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Opinion

Trump hésite, Téhéran avance et l’objectif de mettre fin au programme nucléaire s’éloigne

La République islamique conserve son uranium enrichi, renforce ses capacités et tient le monde sous pression via le détroit d’Ormuz ; Washington multiplie les revirements

David Horovitz

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président américain Donald Trump s’adresse aux journalistes à bord d’Air Force One à son retour d’un voyage à Pékin, en Chine, le 15 mai 2026. (Crédit : Mark Schiefelbein/AP)
Le président américain Donald Trump s’adresse aux journalistes à bord d’Air Force One à son retour d’un voyage à Pékin, en Chine, le 15 mai 2026. (Crédit : Mark Schiefelbein/AP)

Le président Donald Trump s’est contredit à plusieurs reprises lorsqu’il a évoqué l’évolution de la guerre contre la République islamique d’Iran.

Il a affirmé que la guerre était gagnée, mais pas suffisamment.

Il a déclaré que le régime iranien avait changé et avait été remplacé par des dirigeants moins radicaux et très raisonnables, tout en affirmant également que ces mêmes dirigeants, s’ils obtenaient l’arme nucléaire, feraient exploser Israël et la région et provoqueraient une « Shoah nucléaire ».

Il a insisté sur la nécessité d’empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire et critiqué son vice-président pour avoir proposé un accord interdisant à Téhéran d’enrichir de l’uranium pendant seulement vingt ans, avant d’affirmer ensuite qu’une limitation de vingt ans serait finalement suffisante.

Il a fixé à plusieurs reprises des dates butoirs pour la capitulation iranienne, l’acceptation des conditions américaines ou la présentation de conditions plus raisonnables, avertissant, dans une succession d’envolées rhétoriques, selon lesquelles, faute d’obtempérer, les combats reprendraient et l’Iran serait détruit. « Une civilisation entière disparaîtra ce soir, pour ne jamais renaître », déclarait-il le mois dernier, dans la menace la plus extrême de ce type. Avant d’annuler, là encore, ces échéances à plusieurs reprises.

Dans un contexte aussi confus et contradictoire, il est tout simplement impossible de savoir comment, ni même si, la guerre va se poursuivre. À en croire ses propres déclarations mardi, Trump n’était qu’à une heure de prendre la décision de reprendre les frappes aériennes lundi, et/ou avait déjà pris cette décision, pour finalement y renoncer.

Pour la majeure partie de la communauté internationale, y compris une large part de l’opinion publique américaine, le monde se porterait bien mieux si les États-Unis et Israël n’avaient pas attaqué la République islamique le 28 février, tant le régime a réussi à exploiter son contrôle du détroit d’Ormuz pour semer le chaos dans l’approvisionnement énergétique mondial. Or, toute planification stratégique un tant soit peu compétente aurait dû identifier ce danger avant même le lancement des premières frappes aériennes et prévoir une réponse adaptée.

Par extension, l’impératif principal pour une grande partie de la communauté internationale est désormais de parvenir à une forme d’accord avec le régime permettant une réouverture stable du détroit. Sauf que, bien sûr, tant que ce régime restera au pouvoir, aucune garantie crédible de stabilité ne pourra exister ni n’existera.

Pire encore, l’objectif fondamental qui avait conduit les États-Unis et Israël à entrer en guerre, à savoir empêcher ce régime d’accéder à l’arme nucléaire, n’a pas été atteint. Bien au contraire.

L’Iran conserve son stock d’environ 440 kilogrammes d’uranium enrichi à près de 60 %, un seuil proche du niveau militaire. Comme Trump l’a lui-même reconnu vendredi, le régime a refusé que ce stock, qui représente sa voie la plus directe vers un arsenal nucléaire, soit extrait de ses installations nucléaires souterraines bombardées puis expédié hors du pays.

De plus, il ne subit même pas de pression sérieuse pour abandonner ses 10 tonnes d’uranium enrichi à des niveaux inférieurs, dont une partie pourrait atteindre le niveau militaire en seulement quelques semaines.

Des passants devant une fresque représentant un porte-avions américain sous le feu de missiles dans le centre-ville de Téhéran, en Iran, le 17 mai 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

Loin d’avoir vu toutes ses installations d’enrichissement « anéanties », pour reprendre l’un des termes favoris de Trump, l’AIEA, l’agence onusienne de surveillance nucléaire, avait averti dès mars que l’Iran disposait d’une nouvelle installation d’enrichissement dans son complexe nucléaire d’Ispahan, dont l’emplacement exact et le statut restent inconnus.

L’Institut israélien d’études sur la sécurité nationale (INSS) a par ailleurs alerté cette semaine sur les progrès réalisés par l’Iran pour restaurer ses capacités d’enrichissement grâce à la « remise en état du site de Fordow » et à la « construction accélérée de la ‘Montagne de la Pioche’ », au sud de Natanz.

Tel que les choses se présentent aujourd’hui, le régime se moque ouvertement de Trump et se vante de sa capacité à tenir tête aux armées américaine et israélienne, tout en menaçant d’élargir ses cibles en cas de nouvelle attaque. Tout cela alors qu’il prend l’avantage sur le président dans les négociations, conscient que ce dernier subit une pression intérieure croissante pour conclure un accord permettant la réouverture du détroit d’Ormuz.

Téhéran ne se repose toutefois pas sur ses lauriers. Le régime s’emploie également à reconstruire ses capacités balistiques et à tirer toutes les leçons possibles de sa vulnérabilité face à la supériorité aérienne américaine et israélienne, afin de mieux contrer de futures frappes.

Le président Donald Trump s’adresse aux journalistes au milieu des travaux de construction autour de la Maison Blanche, à Washington, le 19 mai 2026. (Crédit : Jacquelyn Martin/AP)

Quoi qu’en pense Trump, le régime est, si possible, encore plus radical qu’il ne l’était sous Ali Khamenei, et il est certainement plus déterminé encore à faire avancer son programme nucléaire, l’arme ultime et la dissuasion ultime.

Eli Levite, ancien directeur adjoint de la Commission israélienne de l’énergie atomique, a estimé cette semaine, dans une interview accordée à la chaîne N12, que la « moins mauvaise » option à ce stade serait que les États-Unis poussent à un accord intérimaire avec le régime, rouvrant le détroit d’Ormuz et empêchant toute poursuite du développement nucléaire iranien, le tout sous un mécanisme d’inspection bien plus efficace.

Cette « moins mauvaise » option paraît malgré tout terriblement mauvaise et illustre à quel point ce recours pourtant indispensable à la force contre un régime potentiellement génocidaire a été mal préparé. Le problème fondamental reste, et a toujours été, que le régime des ayatollahs doit tomber, pour le bien du peuple iranien, d’Israël, de la région et du reste du monde libre. La crainte croissante est qu’une occasion rare d’y parvenir ait été, et soit encore en train d’être, gâchée.

Impasse et division

Israël semble avoir été pris de court par la dernière décision de Trump d’annuler, à la toute dernière minute, la reprise prévue des frappes aériennes. Mais au moment où nous écrivons ces lignes, Israël semble encore croire que le président américain pourrait revenir sur ce revirement et reprendre la guerre.

Dans l’intervalle, le Premier ministre Benjamin Netanyahu semble chercher à repousser au 27 octobre, soit à la date la plus tardive possible, les élections anticipées réclamées par les partis ultra-orthodoxes pour septembre. L’un de ses calculs semble être qu’un délai maximal pourrait permettre d’engranger davantage de succès dans les combats contre Téhéran et ses mandataires, le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, ressuscité et meurtrier, ainsi que le groupe terroriste palestinien du Hamas, renforcé.

Le chef du parti Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf (à gauche), lors d’une rencontre avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 20 mars 2026. (Crédit: Amos Ben Gershom/GPO)

Pour tenter d’apaiser les partis ultra-orthodoxes, le Premier ministre continue toutefois à promouvoir une loi entérinant l’inacceptable exemption des haredim du service militaire, tout en proposant une législation de manière proprement scandaleuse, le service obligatoire des autres Israéliens de 32 à 36 mois.

Dans une course contre la montre avant d’éventuelles élections, la coalition accélère également l’adoption de toutes sortes de lois antidémocratiques et discriminatoires : criminalisation des activités religieuses non orthodoxes au mur Occidental, contrôle accru des médias indépendants, affaiblissement de l’indépendance et de l’autorité du procureur général, obstacles à l’ouverture d’enquêtes pénales visant le Premier ministre et d’autres hauts responsables… La liste n’en finit plus de s’allonger, et elle est effrayante.

Quant à l’opposition, qui ne parvient pas, même depuis le 7-Octobre, à se mobiliser contre l’encouragement par Netanyahu de la non-conscription des ultra-orthodoxes, elle demeure divisée et inefficace. Elle échoue également à dénoncer avec suffisamment de force l’indulgence du gouvernement face à la montée du terrorisme juif en Cisjordanie, explicitement encouragé ces dernières années par l’ignoble Itamar Ben Gvir, qui nuit et déshonore quotidiennement notre nation en tant que ministre de la Sécurité nationale.

Montage photos (de gauche à droite) : Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir ; des militants de la Global Sumud Flotilla en détention, au port d’Ashdod, le 20 mai 2026. (Crédit : Capture d’écran/Compte X d’Itamar Ben Gvir)

L’opposition n’a pas non plus réussi à capitaliser sur l’indignation publique provoquée par le refus de Netanyahu d’autoriser l’enquête indépendante nécessaire sur les défaillances catastrophiques entourant l’invasion et le pogrom perpétrés par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7 octobre 2023. Elle s’est même laissée intimider par Netanyahu au point d’exclure d’emblée le parti Raam, majoritairement arabe, comme partenaire potentiel de coalition, alors même que Netanyahu lui-même avait tenté de le rallier par le passé.

Le recours à la force contre le régime iranien était plus que légitime ; il était vital. L’absence de planification stratégique, la sous-estimation du régime ultra-rusé sur la question d’Ormuz, le pari fait sur les Kurdes ou encore sur Mahmoud Ahmadinejad, négationniste de la Shoah et viscéralement hostile à Israël, étaient inexcusables.

Il est essentiel que Netanyahu s’efforce d’éviter que l’impasse actuelle ne se transforme en échec total dans les semaines et les mois à venir. Affaiblir davantage Israël de l’intérieur avant que le pays ne retourne enfin aux urnes, en sapant sa démocratie et en aggravant les inégalités et les divisions, serait impardonnable.

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