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Des prières de Pessah et de Pâques en « quorum restreint » sur les lieux saints de Jérusalem

La Vieille Ville est quasi déserte, seuls quelques membres du clergé ayant été autorisés à célébrer Birkat Cohanim au mur Occidental et les offices de Pâques à l'église du Saint-Sépulcre

Des Juifs participant à la traditionnelle bénédiction sacerdotale - Birkat Cohanim - pendant la fête de Pessah, dans une zone couverte près du mur Occidental de Jérusalem, les prières ayant été limitées à 50 participants en raison de la guerre en cours, le 5 avril 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)
Des Juifs participant à la traditionnelle bénédiction sacerdotale - Birkat Cohanim - pendant la fête de Pessah, dans une zone couverte près du mur Occidental de Jérusalem, les prières ayant été limitées à 50 participants en raison de la guerre en cours, le 5 avril 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Dimanche, dans la Vieille Ville de Jérusalem, c’est en petit comité que les religieux juifs et chrétiens ont célébré Pessah et Pâques. Les restrictions liées à la guerre leur ont en effet interdit d’accueillir les dizaines de milliers de fidèles et de pèlerins qui affluent habituellement vers ces lieux saints.

Les cérémonies se sont déroulées alors même que les chefs religieux ont saisi la Haute Cour pour obtenir un assouplissement des restrictions sur les rassemblements publics imposées par le Commandement du Front intérieur de l’armée israélienne en raison des tirs répétés de missiles iraniens. Ils ont invoqué une décision rendue samedi par la Cour, qui autorisait 600 personnes à participer à une manifestation anti-gouvernementale à Tel Aviv.

Au mur Occidental, jusqu’à 50 personnes ont pu assister à la traditionnelle bénédiction des cohanim qui s’est tenue en intérieur, une exception en temps de guerre par rapport à la cérémonie qui se déroule habituellement sur la place.

Le maire de Jérusalem, Moshe Lion, et les grands rabbins Kalman Ber et David Yosef ont assisté en personne à la bénédiction. Les autres ont dû suivre la célébration en direct.

La cérémonie rassemble traditionnellement les descendants masculins des cohanim, les prêtres juifs, venus prononcer une bénédiction connue en hébreu sous le nom de Birkat Cohanim, les mains levées et enveloppés dans leurs châles de prière. Cet événement emblématique attire habituellement des dizaines de milliers de personnes.

Quelques minutes avant le début de la bénédiction des cohanim, la Fondation du patrimoine du mur Occidental a appelé le Commandement du Front intérieur à assouplir les restrictions d’accès à la place du mur Occidental.

Des fidèles juifs prient devant le mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem pendant la bénédiction traditionnelle des cohanim lors de la fête de Pessah, le 2 avril 2018 (Crédit : Hadas Parush/Flash90).

« Je ne comprends pas pourquoi le droit de manifester est considéré comme plus important ou plus urgent que le droit de prier », a déclaré le rabbin Shmuel Rabinowitz, directeur de la fondation.

« Le mur Occidental est le cœur battant du peuple juif », a-t-il ajouté. « Si la situation sécuritaire autorise des centaines de personnes à se réunir sur des places publiques pour manifester, elle devrait d’autant plus permettre aux Juifs de se rassembler sur l’esplanade du mur Occidental. »

À l’issue de la cérémonie, le grand rabbin séfarade David Yosef a renouvelé ses critiques à l’encontre de la Haute Cour. La veille, il avait déjà vivement attaqué la plus haute juridiction israélienne, la qualifiant « d’ennemie du judaïsme » en raison de sa décision de préserver la liberté de manifestation en temps de guerre, alors que le mur Occidental était en grande partie inaccessible pour des raisons de sécurité.

Vue de la place du mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, où la bénédiction des cohanim est traditionnellement célébrée pendant la fête de Pessah, déserte en raison des restrictions d’accès liées à la guerre en cours avec l’Iran, le 5 avril 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Pour la Haute Cour, l’anarchie au nom de la liberté de manifestation est justifiée », a-t-il commenté.

« Ils invoquent le pikuach nefesh [le principe selon lequel la loi juive peut être enfreinte pour sauver une vie]. Rien de moins », a renchéri Yosef.

Yosef a apporté son soutien à l’appel lancé au Commandement du Front intérieur par le président de la Fondation du patrimoine du mur Occidental, le rabbin Shmuel Rabinowitz, afin de réévaluer les consignes de sécurité applicables à ce lieu sacré du judaïsme.

« Nous nous tournons vers ceux qui comprennent véritablement le pikuach nefesh », a poursuivi Yosef. « La Haute Cour ne comprend pas le pikuach nefesh, contrairement au Commandement du Front intérieur. Nous annonçons donc ici que le rabbin du mur Occidental et les grands rabbins agiront conformément aux instructions du Commandement du Front intérieur, afin de protéger la vie de chaque juif. »

En plus de cette requête, l’organisation Truth for Jacob in Israel a déposé un recours devant la Haute Cour, qui a sommé le Commandement du Front intérieur de répondre et d’expliquer pourquoi il n’avait pas autorisé un plus grand nombre de personnes sur le site.

Tenus à distance

Les mêmes restrictions ont été imposées aux catholiques et à plusieurs communautés chrétiennes réunies pour célébrer Pâques à l’église du Saint-Sépulcre, lieu présumé de la crucifixion et de la résurrection de Jésus.

La semaine dernière, lors du dimanche des Rameaux, le patriarche latin de Jérusalem Pierbattista Pizzaballa et le père Francesco Ielpo, custode de Terre Sainte, qui sont les plus hautes autorités catholiques de la région, ont été empêchés par la police de pénétrer dans le Saint-Sépulcre pour y célébrer la messe, provoquant l’indignation internationale.

Des membres du clergé célébrant la messe le dimanche de Pâques à l’église du Saint-Sépulcre, le dimanche 5 avril 2026. (Crédit : Patriarcat latin de Jérusalem)

Des accords ont par la suite été conclus avec la police, autorisant le clergé à célébrer les offices de Pâques et de la Semaine Sainte sur place, hors toutefois de la présence de pèlerins ni de fidèles.

Sur des images diffusées par le service de presse du Patriarcat, on peut voir Mgr Pizzaballa présidant les offices en compagnie de plusieurs membres du clergé.

Si la plupart des chrétiens palestiniens appartiennent à l’Église orthodoxe, qui, cette année, célèbre Pâques le 12 avril, pour de nombreux autres chrétiens, les restrictions imposées au culte ont vidé les célébrations de Pâques de toute substance.

Des fidèles célébrant la messe le dimanche de Pâques à l’église du Saint-Sépulcre, le dimanche 5 avril 2026. (Crédit : Patriarcat latin de Jérusalem)

Selon l’AFP, certains fidèles ont tenté de se rendre au Saint-Sépulcre, mais ont été empêchés d’approcher par les forces de sécurité.

« Nous sommes tous très affectés, car il s’agit de notre fête… Il est très difficile de vouloir prier ici, mais de ne pas pouvoir le faire. Tout est fermé », a déploré Christina Toderas, 44 ans, originaire de Roumanie.

Comme beaucoup d’autres fidèles, Toderas a dû se résigner à regarder la messe au Saint-Sépulcre à la télévision.

Le père Bernard Poggi, qui s’apprêtait à assister à la messe dans une autre église proche du site sacré, a indiqué être conscient du bien-fondé des mesures de sécurité, tout en ajoutant que « l’on observe de plus en plus de disparités dans l’application des lois ».

Des chrétiennes orthodoxes tenant des rameaux de palmier à l’occasion du Dimanche des Rameaux, dans la Vieille Ville de Jérusalem, en grande partie vide en raison des restrictions liées à la guerre contre le régime iranien, le 5 avril 2026. (Crédit : Mahmoud Illean/AP)Dans la vieille ville, habituellement rythmée par les hymnes et les processions à Pâques, on n’entend que les murmures des fidèles qui circulent discrètement dans les ruelles.

Dimanche, le président du parti Hadash-Taal, Ahmad Tibi, a également condamné la police et les responsables politiques à propos des restrictions imposées aux fidèles souhaitant entrer dans la mosquée Al-Aqsa, sur le mont du Temple, et dans les églises de la Vieille Ville. Les fidèles musulmans avaient déjà fait l’objet de restrictions pendant le ramadan, le mois dernier.

Selon Tibi, la décision de la Haute Cour ordonnant à la police et au Commandement du Front intérieur d’autoriser les manifestants à se réunir montre que les justifications sécuritaires invoquées pour ces restrictions ne sont pas fondées.

Le fait que des rassemblements aient été autorisés pendant les manifestations et pendant Pourim signifie que « les restrictions d’accès à la mosquée Al-Aqsa ne reposent sur aucun motif sécuritaire. Il s’agit d’une violation flagrante de la liberté de culte », a-t-il ajouté.

Un chrétien orthodoxe marche, tenant des rameaux de palmier, pendant la Semaine Sainte dans la Vieille Ville de Jérusalem, pratiquement déserte en raison des restrictions liées à la guerre avec l’Iran, le dimanche 5 avril 2026. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Tibi, dans son intervention, a par ailleurs évoqué les tensions survenues entre les forces de sécurité et les fidèles à différents endroits de la Vieille Ville de Jérusalem. « La police fait usage de la force contre les fidèles à la Porte des Fleurs et aux entrées de l’église du Saint-Sépulcre », a-t-il souligné.

La politique d’Israël établit une discrimination entre les groupes et est motivée par des considérations politiques, a fait valoir Tibi. « Cette application sélective de la loi est dictée par des raisons purement politiques. Nous exigeons que l’on ouvre dès maintenant les portes d’Al-Aqsa et de l’église du Saint-Sépulcre aux fidèles, sans restrictions arbitraires. »

Un engagement indéfectible

Dans son message de Pâques, quelques jours après la polémique autour de l’accès au Saint-Sépulcre, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a insisté sur l’absence de discrimination et réaffirmé l’engagement d’Israël en faveur de la liberté de culte en temps de guerre

Netanyahu a souhaité « une Pâques bénie et heureuse » aux chrétiens d’Israël et de l’étranger, rappelant l’engagement « indéfectible » d’Israël en faveur de la liberté de culte.

« Les chrétiens sont persécutés dans tout le Moyen-Orient, en Syrie, au Liban, au Nigeria, en Turquie et au-delà », a-t-il écrit sur le réseau social X. « Dans notre région, l’État d’Israël est le seul à protéger sa communauté chrétienne, qui s’agrandit et prospère. »

« Sur cette terre qui a vu naître l’histoire, alors que des missiles sont tirés sur notre capitale, la ville sainte de Jérusalem, et alors que les États-Unis et Israël s’opposent fermement au régime iranien et à ses proxys terroristes, nous continuerons à protéger farouchement la liberté de culte pour toutes les religions, tout particulièrement en cette période sacrée », a-t-il déclaré, dans un message rédigé en anglais.

« Même sous les tirs, notre engagement reste indéfectible : défendre la vie, sauver la liberté et permettre à chaque croyant de prier en paix. »

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