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Silman exhorte les membres de Yamina et de Tikva Hadasha à quitter la coalition

La députée a dit avoir démissionné pour des raisons religieuses, dont la violation par le gouvernement du statu-quo sur le shabbat

Idit Silman, député du parti Yamina, préside une réunion de la commission des arrangements de la Knesset le 8 novembre 2021. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)
Idit Silman, député du parti Yamina, préside une réunion de la commission des arrangements de la Knesset le 8 novembre 2021. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

Dans sa toute première interview télévisée depuis sa démission de la coalition, la députée Yamina Idit Silman a déclaré lundi que « l’érosion progressive » de l’identité juive d’Israël sous l’autorité du gouvernement actuel avait été à l’origine de sa démission.

L’ex-cheffe de la coalition a affirmé que le gouvernement avait violé le statu-quo concernant le respect public du shabbat, ainsi que d’autres questions relatives à la religion et à l’État, et ce en l’absence totale d’opposition.

« Personne n’est prêt à tenir tête au parti Yisrael Beytenu… sur la cacheroute, la conversion, la question de la réforme du mur Occidental, le mont du Temple, l’étude de la Torah », a déclaré Silman à la Douzième chaîne, énumérant les dossiers sur lesquels le gouvernement a cherché à faire adopter des réformes.

Silman avait quitté la coalition, le mois dernier, quelques jours après avoir âprement critiqué le ministre de la Santé, Nitzan Horowitz, qui avait insisté sur le fait que les hôpitaux devaient se soumettre aux directives autorisant l’introduction dans les établissements de hametz – pain au levain interdit par les Juifs pratiquants religieux pendant Pessah. Ces critiques n’étaient pas passées inaperçues – en sa qualité de cheffe de la coalition, dont le travail consistait à maintenir la discipline entre les députés, elle avait jusqu’alors soigneusement évité de médiatiser les éventuels désaccords au sein de l’alliance.

Silman a également affirmé dans l’interview qu’on ne lui avait rien promis en échange de sa démission de la coalition. Le site Web de la Douzième chaîne précise que ce démenti intervient malgré une rencontre avec le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu quelques heures avant sa démission, une rencontre dont la chaîne a eu connaissance.

Silman a en revanche déclaré que des offres lui avaient été faites pour réintégrer la coalition.

« J’aurais pu obtenir tout ce que je voulais », a déclaré l’ex-cheffe de la coalition, ajoutant qu’elle « avait suivi [son] cœur » et abandonné « le travail de sa vie » en démissionnant.

L’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime lors d’un rassemblement de droite à Jérusalem, le 6 avril 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Selon les médias israéliens, le départ de Silman de la coalition aurait été fomenté par le Likud, contre la promesse d’être en 10e place de la liste du parti et de se voir confier le poste de ministre de la Santé, si Netanyahu devait être chargé de former le prochain gouvernement.

Admettant qu’elle avait fait l’objet d’intenses critiques pour être demeurée au gouvernement, Silman a fait valoir qu’il lui avait fallu « beaucoup de courage » pour quitter la coalition.

Elle a ajouté que ceux qui l’avaient vivement critiquée, elle et sa famille, ces derniers mois, l’avaient fait par désespoir, après la trahison par Yamina de ses promesses électorales.

Bennett n’avait pas publiquement critiqué Silman après sa décision de quitter le gouvernement. Au début du mois d’avril, il avait confié aux députés de son parti qu’elle avait démissionné suite aux pressions insupportables exercées par les parlementaires de l’opposition et leurs sympathisants.

« Idit a été persécutée pendant des mois, harcelée de la pire manière » par les partisans de l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu et du chef du parti d’extrême droite Sionisme religieux, Bezalel Smotrich, avait-il déclaré.

Silman avait été la cible de menaces car certains à droite l’avaient accusée – ainsi que les autres membres du parti Yamina – d’avoir trahi les électeurs en formant un gouvernement de coalition pour évincer Netanyahu après 12 années au pouvoir. Elle avait déclaré avoir reçu des menaces explicites contre sa vie et contre sa famille et, l’année dernière, elle avait raconté avoir été harcelée physiquement dans une station-service.

Silman avait également été confrontée au sexisme des députés de l’opposition. L’an dernier, le député du Likud Miki Zohar lui avait dit de « répondre comme une bonne petite fille », provoquant immédiatement un tollé. Les députés de la coalition avaient critiqué Zohar pour ses propos machistes et le député avait présenté ses excuses à Silman, affirmant que ses paroles étaient intervenues « dans le feu de l’action ».

Cet incident avait fait suite à une autre controverse suscitée cette fois par le député Meir Porush, du parti d’opposition Yahadout HaTorah, qui avait qualifié Silman de « petite fille » lors d’une réunion de commission.

Silman, dans son interview de lundi, a justifié sa décision de quitter la coalition, affirmant que les électeurs de Yamina « avaient obtenu le contraire » de ce qui leur avait été promis avant les élections.

« Ce gouvernement s’est égaré », a-t-elle déclaré.

Lorsqu’il lui a été demandé qui ferait défection ensuite, Silman a répondu que la prochaine démission « n’était qu’une question de temps ».

« Le gouvernement vit à crédit… Ce n’est pas seulement qu’il n’a pas de majorité à la Knesset, il n’a pas de majorité parmi la population », a-t-elle indiqué.

Se tournant vers « ses amis » des partis de droite de la coalition, Yamina et Tikva Hadasha, Silman a déclaré : « Le pays est important et son destin est entre vos mains. »

« Le train a déjà quitté la gare », a ajouté Silman, les exhortant à démissionner.

Le ministre de la Défense Benny Gantz (à gauche), le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid (au centre) et le Premier ministre Naftali Bennett assistent à une séance plénière à la Knesset, le 31 janvier 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La défection de Silman laisse le gouvernement au bord de du gouffre avec 60 sièges seulement sur les 120 sièges que compte la Knesset. Au sein de l’opposition, 54 députés sont alignés sur le bloc de droite dirigé par Netanyahu et 6 députés sont dans la Liste arabe unie – alliance des partis majoritairement arabes qui est opposée à Netanyahu. Ainsi, bien que le gouvernement n’ait plus de majorité, il n’est pas évident qu’il y ait, à la Knesset, un nombre suffisant de votes pour le renverser.

Le chef de la Liste unie, Ayman Odeh, a déclaré qu’il n’apporterait pas sa voix à une motion de censure, car cela aiderait Netanyahu à revenir au pouvoir en tant que Premier ministre.

La formation d’un nouveau gouvernement au sein de l’actuelle Knesset – sans élection – nécessiterait la défection d’autres membres de la coalition, essentiellement de membres des partis de droite Yamina ou Tikva Hadasha.

L’opposition a renforcé ses efforts, au cours de la semaine passée, pour convaincre certains membres de la coalition de suivre l’exemple de Silman.

Par ailleurs, la Treizième chaîne a diffusé lundi des témoignages de proches de Silman qui ont affirmé que la plupart de ses décisions politiques récentes avaient été le fait de son mari, Shmulik Silman.

« Shmulik est impliqué dans absolument tout », a déclaré une source proche du bureau de Silman à la Treizième chaîne.

« Il lui dicte tout, même s’ils ne sont pas d’accord idéologiquement sur un sujet ou l’autre. Il rédige ses factures, il appelle son bureau, il vérifie quel est l’agenda du lendemain, il fait des commentaires, il exige que ses employés organisent certaines réunions et elle finit par céder à ce qu’il lui dicte. Elle lui parle souvent de sujets importants pour savoir ce qu’il en pense. »

La Treizième chaîne avait diffusé une interview de Silman, en juin dernier, avant que le gouvernement ne prête serment, et Shmulik avait interrompu l’entretien à plusieurs reprises après certaines questions.

La députée de Yamina, Idit Silman, arrivant avec son mari Shmulik pour la cérémonie de prestation de serment de la 24e Knesset à Jérusalem, le 6 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Des sources proches de la coalition citées par cette source ont déclaré que Shmulik se rendait régulièrement au bureau avec Silman à la Knesset et qu’il assistait même à des réunions.

« Nous sommes arrivés à la réunion et soudain elle est apparue avec lui ; nous n’avons pas compris ce qu’il faisait là », auraient déclaré des responsables, selon la source. « Elle a dit à plusieurs reprises que son mari n’était pas d’accord avec le gouvernement, et qu’il aurait été préférable qu’il n’ait pas été constitué ainsi. »

« Mais en fin de compte, c’est elle qui est la personnalité publique, ce n’est pas lui », a déclaré une source proche de Silman.

« Nous savons quels pouvaient être ses conflits d’intérêts à elle, pas ceux de son mari. À certains moments, elle a demandé que des réunions soient organisées ; nous lui avons demandé pourquoi et elle a répondu : ‘Shmulik pense que nous devrions rencontrer telle personne et écouter ce qu’il a à dire.’ C’est tout à fait normal pour un couple de se consulter, d’avoir des conversations sur le travail, mais lorsque ça touche à l’État, cela pose un problème très grave. »

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