Slogans « Mort à l’Amérique », « Mort à Israël » pendant un sermon de Khameini
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Slogans « Mort à l’Amérique », « Mort à Israël » pendant un sermon de Khameini

Le guide suprême d'Iran s'exprimait lors de la grande prière hebdomadaire musulmane à la mosquée Mosalla de Téhéran, qu'il a dirigée pour la première fois depuis 2012

Le guide suprême iranien Ayatollah Ali Khamenei lors d'une rencontre à Téhéran en Iran, le 17 septembre 2019. (Crédit : Bureau du Guide suprême iranien via AP)
Le guide suprême iranien Ayatollah Ali Khamenei lors d'une rencontre à Téhéran en Iran, le 17 septembre 2019. (Crédit : Bureau du Guide suprême iranien via AP)

Le guide suprême d’Iran Ali Khamenei a maintenu vendredi une attitude ferme contre les Occidentaux et laissé entendre que les manifestations antipouvoir survenues après une catastrophe aérienne n’étaient pas représentatives de l’ensemble du peuple.

Ultime décideur dans les principaux dossiers de la République islamique d’Iran, l’ayatollah Khamenei s’exprimait lors de la grande prière hebdomadaire musulmane à la mosquée Mosalla de Téhéran, qu’il a dirigée pour la première fois depuis 2012.

Le sermon de Khamenei a été coupé à de nombreuses reprises par les slogans « Mort à l’Amérique » et « Mort à Israël », scandés par la foule qui débordait largement de la mosquée sur l’esplanade alentour, selon des images de la télévision d’Etat.

Au début du mois, les Etats-Unis et l’Iran ont paru à deux doigts de l’affrontement militaire direct.

Le 3 janvier, les Etats-Unis ont tué dans une attaque de drone à Bagdad le général iranien Qassem Soleimani, un dirigeant des Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l’Iran, et architecte de la stratégie d’influence régionale iranienne.

Cinq jours plus tard, le 8 janvier, l’Iran a tiré des missiles sur deux bases abritant des Américains en Irak, blessant 11 soldats américains. Le même jour, l’Iran a abattu « par erreur » avec un missile un Boeing d’Ukraine International Airlines (UIA), quelques minutes après son décollage de Téhéran. La catastrophe a fait 176 morts, en majorité des Iraniens et des Canadiens.

Des secouristes fouillent la zone où un avion ukrainien s’est écrasé, à Shahedshahr, au sud-ouest de la capitale Téhéran, en Iran, le mercredi 8 janvier 2020. (Crédit : AP Photo / Ebrahim Noroozi)

Cette catastrophe est un « accident amer » qui « a brûlé notre cœur », a déclaré Ali Khamenei. « Mais certains ont essayé de (l’utiliser) de façon à (faire) oublier le grand martyre et sacrifice » de Soleimani.

Il faisait allusion aux manifestations éparses de colère contre les autorités, qui ont eu lieu depuis samedi à Téhéran et dans d’autres villes après le drame de l’avion et le temps -3 jours- mis par les forces armées pour reconnaître leur responsabilité dans le crash.

« Fermeté », « résistance »

Louant l’action de Soleimani en dehors des frontières du pays pour la « sécurité » de la nation iranienne, l’ayatollah Khamenei a affirmé que le peuple iranien était en faveur de la « fermeté » et de la « résistance » face aux « ennemis ».

Si la tension entre les ennemis américain et iranien semble être retombée après la catastrophe aérienne, celle-ci a suscité l’indignation en Iran.

Dans la capitale iranienne, la police est restée déployée en force vendredi.

Depuis que l’Iran a reconnu samedi son « erreur » dans le crash, des rassemblements antipouvoir ont eu lieu chaque jour pour protester contre le pouvoir.

Rassemblent en souvenir des victimes de l’accident d’avion en Ukraine, à la porte de l’Université Amri Kabir dont certaines des victimes étaient d’anciens étudiants, à Téhéran, en Iran, le 11 janvier 2020. (Crédit ; AP Photo/Ebrahim Noroozi)

Concentrées surtout à Téhéran, les manifestations sont néanmoins apparues d’une ampleur nettement inférieure à la vague de contestation nationale de novembre contre la hausse du prix de l’essence, matée au prix d’une répression ayant fait au moins 300 morts d’après Amnesty International.

Selon des images diffusées sur les réseaux sociaux, une cérémonie jeudi à la mémoire des victimes du crash à Ispahan (centre) a tourné à la manifestation hostile aux autorités.

C’est un général des Gardiens de la Révolution qui a endossé la responsabilité totale du drame de l’avion et affirmé que celui-ci avait été causé par l’opérateur d’une batterie de missile qui avait pris le Boeing pour un « missile de croisière », en pleine alerte « guerre » des forces iraniennes par crainte d’une riposte américaine.

Manifestations propouvoir

Vendredi, les autorités ont annoncé qu’à « la demande répétée de la population », des rassemblements de soutien au « système sacré de la République islamique » et aux forces armées contre « le Grand Satan (les Etats-Unis, ndlr) » auraient lieu dans la journée dans tout le pays à l’exception de Téhéran.

Selon le Conseil de coordination de la propagation de l’islam, les rassemblements doivent être l’occasion de célébrer « les efforts incessants des forces armées populaires en particulier les Gardiens de la Révolution ».

Après les manifestations antipouvoir, le président iranien Hassan Rohani a reconnu implicitement jeudi l’existence d’une crise de confiance envers les autorités.

Le président iranien Hassan Rouhani prononce un discours à Rafsanjan, au sud ouest de l’Iran, le 11 novembre 2019. (Crédit : bureau présidentiel iranien via AP)

M. Rohani a par ailleurs défendu sa politique d’ouverture. L’ayatollah Khamenei répète lui régulièrement que les Occidentaux ne sont pas dignes de confiance et a interdit tout dialogue avec l’administration américaine de Donald Trump.

A l’approche des législatives du 21 février, annoncées comme difficiles pour le camp de M. Rohani, et dans un contexte de tensions croissantes entre Téhéran et les Occidentaux sur le programme nucléaire iranien, M. Rohani a également déclaré vouloir continuer de dialoguer avec le monde sur cette question.

Washington s’est retiré en 2018 de l’accord international sur le nucléaire iranien et a rétabli des sanctions économiques contre Téhéran.

En juin 2019, les Etats-Unis et l’Iran avaient paru au bord de l’affrontement militaire direct après que Téhéran eut abattu un drone américain accusé d’avoir violé son espace aérien. M. Trump avait alors affirmé avoir annulé in extremis des frappes de représailles.

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