Scandale des sous-marins : la police pourrait inculper des proches de Netanyahu
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Scandale des sous-marins : la police pourrait inculper des proches de Netanyahu

Des avocats de Netanyahu, un ex-chef d'Etat-major, un responsable de la sécurité nationale et un chef de la marine seraient soupçonnés de corruption dans l'affaire des sous-marins

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

(De gauche à droite) L'avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, David Shimron, son ancien envoyé diplomatique Yitzhak Molcho, son ancien chef de bureau David Sharan, l'ancien vice-président à la sécurité nationale Avriel Bar-Yosef et l'ancien commandant de la marine israélienne Eliezer Marom. (Crédit : Flash90)
(De gauche à droite) L'avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, David Shimron, son ancien envoyé diplomatique Yitzhak Molcho, son ancien chef de bureau David Sharan, l'ancien vice-président à la sécurité nationale Avriel Bar-Yosef et l'ancien commandant de la marine israélienne Eliezer Marom. (Crédit : Flash90)

La police se prépare à recommander des inculpations contre les cinq principaux suspects dans l’Affaire 3000, dont deux proches conseillers du Premier ministre Benjamin Netanyahu — David Shimron et Yitzhak Molcho — et son ancien chef de bureau David Sharan, a fait savoir la chaîne Hadashot mercredi soir.

Les trois hommes, ainsi que l’ancien commandant de la marine israélienne Eliezer Marom et l’ancien vice-président du Conseil de la sécurité nationale, Avriel Bar-Yosef, sont soupçonnés de corruption dans l’achat par Israël de vaisseaux au constructeur naval allemand ThyssenKrupp.

La police recommandera leur inculpation dans plusieurs semaines pour plusieurs chefs d’accusation, parmi lesquels des accusations de pots-de-vin, d’abus de confiance, de fraude et de blanchiment d’argent, a fait savoir le reportage.

Les recommandations, qui informent le procureur de l’Etat que les enquêteurs estiment que suffisamment de preuves ont été recueillies pour traduire les suspects en justice, se baseraient sur des déclarations apportées par le témoin de l’accusation Miki Ganor, le représentant local de ThyssenKrupp ainsi que par des preuves matérielles découvertes durant l’enquête qui a duré un an.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur l’INS Tanin, sous-marin construit par la firme allemande ThyssenKrupp, à son arrivée en Israël, le 23 septembre 2014. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

L’enquête s’est concentrée sur des soupçons de pots-de-vin reçus par des responsables de l’Etat pour influencer une décision favorisant l’achat de quatre bateaux de patrouille et de trois sous-marins de type dauphin à ThyssenKrupp pour un coût total de 2 milliards d’euros, malgré l’opposition du ministère de la Défense à cet accord.

Répondant au reportage de mercredi, la police a fait savoir que l’enquête était toujours en cours et qu’aucune décision portant sur d’éventuelles recommandations n’avait été prise.

« Lorsque l’enquête sera terminée et que ses conclusions seront tirées, nous annoncerons s’il existe une base de preuves [pour des poursuites], a fait savoir la police dans un communiqué.

L’avocat Yitzhak Molcho discute avec des manifestants à son bureau de Jérusalem, le 10 septembre 2007 (Flash90)

Yitzchak Molcho, négociateur en chef de Netanyahu et son envoyé personnel pendant plus d’une décennie, et son partenaire David Shimron, cousin et avocat du Premier ministre, ont été désignés comme suspects dans l’enquête au mois de novembre.

Dans un entremêlement de relations compliquées, Molcho est soupçonné d’avoir tenté de favoriser le potentiel accord durant des voyages diplomatiques effectués au service du Premier ministre à l’étranger tandis que Shimron aurait cherché à promouvoir les intérêts en Israël de ThyssenKrupp.

David Shimron, l’avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Tel Aviv, le 17 février 2015. (Crédit : Ben Kelmer/Flash90)

Shimron, qui a passé des années à défendre Netanyahu contre des dizaines de rapports dénonçant de mauvaises pratiques et un mauvais usage de sa fonction pour des intérêts personnels, a été l’avocat de Ganor lorsque ce dernier était représentant de ThyssenKruppe.

David Sharan, qui a été chef du bureau de Netanyahu durant le temps de négociation de l’accord, est soupçonné de pots-de-vin, de fraude, d’abus de confiance et de conspiration en vue de commettre un crime.

David Sharan à l’audience de renvoi au tribunal de première instance de Rishon Lezion, le 3 septembre 2017 (Crédit : Flash90)

Avriel Bar-Yosef et le général de division Eliezer Marom auraient pour leur part touché des pots-de-vin en échange de leur influence dans cette transaction. Marom aurait admis avoir joué un rôle en encourageant la tractation mais nie avoir touché de l’argent en retour.

Bar-Yosef avait été désigné par Netanyahu en 2016 comme conseiller à la sécurité nationale, une haute fonction de l’administration, mais avait retiré sa candidature au mois de juillet de la même année après que des groupes de défense ont prétendu que l’ex-aide avait touché des fonds de la part d’associés dans des entreprises étrangères, ce qui constituait un conflit d’intérêt.

Le général Eliezer Marom en 2009, quand il commandait la Marine israélienne. (Crédit : Roni Schutzer/Flash90)

Brigadier-général dans les réserves de l’armée israélienne, Bar-Yosef a servi pendant 25 ans dans la marine. Il a également été directeur de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset, directeur de la commission du Budget et président-adjoint du conseil national de Sécurité.

Au mois de novembre, la police a lancé diverses accusations de fraude et de pots-de-vin contre Bar-Yosef, disant qu’il avait reçu des fonds de la part d’un homme d’affaires allemand qui avait investi des centaines de milliers d’euros dans une entreprise dirigée par un parent proche de Bar-Yosef. Il aurait, en échange, fait avancer les intérêts de cet homme d’affaires, notamment dans l’exploitation des réserves de gaz naturel offshore israéliennes, a fait savoir la police. Ces charges ne semblent pas avoir de lien avec l’accord passé avec ThyssenKrupp.

Avriel Bar-Yosef devant la cour des magistrats de Rishon Lezion, le 10 juillet 2017. (Crédit : Moti Kimchi/Pool/Flash90)

Netanyahu ne figure pas parmi les suspects de ce qu’on appelle l’Affaire 3000. Il fait cependant l’objet d’enquêtes judiciaires dans deux autres investigations de corruption.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et son épouse sont soupçonnés d’avoir reçu des cadeaux illégaux de la part de milliardaires, notamment des centaines de milliers de shekels de cigares et de champagne offerts par Arnon Milchan, producteur hollywoodien né en Israël.

L’Affaire 2000 porte sur un accord de contrepartie présumé entre Netanyahu et le propriétaire du quotidien Yedioth Ahronoth, Arnon Moses, dans lequel le Premier ministre aurait entravé un quotidien rival, Israël Hayom, qui appartient à Sheldon Adelson, en faisant adopter une loi par la Knesset, en échange d’une couverture plus favorable du Yedioth.

Netanyahu a subi sept interrogatoires en lien avec ces deux dossiers. Il nie pour sa part toute malversation.

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