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Se joignant à d’autres institutions, un musée de Londres retire le nom des Sackler

Le musée coupe les liens avec la famille accusée d’avoir alimenté la crise des opioïdes aux USA ; Nan Goldin, leader du groupe de défense, salue une "grande victoire"

Des manifestants font un die-in aux abords du tribunal qui est en train de prononcer la faillite de Purdue Pharma à   White Plains, à New York, le 9 août 2021. Illustration (Crédit : Seth Wenig/AP)
Des manifestants font un die-in aux abords du tribunal qui est en train de prononcer la faillite de Purdue Pharma à White Plains, à New York, le 9 août 2021. Illustration (Crédit : Seth Wenig/AP)

Le Victoria and Albert Museum de Londres a retiré le nom de Sackler de ses installations suite aux pressions croissantes exercées sur le musée pour qu’il rompe tout lien avec les membres de la famille liés à Purdue Pharma, le fabricant de l’analgésique OxyContin considéré comme ayant alimenté la crise des opioïdes aux États-Unis.

La société est accusée d’avoir ciblé les médecins dans leur campagne de marketing pour ce médicament sur ordonnance tout en minimisant ses effets de dépendance.

Les enseignes portant le nom de Sackler ont été retirées du Center for Arts Education du musée et de la cour de l’Exhibition Road au cours du week-end. La décision a été prise en concertation avec la famille, selon les médias britanniques.

De plus petits panneaux auraient été laissés en place pour l’instant, et un porte-parole du musée a déclaré dans un communiqué que le musée n’envisageait pas pour le moment de rebaptiser les locaux.

Le musée a toutefois noté qu’il était « immensément reconnaissant » à Dame Theresa Sackler, qui a été membre du conseil d’administration de 2011 à 2019, pour les services rendus à l’institution. Le porte-parole a également précisé que les critères d’acceptation des dons n’ont pas été modifiés.

Sackler P.A.I.N (Prescription Addiction Intervention Now), un groupe de défense fondé par l’artiste américaine Nan Goldin, encourage depuis 2017 les institutions culturelles bénéficiant de la philanthropie de la famille à couper les liens.

La photographe et militante américaine Nan Goldin prend la parole lors d’une manifestation devant le palais de justice où se déroule la faillite de Purdue Pharma à White Plains, New York, le 9 août 2021. (Crédit : Seth Wenig/AP)

Goldin, qui a elle-même lutté contre une dépendance à l’OxyContin, a déclaré au Guardian : « J’ai eu un choc quand j’ai entendu la nouvelle. Le V&A était le dernier bastion des résistants parmi les défenseurs des Sackler. »

« C’est une grande victoire pour les personnes qui vont dans les musées et qui ne veulent pas voir le nom de la famille qui a contribué à déclencher la crise des overdoses », a-t-elle ajouté.

Le musée rejoint des institutions à travers le monde et au Royaume-Uni, qui ont pris des mesures similaires. Le Metropolitan Museum of Art de New York et le Louvre à Paris ont retiré le nom Sackler de leurs expositions en 2019, et le British Museum a renommé les galeries portant ce nom plus tôt cette année.

Un des musées d’art de l’université de Harvard porte toujours le nom de Sackler.

Certains membres de la famille Sackler se sont prononcés contre le rôle de l’entreprise dans la crise, et les descendants de l’un de ses fondateurs, Arthur Sackler, ont déclaré que leurs contributions caritatives ne provenaient pas des revenus des opioïdes. Cette branche de la famille s’était retirée de la société peu après la mort d’Arthur, neuf ans avant que la société ne lance l’OxyContin.

Sur cette photo, des familles et des amis ayant perdu un proche dans des overdoses d’OxyContin et autres opioïdes laissent des boîtes de pilules devant le siège de Purdue Pharma en signe de protestation à Stamford, dans le Connecticut, le 17 août 2018 (Crédit : AP Photo/Jessica Hill, File)

Purdue Pharma a plaidé coupable pour sa promotion trompeuse de l’OxyContin en 2007 et a payé 600 millions de dollars en amendes, avant de se déclarer en faillite en 2019.

Un accord a été conclu plus tôt cette année, dans lequel les membres de la famille propriétaire de la société ont accepté de verser 6 milliards de dollars provenant de leurs avoirs personnels, en plus des revenus de la société, pour régler les poursuites engagées contre elle.

Un règlement antérieur avait fait l’objet d’un appel de la part de huit États et du district de Columbia au sujet d’une clause protégeant la famille contre les poursuites civiles.  Cette clause a été acceptée après que les Sackler ont consenti à verser davantage de liquidités et accepté certaines conditions.

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