Tensions entre Tsahal et le médiateur sur la préparation de l’armée à la guerre
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Tensions entre Tsahal et le médiateur sur la préparation de l’armée à la guerre

L’officier responsable des plaintes militaires affirme que Tsahal n’est pas prêt au combat, l’armée israélienne qualifie ses critiques d’"inexactes et sans fondement"

Le 28 mai 2017, le médiateur de Tsahal, Yitzhak Brick, pose avec une copie de son rapport annuel. (ministère de la défense)
Le 28 mai 2017, le médiateur de Tsahal, Yitzhak Brick, pose avec une copie de son rapport annuel. (ministère de la défense)

Jeudi, le médiateur de l’armée israélienne a critiqué l’intention de l’armée d’enquêter en interne sur les allégations selon lesquelles Tsahal n’est pas prêt à la guerre. C’est le dernier épisode en date d’une querelle publique sur le niveau de préparation au combat de l’armée israélienne.

Au cours des derniers mois, le général Yitzhak Brick, officiellement connu en tant qu’officier principal des plaintes au ministère de la Défense, a mené campagne contre des hauts-gradés de l’armée, plus particulièrement le chef de l’état-major, le général Gadi Eizenkot, avertissant de l’existence de problèmes profonds au sein de Tsahal. Il considère que ces difficultés viennent de l’effort actuel de rationalisation, le plan Gidéon, qui affecte négativement le fonctionnement de l’armée.

Brick a publié de nombreux rapports à la Knesset, des textes qui détaillent l’idée selon laquelle l’armée n’est pas prête à mener une autre guerre à grande échelle, tout particulièrement les forces terrestres.

Pour répondre à ces propos, Eizenkot a mis en place ce mois-ci, un panel d’officiers supérieurs – certains en service actif, mais la plupart en réserve – dirigé par le contrôleur de Tsahal, le général de réserve Ilan Harari, afin d’évaluer l’état de préparation au combat de l’armée israélienne. Avec ce nouvel examen en interne, l’armée espère éviter un comité d’enquête en externe.

Jeudi, dans une lettre adressée au Premier ministre Benjamin Netanyahu et au ministre de la Défense Avidgor Liberman, Brick a critiqué cette idée, déclarant que le comité dirigé par Tsahal ne pourrait pas évaluer avec précision la situation. Il a affirmé, sans donner de détails, que cette mesure était prise contre la volonté d’Eizenkot.

Il a également rappelé que l’armée israélienne n’est selon lui pas préparée à la guerre, déclarant que la situation actuelle « était pire qu’à l’époque de la Guerre de Yom Kippour » en 1973, quand Israël avait été surpris par l’attaque de l’Egypte et de la Syrie.

Un char Merkava israélien, prend position à la frontière entre Israël et la Syrie, sur le plateau du Golan, le 20 juillet 2018. (AFP Photo/Jalaa Marey)

« De mon point de vue, un panel interne dirigé par le contrôleur de Tsahal, le général Ilan Harari – qui a été nommé malgré les [souhaits] du chef de l’armée – n’a pas la capacité de mettre en évidence la gravité et la complexité des problèmes profonds [dans l’armée] », a écrit Brick dans sa lettre, qui a aussi été envoyée à des journalistes.

Brick, qui doit bientôt achever son mandat de 10 ans, a appelé la puissante commission de la Défense et des Affaires étrangères de la Knesset à enquêter sur la question de la préparation de l’armée à la guerre.

Le médiateur a également rejeté l’idée que ses critiques et ses avertissements sont le résultat d’un ressentiment personnel contre Eizenkot. Brick a déclaré que cette idée avait été lancée par des « scélérats ».

L’armée a répondu à Brick. Elle affirme que ses allégations sont « inexactes et sans fondement » et soutient qu’elle est au sommet de sa préparation au combat.

Le chef d’Etat major Gadi Eizenkot, (à droite), se rend sur les lieux de la mort du sergent Aviv Levi, qui a été pris pour cible par un sniper palestinien le long de la frontière avec Gaza, le 22 juillet 2018 (Crédit : Armée israélienne)

« Tsahal n’a jamais reçu sa lettre, et nous en avons seulement entendu parler dans les médias », a déclaré l’armée dans un communiqué.

« Toute tentative de jeter le doute sur les efforts du panel et de ses membres est inexacte et sans fondement. Nous ne pouvons que le regretter », a déclaré Tsahal.

L’armée a indiqué que ses évaluations internes sur son état de préparation à la guerre montre que l’état de forme de l’armée et de ses forces terrestres est « au plus haut niveau depuis une décennie ».

Tsahal a souligné que la commission interne travaillait pour achever cet examen et présenter ses conclusions au chef de l’armée et des forces terrestres.

L’armée a fait remarquer que le comité travaillera « de manière transparente et en coopération avec toutes les unités de l’armée israélienne ». Tsahal dispose de 45 jours pour enquêter sur les affirmations du médiateur.

Dans son rapport, Brick affirme que la décision de l’armée de réduire le nombre de soldats de carrière et de modifier son processus de prise de décision a un impact négatif sur la qualité et la quantité des ressources humaines dans Tsahal.

Brick a focalisé une grande partie de sa critique sur le Plan Gidéon de rationalisation de l’armée, qui a été lancé en 2016.

Dans le cadre de ce plan, le nombre de soldats de carrière a été fortement diminué, avec des officiers qui ont entre 28, 35 et 42 ans. En outre, si un officier ne semble pas être apte à la promotion, il est tout simplement expulsé de l’armée.

Selon Brick, cette politique de « promotion ou d’expulsion » a un impact négatif sur la capacité de l’armée à fonctionner.

Les coupes dans le nombre d’officiers de carrière additionnées à une diminution récente du temps obligatoire de service militaire pour les recrues masculines, implique que les soldats restants doivent en faire plus pour combler la différence, selon le rapport de Brick.

En conséquence, les pénuries « entraînent des burn-out, des manques de sommeil, des incapacités à exécuter des ordres et peuvent aussi conduire à une perte de motivation pour un service continu » au niveau des officiers de carrière qui restent, a écrit Brick.

« Les décisions de l’armée seront basées sur un compromis, et le service militaire deviendra un service effectué par des officiers médiocres », a-t-il noté.

Le médiateur a déclaré que la décision de l’armée de réduire le nombre de postes de soldats de carrière dans le cadre du Plan Gidéon a eu un impact négatif sur la capacité de l’armée à mener une guerre dans de nombreux domaines.

Des réservistes lors d’un exercice militaire sur la base aérienne de Baf Lachish , dans le sud d’Israël, le 22 décembre 2016 (Crédit : Maor Kinsbursky/Flash90)

Le plan, annoncé à la fin 2015, a réduit le nombre de soldats de carrière à moins de 40 000.

« L’idée est de créer une armée plus jeune”, avait déclaré un officiel de Tsahal à l’époque. “Une armée qui soit plus réduite, plus forte, mieux focalisée et mieux entraînée ».

Brick a été la cible de critiques car il aurait outrepassé les limites de ses fonctions, qui sont d’examiner les plaintes extérieures au sujet de l’armée. Ses soutiens affirment au contraire que Brick a des décennies d’expérience dans l’armée, et que ses déclarations devraient être examinées sérieusement.

Mardi, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a défendu l’armée, affirmant qu’elle est prête à la guerre, tout en reconnaissant qu’elle a certains « problèmes ». Jusqu’à cette semaine, Liberman s’est tenu à distance de cette querelle ».

« Je suis quelqu’un de bien informé, et nous sommes au top de notre préparation », a déclaré Liberman.

« Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problèmes. Nous avons une énorme machine avec des centaines de milliers de soldats, des dizaines de milliers de véhicules – des avions aux véhicules blindés de transport de troupes, a-t-il rappelé. Dans une grande machine, il y aura toujours des problèmes, cela ne sera jamais idéal ».

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman entend un compte rendu du chef du Commandement Nord de Tsahal, le général de division Yoel Strick, sur l’évolution de la situation dans le sud de la Syrie, le 10 juillet 2018. (Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Le ministre de la Défense a reconnu que Brick a formulé des critiques légitimes de l’armée dans son rapport pessimiste, mais il n’est pas d’accord avec ses conclusions.

« J’ai lu son rapport et j’ai parlé à Brick à plusieurs reprises. Il a des éléments importants. Mais je pense qu’il a tort au sujet d’une chose – la préparation de Tsahal à la guerre. Je ne dis pas cela seulement parce que je le pense, mais aussi en tant que personne qui a passé des décennies dans le cabinet de sécurité », a déclaré Liberman.

« Je pense que nous devons prendre son rapport au sérieux, mais, au final, je crois qu’il est passé à côté du point important. Quand je nous compare aux années précédentes, depuis 1967, nous n’avons jamais été à un niveau de préparation aussi haut qu’aujourd’hui », a-t-il ajouté.

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