Sharaa : la Syrie n’entamera pas « immédiatement » une normalisation avec Israël
Après avoir accueilli pour la première fois le dirigeant syrien à la Maison Blanche, Donald Trump déclare vouloir "voir la Syrie devenir un pays très prospère"

De la liste noire du FBI à la Maison Blanche : Donald Trump a reçu lundi Ahmad al-Sharaa, une première pour un chef d’Etat syrien et une consécration pour l’ancien jihadiste.
« Nous voulons voir la Syrie devenir un pays très prospère, et je pense que ce dirigeant en est capable. Il a un passé brutal, et je pense, franchement, que sans passé brutal, vous n’avez aucune chance », a encore dit Donald Trump, en référence à l’ancienne position de Sharaa à la tête d’un groupe rebelle islamiste affilié à Al-Qaïda.
« Je l’aime bien », a aussi réagi le président américain après la rencontre, qui s’est déroulée loin des caméras, en ajoutant : « Nous ferons tout ce que nous pouvons pour que la Syrie réussisse. »
Il avait déjà exprimé sa sympathie pour le président intérimaire, dont la coalition islamiste a renversé le dirigeant de longue date Bachar al-Assad en décembre 2024, pendant leur toute première rencontre, en mai dans le Golfe.
Trump a fait valoir que Sharaa s’entend « très bien » avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui est « un grand leader ».
First images of Trump-Sharaa meeting, via Syrian presidency. pic.twitter.com/eAWPkI0sz9
— Timour Azhari (@timourazhari) November 10, 2025
« Nous travaillons également avec Israël pour nous entendre avec la Syrie, nous entendre avec tout le monde, et cela fonctionne à merveille », a déclaré Trump.
Il a ensuite souligné que le Hamas a rendu « de nombreux corps » d’otages décédés ces derniers jours.
« Ils ont travaillé très dur pour y parvenir. Nous avons donc la paix au Moyen-Orient », a assuré Trump.
Mais dans une interview accordée à Fox News à l’issue de la rencontre, Ahmad al-Sharaa a déclaré qu’il n’entrerait pas tout de suite dans des négociations directes avec Israël.
« Nous n’allons pas entamer directement des négociations pour l’instant », a-t-il déclaré en réponse à une question sur l’adhésion de la Syrie aux accords d’Abraham, par l’intermédiaire d’un traducteur. « Peut-être que l’administration américaine, avec le président Trump, nous aidera à parvenir à ce type de négociations. »
Les États-Unis servent de médiateurs dans les négociations sur un éventuel pacte de sécurité entre la Syrie et Israël, qui reste méfiant au regard des antécédents terroristes de Sharaa et a critiqué le traitement réservé aux minorités par son gouvernement. Les troupes israéliennes ont également pris plusieurs positions dans le sud-ouest de la Syrie après la chute d’Assad, dans le cadre de ce que le gouvernement a qualifié de mesure de sécurité temporaire.
Reuters a rapporté la semaine dernière que les États-Unis prévoyaient d’établir une présence militaire sur une base aérienne à Damas.
Comme largement attendu, cette visite a été l’occasion d’annoncer l’entrée de la Syrie dans la coalition internationale antijihadiste menée par les Etats-Unis, visant l’EI.
« La Syrie deviendra ainsi le 90e membre de la coalition contre Daech », a déclaré un responsable américain ayant requis l’anonymat, utilisant l’acronyme arabe de l’EI. Selon lui, Damas va désormais « s’associer aux Etats-Unis pour éliminer les derniers foyers de Daech et mettre un terme à l’afflux de combattants étrangers ».
La visite d’Ahmad al-Sharaa est toutefois restée relativement discrète : il est passé par une entrée latérale, sans le protocole habituellement réservé aux chefs d’Etat et de gouvernement étrangers, que le président américain vient presque toujours accueillir sur le perron.
Les journalistes n’ont pas non plus été conviés dans le Bureau ovale en présence des deux dirigeants.
Après près de deux heures à la Maison Blanche, Ahmad al-Chareh a salué des partisans qui l’acclamaient.
Le département d’Etat a par ailleurs annoncé une nouvelle pause des sanctions américaines de la loi César, en attendant que le Congrès ne les lève éventuellement pour de bon.
Il s’agit d’une pause pour 180 jours de cette loi adoptée en 2019 qui imposait des sanctions américaines drastiques contre le gouvernement de Bachar al-Assad, bannissant le pays du système bancaire international et des transactions financières en dollars. Elle avait déjà été suspendue en mai.
Les Etats-Unis ont aussi autorisé à la Syrie à reprendre les activités de son ambassade à Washington, a fait savoir le même responsable ayant requis l’anonymat.
Les Etats-Unis, eux, prévoient d’établir une base militaire près de Damas, « pour coordonner l’aide humanitaire et observer les développements entre la Syrie et Israël », selon une source diplomatique en Syrie.
Vendredi, Washington avait déjà retiré le dirigeant syrien de la liste noire des terroristes.
Depuis 2017 et jusqu’à décembre dernier, le FBI offrait une récompense de 10 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation du leader de l’ancienne branche locale d’Al-Qaïda, le groupe Hayat Tahrir al-Sham (HTS).
Jeudi, le Conseil de sécurité de l’ONU avait aussi levé les sanctions contre Ahmad al-Sharaa, à l’initiative des Etats-Unis.
Dès sa prise de pouvoir, le dirigeant syrien a rompu avec son passé, multipliant les ouvertures vers l’Occident et les Etats de la région, dont Israël avec lequel son pays est théoriquement en guerre.
Il a toutefois aussi promis de « redéfinir » la relation de son pays avec la Russie de Vladimir Poutine, allié clé de Bachar al-Assad, qu’il a rencontré à Moscou il y a moins d’un mois.







