Six pays bloquent une résolution de l’UE contre le plan de paix américain
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Six pays bloquent une résolution de l’UE contre le plan de paix américain

Rome, Budapest, Prague notamment auraient torpillé cette résolution, qui exigeait l'unanimité ; le chef de la politique étrangère de l'UE a émis son propre communiqué

Le chef de la politique étrangère européenne Josep Borrell au Parlement européen à Bruxelles, le 7 octobre 2019. (Crédit : AP Photo/Virginia Mayo)
Le chef de la politique étrangère européenne Josep Borrell au Parlement européen à Bruxelles, le 7 octobre 2019. (Crédit : AP Photo/Virginia Mayo)

La mise en garde d’une véhémence inhabituelle formulée mardi par le chef de la politique étrangère de l’Union européenne – qui a averti qu’une annexion israélienne en Cisjordanie ne pourrait pas ne pas rencontrer de résistance – aurait eu lieu après son échec à convaincre les ministres des Affaires étrangères européens d’émettre une critique similaire au nom de l’UE.

Selon des informations parues dans les médias en hébreu, le haut représentant de l’UE aux Affaires étrangères et à la politique sécuritaire Josep Borrell a tenté de convaincre les 27 ministres des Affaires étrangères européens, membres du conseil des Affaires étrangères de l’Union, d’adopter une résolution commune critiquant le plan de paix proposé la semaine dernière par l’administration Trump et recommandant aux dirigeants israéliens de renoncer à leur intention déclarée d’annexer des secteurs significatifs de la Cisjordanie au cours des prochaines semaines.

Mais le ministère israélien des Affaires étrangères aurait exercé de fortes pressions sur les gouvernements européens contre cette résolution, ont fait savoir les médias, affirmant qu’elle était partiale et qu’elle encouragerait les Palestiniens à éviter toute négociation directe.

Au moins six États-membres de l’UE auraient choisi de s’opposer à la résolution. Parmi eux, l’Italie, la Hongrie, l’Autriche, la République tchèque et au moins deux autres nations qui n’ont pas été identifiées. Cette opposition a étouffé la résolution commune, les déclarations de l’Union européenne en termes de politique étrangère devant réunir l’accord des 27 États-membres.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères Josep Borrell, à gauche, accueille de Secrétaire aux Affaires étrangères britannique Jeremy Hunt, à droite, pendant une rencontre des ministres des Affaires étrangères au siège de l’Union européenne, à Bruxelles, le 15 juillet 2019 (Crédit : John Thys/AFP)

C’est alors que Josep Borrell a émis son propre communiqué rejetant la proposition de paix de Trump et avertissant qu’une annexion israélienne serait une violation du droit international.

Ce dernier souligne l’engagement du bloc en faveur d’une solution à deux États sur la base des lignes pré-1967, avec la possibilité d’échanges de territoires convenus mutuellement, avec un État d’Israël et un « État de Palestine indépendant, démocratique, adjacent, souverain et viable ».

Le plan de paix de Trump, qui a été révélé la semaine dernière, prévoit la mise en place d’un État palestinien, avec une souveraineté limitée, dans environ 70 % de la Cisjordanie. La proposition a été catégoriquement rejetée par les leaders palestiniens qui ont fait savoir qu’elle ne répondait pas à leurs demandes minimales et qu’elle cédait des pans de territoire importants aux Israéliens.

Le chef de la diplomatie européenne ajoute que l’initiative américaine « s’écarte des paramètres qui avaient été convenus à l’international ».

Le chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, donne un point de presse après ses rencontres avec les dirigeants iraniens, à Téhéran, Iran, le 3 février 2020. (AP Photo/Vahid Salemi)

« Pour mettre en place une paix juste et durable, les questions de statut final non résolues doivent être réglées par le biais de négociations directes entre les parties », a affirmé Josep Borrell. « Ce qui comprend en particulier les problèmes liés aux frontières, le statut de Jérusalem, la sécurité et la question des réfugiés ».

Si le plan de Trump a été favorablement accueilli par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, l’a pour sa part qualifié « d’insensé ». Les États arabes du Golfe ont également rejeté la proposition en estimant qu’elle était « partiale ». Tandis que les responsables israéliens ont pris part à la cérémonie au cours de laquelle son contenu a été révélé, aucun représentant palestinien n’était présent.

Netanyahu a déclaré qu’il souhaitait faire avancer le plan d’annexion des territoires de Cisjordanie.

« Nous sommes particulièrement inquiets des déclarations sur les perspectives d’annexion de la vallée du Jourdain et d’autres secteurs de la Cisjordanie », a poursuivi le responsable européen dans son communiqué.

Des Palestiniens peignent à la bombe le logo de l’Agence américaine de développement international pour protester contre le plan de paix du président américain Donald Trump à Ramallah, en Cisjordanie. Le slogan dit « Du peuple aux Américains », photo prise le 4 février 2020 Crédit : AP Photo/Majdi Mohammed)

Il a suggéré que l’Union européenne pourrait entreprendre une action juridique, disant que « toute initiative en faveur de l’annexion, si elle est mise en œuvre, ne pourra pas ne pas rencontrer de résistance ».

Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères israélien a fustigé le communiqué de Josep Borrell, mardi, disant que ce « langage menaçant » pourrait écarter l’UE d’un rôle d’intermédiaire éventuel dans la région.

« Le fait que le haut représentant de l’Union européenne Josep Borrel (sic) ait choisi d’utiliser un langage menaçant à l’égard d’Israël peu après avoir pris ses fonctions & seulement quelques heures après ses rencontres en Iran est regrettable et pour le moins étrange », a ainsi commenté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Lior Hayat.

« Poursuivre de telles politiques et une telle attitude est la meilleure manière de garantir que le rôle de l’UE dans n’importe quel processus soit minimisé », a-t-il ajouté dans un communiqué.

Les Palestiniens revendiquent toute la Cisjordanie et Jérusalem-Est – des secteurs capturés par l’État juif pendant la guerre de 1967 – pour former leur état indépendant et réclament le départ de plus de 700 000 Israéliens de ces zones.

Le président américain Donald Trump serre la main du Premier ministre Benjamin Netanyahu dans le bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 27 janvier 2020 (Crédit : AP Photo/ Evan Vucci)

Mais le plan adopte très largement les points de vue de Netanyahu, laissant de côté un grand nombre des demandes émises par les Palestiniens.

Ces derniers mois, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont débattu d’un éventuel changement de sa politique sur le Moyen-Orient dans un contexte d’inquiétudes croissantes suscitées par les activités d’implantation israéliennes et suite à certaines initiatives diplomatiques prises par Washington – telles que la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël – qui viennent saper les chances d’une solution à deux États.

L’Irlande et le Luxembourg figurent parmi un petit nombre de pays soutenant un changement de positionnement, mais aucun poids-lourd de l’Union européenne ne leur a pour le moment apporté son appui.

Dans un courrier adressé à Josep Borrell, le ministre des Affaires étrangères du Luxembourg, Jean Asselborn, a écrit que les espoirs d’une solution à deux États étaient « démantelés pièce par pièce, jour après jour » et qu’il était temps de reconnaître la Palestine en tant qu’État.

Le ministre iranien des affaires étrangères Mohammad Javad Zarif (à droite) accueille le Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité Josep Borrell, dans la capitale Téhéran, le 3 février 2020. (Atta Kenare/AFP)

Le diplomate en chef de l’UE a noté la « grande division » entre les pays-membres concernant les initiatives de paix au Moyen-Orient. Dans son communiqué de mardi, il a également souligné « l’attachement fondamental de l’UE à la sécurité d’Israël ».

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