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Texas : ce qu’on ne sait pas sur la prise d’otages à la synagogue de Colleyville

Charlie Cytron-Walker a indiqué que les formations de sécurité ont aidé les fidèles à fuir alors que le preneur d'otages se montrait "de plus en plus agressif" le temps passant

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Des responsables du FBI au collège de Colleyville, près de la synagogue Beth Israel, le 15 janvier 2022. (Crédit : AP Photo/Tony Gutierrez)
Des responsables du FBI au collège de Colleyville, près de la synagogue Beth Israel, le 15 janvier 2022. (Crédit : AP Photo/Tony Gutierrez)

COLLEYVILLE, Texas — Le rabbin Charlie Cytron-Walker, qui figurait parmi les quatre personnes prises en otage dans l’enceinte même de sa synagogue de la congrégation Beth Israel, a déclaré dimanche que l’attaquant s’était montré « de plus en plus agressif et menaçant » vers la fin de cette prise d’otages qui a duré au final onze heures. Il a révélé que les captifs étaient parvenus à s’échapper, reconnaissant avoir été fortement aidé dans cette fuite par les sessions de formation relatives à la sécurité qu’il avait pu suivre.

Selon les autorités, le preneur d’otages est un ressortissant britannique de 44 ans, Malik Faisal Akram, qui a été tué samedi soir après la fuite du dernier otage, vers 21 heures, et après l’assaut lancé par une équipe du SWAT dans le bâtiment. Les agents du FBI ont ouvert le feu, le blessant mortellement.

« Au fil des années, ma congrégation et moi-même avons pris part à de multiples sessions de formation à la sécurité auprès du département de la police de Colleyville, du FBI, de l’Anti-Defamation League, et du Secure Community Network, » a indiqué Cytron-Walker dans une déclaration faite dimanche dans la soirée.

« Et nous sommes encore en vie aujourd’hui grâce à cet enseignement. J’encourage toutes les congrégations juives, tous les groupes religieux et les autres à prendre part à ces cours de défense et de sécurité », a-t-il ajouté.

« Dans la dernière heure de la prise d’otages, l’homme est devenu de plus en plus agressif et menaçant », a continué Cytron-Walker. « Sans les enseignements que nous avions reçus, nous n’aurions pas été prêts à agir et à prendre la fuite lorsque l’occasion s’en est présentée ».

Alors qu’il lui était demandé si les suspects s’étaient échappés ou s’ils avaient été libérés par l’homme, comme l’ont affirmé les autres responsables comme la famille du preneur d’otages, une porte-parole de Cytron-Walker a expliqué au Times of Israel : « Ils se sont échappés ».

Le preneur d’otages de la congrégation Beth Israel qui serait un ressortissant de 44 ans, Malik Faisal Akram (Autorisation)

« Je ne suis pas en mesure de vous en dire plus actuellement parce qu’une enquête est en cours », a-t-elle précisé.

Néanmoins, Katie Chaumont, responsable des Affaires publiques au FBI, a fait savoir au Times of Israel : « Il n’y pas de restrictions imposées par le FBI empêchant les anciens otages de s’exprimer ».

Une vidéo de la chaîne de télévision WFAA, à Dallas, montre les otages quitter précipitamment la synagogue par une porte. Un homme armé ouvre la même porte quelques secondes plus tard avant de se raviser et de la refermer. Plusieurs coups de feu et une explosion se font alors entendre.

Interpellé à son domicile, dimanche, Cytron-Walker a refusé de s’exprimer davantage sur l’épisode.

Le président de la congrégation, Michael Finfer, qui ne figurait pas parmi les otages, a semblé suggérer qu’Akram n’avait pas délibérément pris pour cible la synagogue, parlant d’une attaque « hasardeuse ».

« Nous savons qu’un événement de cette importance peut augmenter les inquiétudes d’un grand nombre d’entre nous qui redoutons de vivre un quotidien placé sous la menace de l’antisémitisme », a dit Finfer. « Il est important de noter que cet acte de violence a été commis de façon hasardeuse. Il y avait un million de chances que le tireur choisisse notre congrégation. Le FBI semble confirmer que le preneur d’otages est passé seul à l’action. »

Des propos qui contredisent ceux de la majorité des responsables qui ont évoqué, pour leur part, un attentat terroriste antisémite délibéré.

Charlie Cytron-Walker (Crédit : Beth Israel)

Le président américain Joe Biden a qualifié dimanche la prise d’otages qui a eu lieu ce week-end « d’acte de terrorisme », comme cela a été le cas également de la ministre britannique des Affaires étrangères Liz Truss, qui a évoqué « un acte de terrorisme et d’antisémitisme ».

Dans un point-presse avec les journalistes, le chef de la sécurité nationale Alejandro Mayorkas a refusé de commenter « les initiatives en cours de la police, les mobiles de la prise d’otage ou les motivations de l’homme impliqué ».

Gulbar, le frère du preneur d’otages, a émis un communiqué au nom de la famille qui a été publié sur la page Facebook de la communauté musulmane de Blackburn, au Royaume-Uni, dans lequel il a condamné les agissements d’Akram et présenté ses excuses aux victimes et aux familles touchées.

« Nous voulons dire que notre famille n’approuve nullement ses actions et nous voulons présenter nos excuses les plus sincères à toutes les victimes de ce malheureux incident », a-t-il écrit.

Gulbar a révélé avoir été en contact avec Akram pendant toute la prise d’otages, samedi, par le biais des médiateurs du FBI et qu’alors que son frère « souffre d’une maladie psychique, nous avions la certitude qu’il ne ferait aucun mal aux otages ».

Le communiqué a aussi révélé qu’Akram avait été tué lors d’un échange de coups de feu avec la cellule de secours aux otages du FBI. Les autorités américaines, jusqu’à présent, n’ont pas fait part des informations concernant la mort du ravisseur.

Des membres de l’équipe SWAT se déploient près de la synagogue Congregation Beth Israel lors d’une prise d’otages à Colleyville, Texas, le 15 janvier 2022. (Crédit : Andy Jacobsohn/AFP)

« Il n’y a rien que nous aurions pu lui dire ou faire à ce moment-là qui aurait pu le convaincre de se rendre », a expliqué le frère d’Akram.

Dans la matinée, Biden avait déclaré aux journalistes réunis lors d’un événement à Philadelphie qu’il s’était entretenu avec le procureur-général Merrick Garland qui lui avait fait un compte-rendu de « la coopération considérable qui s’est mise en place entre les autorités locales et le FBI ».

« C’était un acte terroriste… et qui n’a pas seulement été lié à cette femme qui a été arrêtée… il y a 15 ans et qui se trouve emprisonnée depuis dix ans », a dit Biden, se référant à la revendication d’Akram, pendant la prise d’otages, qui réclamait la libération par les autorités américaines d’Aafia Siddiqui, citoyenne pakistanaise incarcérée sur la base aérienne de Carswell, à 25 kilomètres environ au sud-ouest de Colleyville.

« Je n’ai pas connaissance de tous les faits… Il a acheté des armes dans la rue, il les a achetées lorsqu’il a atterri », a continué Biden, qui a précisé qu’il était actuellement difficile de dire qui les avait vendues au preneur d’otages.

Ressortissante pakistanaise connue sous le nom de « Lady al-Qaïda », Siddiqui avait été condamnée en 2010 par une cour fédérale de New York City pour tentative de meurtre contre des personnels militaires américains. Elle purge actuellement une peine de 86 ans de prison mais son frère a émis un communiqué par le biais du Council on American-Islamic Relations (CAIR) condamnant l’attaque de la congrégation Beth Israel.

« Nous voulons que le preneur d’otages sache que la docteure Aafia Siddiqui et sa famille condamnent avec force cet acte et qu’elles ne vous soutiennent pas. La famille de la docteure Aafia demande fermement la libération de notre sœur de prison mais par des moyens légaux et non-violents seulement », note le communiqué.

Une femme qui serait Aafia Siddiqui sur des photos non-datées du FBI (Federal Bureau of Investigation). (Crédit : FBI)

En insistant sur le fait que l’attaque commise par Akram « ne serait pas seulement liée » à la libération de Siddiqui, Biden a semblé entrer en contradiction avec Matthew DeSarno, agent du FBI à Dallas, qui a indiqué samedi soir aux journalistes que le tireur « était étrangement focalisé sur une question qui n’était pas spécifiquement liée à la communauté juive ».

La Maison Blanche n’avait pas répondu à une demande de clarification de notre part au moment de l’écriture de cet article.

Biden avait par ailleurs déclaré à Garland que « nous n’allons pas tolérer » de telles attaques contre les synagogues et autres lieux de culte et que les autorités américaines sont en capacité de s’attaquer « à l’antisémitisme qui ne cesse de croître ».

Biden avait précisé qu’il s’entretiendrait dans la journée au téléphone avec Cytron-Walker.

« Je ne pense pas qu’il y ait suffisamment d’informations pour savoir pourquoi il a pris pour cible cette synagogue, pourquoi il a insisté sur la libération d’une personnes emprisonnée depuis plus de dix ans, pourquoi il a utilisé des propos antisémites et anti-israéliens. Nous n’avons tout simplement pas encore assez d’éléments à notre disposition », avait dit Biden.

Peu après la confirmation par le FBI de la nationalité d’Akram, la ministre britannique des Affaires étrangères, Liz Truss, a émis un communiqué condamnant la prise d’otage perpétrée par un citoyen britannique, qualifiant l’attaque de la synagogue « d’acte de terrorisme et d’antisémitisme ».

« Toutes mes pensées sont tournées vers la communauté juive et vers tous ceux qui ont été frappés par cet incident épouvantable au Texas », a-t-elle écrit sur Twitter. « Nous soutenons les États-Unis dans la défense des droits et des libertés de nos citoyens contre tous ceux qui propagent la haine. »

Dimanche également, le Premier ministre Naftali Bennett s’est entretenu avec Cytron-Walker et avec le gouverneur républicain du Texas, Greg Abbott.

« J’ai été tellement soulagé d’apprendre que vous et les autres otages étiez sains et saufs. L’esprit de leadership dont vous avez témoigné pendant cette crise a été admirable. Israël est solidaire avec la communauté juive de Colleyville », a-t-il dit au rabbin. « J’ai prié ici pour votre sécurité, avec tous les autres citoyens d’Israël, et nous sommes tellement soulagés de savoir que vous allez bien. Nous sommes frères », a-t-il ajouté.

Dans l’appel téléphonique avec Abbott, Bennett l’a remercié pour « les actions professionnelles et déterminées des forces de l’ordre » qui sont parvenues à entraîner une désescalade de la situation sans faire de victimes.

Bennett a indiqué que les Israéliens avaient suivi avec anxiété le déroulement de la prise d’otages, à Colleyville, et qu’ils avaient été heureux d’apprendre, dimanche matin, que les otages avaient été libérés et qu’ils étaient sains et saufs.

L’AFP a contribué à cet article.

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