Un agneau de poche, ce souvenir de Bethléem des anciens pèlerins chrétiens
Rechercher

Un agneau de poche, ce souvenir de Bethléem des anciens pèlerins chrétiens

Un chercheur du musée d'Israël a découvert une rare Eulogia montrant Jésus et l'église de la nativité telle qu'elle était 700 ans après sa naissance

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Un jeton avec la nativité, Syrie-Palestine, du 6è et 7è siècle de l'ère commune, en terre cuite, du musée d'Israël à Jérusalem.  Legs de Dan Baraq à Jérusalem. (Autorisation :  Eli Posner)
Un jeton avec la nativité, Syrie-Palestine, du 6è et 7è siècle de l'ère commune, en terre cuite, du musée d'Israël à Jérusalem. Legs de Dan Baraq à Jérusalem. (Autorisation : Eli Posner)

Le Musée d’Israël à Jérusalem a récemment dévoilé un jeton de bénédiction unique datant de l’époque byzantine et représentant l’enfant Jésus, bien avant qu’une pandémie n’empêche les pèlerins de se rassembler à l’église de la Nativité de Bethléem à Noël.

Les Eulogia, qui signifie « objets bénis » en grec, étaient de petits souvenirs collectés par les premiers chrétiens lors de leurs pèlerinages en Terre Sainte.

Le jeton représente une crèche, avec l’enfant Jésus dans un berceau, un taureau et un âne au-dessus de lui. Il a probablement appartenu à un pèlerin qui a visité Bethléem au 6e ou 7e, étant donné le style architectural de l’église de la Nativité représenté sur l’eulogie, a déclaré Morag Wilhelm, conservateur adjoint de l’archéologie hellénistique, romaine et byzantine du musée.

Wilhelm a trouvé le jeton, qui a à peu près la taille d’une pièce moderne de 10 Agorot, dans une collection léguée au musée par l’archéologue israélien Dan Barag, un professeur d’université hébraïque décédé en 2009. Elle a récemment terminé une partie de ses recherches sur l’objet, bien que l’étude soit en cours et que la pièce ne soit pas exposée pour l’instant.

La représentation de la naissance de Jésus sur la scène de l’église de la Nativité indique que le jeton était un souvenir de la visite d’un pèlerin sur le lieu saint, et peut-être un souvenir d’une expérience religieuse particulière que quelqu’un a pu y vivre.

Un jeton Ancien qui appartenait
un pèlerin chrétien, au 6è ou au 7è siècle de l’ère commune, dépeignant l’enfant Jésus surveillé par un âne et un bœuf à l’église de la nativité. Dessin par Michael Smelansky (Autorisation : Musée d’Israël)

Il était courant à l’époque, selon Wilhelm, d’utiliser des jetons ou des panégyriques sur lesquels étaient gravées des scènes de la vie de Jésus qui se déroulaient sur un site particulier, notamment sa naissance, la crucifixion et le baptême dans le Jourdain.

Fabriqués à partir de la terre de sites sacrés, les jetons avaient également une valeur protectrice et réparatrice. Les marques de grattage qui apparaissent souvent sur les bords souples des jetons étaient remplies de poussière, qui était ensuite mélangée à un liquide et ingérée comme médicament.

Si elle n’a plus de connotation religieuse ou qu’on ne lui attribue plus de vertus guérisseuses, l’idée de la pièce-souvenir existe encore aujourd’hui – déclinée sous la forme de médaillons ou de pièces commémoratives du lieu visité qui sont vendus dans les boutiques populaires d’un grand nombre de parcs d’attraction américains.

« J’adore la continuité représentée sur ce jeton », s’exclame Wilhelm. « Les pèlerins sont habituellement là et lorsqu’ils viennent en Israël, ils collectent encore des souvenirs – ils ramènent chez eux de l’eau du Jourdain, ils font encore ces choses qu’ils faisaient dans le passé. »

Un groupe de pèlerins dans l’Eglise de la Nativité en Cisjordanie, le 12 décembre 2018. (Crédit : THOMAS COEX / AFP)

Les pèlerins font le voyage en terre sainte depuis au moins le 4e siècle, pour visiter les sites religieux et pour prier. L’apogée du voyage est souvent une visite dans l’église du Saint-Sépulcre où, selon la tradition, Jésus aurait été crucifié, inhumé et où il aurait ressuscité. L’église de la nativité de Bethléem, construite sur la grotte où, selon les chrétiens, se trouvait la crèche où il était né, arrive de justesse en deuxième position.

Les parents de Jésus, Marie et Joseph, n’apparaissent pas sur ce jeton particulier alors qu’ils figurent généralement dans de telles scènes. Les personnages apparaissent à l’intérieur d’une structure architecturale impressionnante qui représente probablement la grotte, dans l’église de la nativité, telle qu’elle était probablement au 6e et au 7e siècles de l’ère commune.

Deux piliers soutiennent une arche avec une large lampe accrochée au-dessus.

Si les jetons de ce genre ne sont pas inhabituels, l’iconographie de cet objet est unique, note Wilhelm, citant un jeton similaire qui est exposé au British Museum, à Londres.

L’inclusion de l’église de la nativité dans la scène représentant la naissance du christ n’est pas banale et elle transmet l’événement d’une naissance sacrée, dit Wilhelm, tout comme l’expérience qui était vécue par les pèlerins lors de la visite de l’église de la nativité – où la vision de l’enfant Jésus lui-même se révèle aux fidèles pieux.

« C’est un objet qui m’émeut », commente Wilhelm. « Il devrait y avoir normalement aujourd’hui des dizaines de milliers de pèlerins chrétiens en Israël pour Noël, qui vont au musée, qui vont voir les rouleaux de la mer Morte, qui vont voir des objets comme celui-là illustrant la vie de Jésus. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...