« Soyez forte », dit Shaked à la mère d’un ado juif soupçonné de terrorisme
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« Soyez forte », dit Shaked à la mère d’un ado juif soupçonné de terrorisme

La ministre de la Justice a expliqué ne pas vouloir être impliquée dans l'enquête. Pour la gauche, l'échange n'aurait pas été le même si le détenu avait été palestinien

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, lors d'une cérémonie à la résidence du président à Jérusalem, le 9 août 2018. (Hadas Parush/Flash90)
La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, lors d'une cérémonie à la résidence du président à Jérusalem, le 9 août 2018. (Hadas Parush/Flash90)

La ministre de la Justice Ayelet Shaked s’est entretenue au téléphone avec la mère de l’un des adolescents arrêtés dans une enquête portant sur des actes de terrorisme juif, lui disant d’être « forte » et ajoutant qu’elle transmettrait aux autorités concernées les inquiétudes de la femme concernant le traitement de son fils dans une prison israélienne.

C’est la mère qui a appelé la ministre au téléphone – un entretien dont le contenu a fuité auprès de la chaîne Kan, vendredi – la suppliant de parler au procureur de l’Etat Shai Nitzan et de s’assurer que son fils pourrait rencontrer un avocat.

La cour de district de Lod avait validé une requête soumise par les responsables de sécurité, qui avaient demandé d’interdire aux trois suspects de cette enquête majeure – dont les détails ont été placés sous embargo – de rencontrer un avocat depuis leur arrestation, dimanche.

La loi israélienne permet aux autorités de reporter la visite d’un avocat auprès d’un suspect dans une affaire de terrorisme pendant 21 jours maximum – un report qui peut faire l’objet d’un appel judiciaire. Jeudi, la cour de district de Lod a statué que les mineurs pourraient rencontrer leurs avocats samedi soir, presque une semaine après leur arrestation.

« J’ai transmis votre cri de désespoir à Nitzan et je lui ai dit clairement les choses. Il s’est assuré qu’un avocat suivrait personnellement le dossier et le tiendrait également au courant », a répondu Shaked à la mère, qui semblait sur le point de fondre en larmes durant l’appel téléphonique.

La ministre de la Justice a toutefois noté qu’elle ne pouvait pas intervenir dans l’enquête et qu’elle en ignorait même les détails.

La ministre de la Justice Ayelet Shaked, à droite, serre la main du procureur de l’Etat Shai Nitzan au cours d’une cérémonie au ministère de la Justice de Jérusalem, le 17 mai 2015 (Crédit : Dudi Vaknin/pool)

« Comment est-il possible qu’au sein de l’Etat d’Israël, un pays civilisé, nos enfants de 16 ans n’aient pas encore vu un avocat ? », a ajouté la mère, avec tristesse.

« Ce que je peux faire – je l’ai déjà fait deux fois mais je le ferai une troisième – c’est de porter le dossier à l’attention du procureur de l’Etat », dit alors Shaked.

« Soyez forte et dites-moi s’il y a de bonnes nouvelles demain », ajoute la ministre à la fin de l’entretien téléphonique.

Le bureau de Shaked a confirmé cet échange téléphonique dans un communiqué, en soulignant l’importance de la protection des droits des prisonniers. Le ministère de la Justice a également déploré la fuite du contenu de la conservation, disant qu’elle n’était pas indicatrice de « bonne foi ».

Les activistes de gauche ont critiqué Shaked pour cette démonstration d’amabilité pour la mère d’un terroriste présumé, arguant qu’elle n’aurait pas adopté la même attitude si le suspect était Palestinien.

« Tous les détenus, sans même parler des mineurs, ont le droit de voir un avocat lors de leur arrestation. La pensée que nous nous trouvions à une période où ce droit de base dépend dorénavant des initiatives de la ministre de la Justice est effrayant », a écrit dans un tweet le directeur-général de La Paix maintenant Shaqued Morag.

« Ce qui soulève également la question – le téléphone de la ministre est-il également disponible pour les mères des mineurs palestiniens qui sont interrogés sans avoir rencontré un avocat ? », a ajouté le militant de gauche.

Des activistes de droite affrontent la police aux abords d’une salle d’audience de Rishon Lezion, dans le dossier de jeunes Juifs soupçonnés dans une enquête sécuritaire majeure dont les détails sont sous embargo, le 31 décembre 2018 (Crédit : Flash90)

« Lorsque la ministre de la Justice entretient un canal de contact direct avec des familles d’individus soupçonnés de meurtre, il ne faut pas être surpris de constater qu’il y a du terrorisme juif », a tweeté l’ancien directeur-général de La Paix maintenant et actuel candidat aux primaires du parti du Meretz Yariv Oppenheimer.

L’enquête sous embargo est menée conjointement par les services de sécurité du Shin Bet et l’unité des crimes nationalistes de la police, qui se penche sur l’incident en tant que complot terroriste juif possible.

Dimanche matin, une équipe d’agents du Shin Bet et d’officiers de l’unité SWAT de la police de Yasam ont mené une opération dans une yeshiva de Cisjordanie, arrêtant un étudiant.

Peu de temps après, un deuxième a été appréhendé alors qu’il se rendait à l’institution religieuse. Quelques heures plus tard, un troisième adolescent a été arrêté dans la ville de Modiin, dans le centre du pays.

Au cours de l’une de ces opérations d’arrestation, la chaîne publique Kan a fait savoir que des agents des services de sécurité du Shin Bet avaient trouvé un drapeau israélien avec une croix gammée dessinée dessus et la phrase « Mort aux Sionistes ».

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