant avec lui sa séance, en le conseillant pour apaiser la situation, en le soutenant vis-à-vis des parents et de ses collègues, en recevant l’ensemble des enseignants du collège, en le prévenant dès connaissance de la vidéo le nommant, en lui conseillant de porter plainte, en l’accompagnant lors de son dépôt de plainte, en doublant par une plainte de la principale. »

« Plus que ça, l’institution a pris toute la mesure de la situation en alertant les services de police dès le vendredi 9 octobre sur la présence de M. Sefrioui avec le père de famille. Puis en faisant un second signalement le lundi 12 après la parution de la vidéo, en demandant que le commissariat de Conflans soit sensibilisé à cette situation. Puis en suivant à nouveau la situation auprès des services de police le jeudi 15 octobre. »

« À chaque instant, tant sur le plan pédagogique que sur le plan personnel de la protection de Samuel Paty, l’institution scolaire a été à ses côtés », affirme le rectorat.

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