Un Israël « super-Sparte » : Critiqué, Netanyahu revient sur ses propos
Fustigé pour avoir laissé entendre qu'Israël devait avancer vers l'autosuffisance, le Premier ministre a dit que l'économie israélienne émerveillait le monde entier et qu'elle est plus forte que jamais
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Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a répondu, dans la journée de mardi, aux critiques virulentes qui ont été proférées par les responsables des partis de l’opposition et par les chefs d’entreprise dans le sillage de ses déclarations faites lundi – il avait alors reconnu qu’Israël était de plus en plus isolé, avertissant qu’il pourrait être nécessaire d’évoluer vers une économie plus autonome qui se distinguerait par des « caractéristiques autarciques ». « Une sorte de super-Sparte, » avait-il expliqué.
Suite à ces propos qui ont provoqué un tollé et au moment où l’offensive majeure prévue à Gaza-City a commencé, les actions de la Bourse de Tel Aviv ont chuté. Le Forum des entreprises israéliennes, qui représente les travailleurs de 200 des plus grandes entreprises du pays, a fait savoir que « nous ne sommes pas Sparte », précisant que les politiques de Netanyahu conduisaient le pays « vers l’abîme politique, économique et social, un abîme qui mettra en danger notre existence en Israël ». De son côté, le responsable du syndicat de la Histadrut, Arnon Bar-David, a protesté : « Je ne veux pas être Sparte… Nous méritons la paix. La société israélienne est épuisée et notre statut dans le monde est très mauvais ».
Alors qu’il s’adressait aux journalistes, Netanyahu a insisté sur le fait qu’il avait « pleinement confiance » dans l’économie israélienne et qu’il y avait eu « un malentendu qui a secoué le marché boursier ».
« Nous ne sommes pas ébranlés », a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse organisée mardi dans la soirée. « Et la raison pour laquelle nous ne sommes pas ébranlés est simple : c’est parce qu’au fond, le marché boursier – les marchés – comprennent tout à fait ce que j’ai dit à propos de la force de l’économie israélienne et de la rentabilité des investissements en Israël. Et c’est très important pour assurer notre avenir ».
Netanyahu a fait remarquer que le shekel était plus fort qu’avant la guerre, que le marché boursier affichait des performances record, que le chômage était à un niveau historiquement bas et qu’il y avait eu récemment un afflux important d’investissements étrangers au sein de l’État juif.
Il a cherché à établir clairement que ses paroles, lundi, avaient porté sur l’industrie de la défense et non sur l’économie de manière plus générale. « Il y a un domaine auquel j’ai fait référence et où il pourrait effectivement y avoir des restrictions – non pas économiques, mais essentiellement politiques – et c’est ce qui se passe dans l’industrie de la défense », a-t-il expliqué.
« Notre industrie de la défense est en plein essor. Elle a réalisé des progrès considérables en matière d’exportations, tant en quantité qu’en qualité, mais nous avons effectivement rencontré des limitations d’ordre politique pendant la guerre – et cela pourrait se produire à nouveau », a-t-il ajouté.
« Et s’il y a une leçon à tirer de cette guerre, c’est que nous ne voulons pas nous retrouver impuissants, soumis à des limitations – il faut qu’Israël se défende avec ses propres forces et avec ses propres armes. C’est la raison pour laquelle nous voulons atteindre l’indépendance en matière de sécurité ».
« Mes propos portaient sur les tentatives qui visent à limiter l’importation de pièces, de composants, d’armes ou de matières premières – ce qui n’est pas soumis, en effet, aux principes de l’économie de marché mais bien aux principes de l’économie politique, aux gouvernements, aux dirigeants, à l’agenda politique », a-t-il affirmé.
Netanyahu avait dit, lors d’une conférence au département du comptable général du ministère des Finances organisée lundi, qu’Israël « se trouve dans une sorte d’isolement ».
« Nous devrons de plus en plus nous adapter à une économie qui présente des caractéristiques autarciques », avait-il ajouté, notant qu’à ses yeux, l’expression « autosuffisance économique » – qui est synonyme de fermeture au commerce mondial – était « celle que je déteste le plus ».
« Je crois au libre échange, mais nous pourrions nous retrouver dans une situation où nos industries de l’armement se retrouveraient bloquées. Nous devrons développer des industries de l’armement ici, non seulement en matière de recherche et de développement, mais aussi en termes de capacité à produire ce dont nous avons besoin », avait-il expliqué.
Face à un scénario « Athènes et Sparte », Israël deviendrait « Athènes et super-Sparte », avait déclaré Netanyahu, citant l’ancienne cité-État grecque, dont la supériorité sur la Grèce s’était terminée au 4e siècle avant l’ère commune. « Nous n’avons pas le choix ; dans les années à venir, au moins, nous devrons faire face à ces tentatives d’isolement ».
Critiques généralisées
Ces premières déclarations, prononcées alors que les pays européens ont progressivement renforcé leurs embargos sur les armes ainsi que leurs sanctions à l’encontre Israël dans le contexte de la guerre qui est actuellement en cours à Gaza, avaient provoqué une chute immédiate des marchés boursiers. Les opposants politiques du Premier ministre et les groupes industriels du secteur technologique avaient également reproché à Netanyahu la situation difficile qui est celle d’Israël sur la scène internationale.
En réponse aux propos qui ont été tenus lundi par le chef de gouvernement, le chef de l’opposition, Yair Lapid, a demandé à savoir ce que le Premier ministre entendait par « Israël est en train de s’isoler ».
« Est-ce une puissance supérieure qui en est la cause ? », a interrogé Lapid dans un discours prononcé à l’Institut international de lutte contre le terrorisme. « C’est vous qui en êtes la cause ».
« Vous êtes la cause principale de cet isolement diplomatique », a-t-il dit, citant le silence de Netanyahu lorsque Israël a été confronté à une presse internationale hostile alors que des ministres d’extrême droite avaient laissé entendre que la bombe atomique devait être larguée sur Gaza et qu’il pouvait être justifié d’affamer les habitants de la bande.
Le président du parti des Démocrates, Yair Golan, s’est indigné sur X, écrivant que Netanyahu n’offre « ni la sécurité, ni l’économie, mais une économie autarcique et coupée du monde sous le poids d’un boycott international étouffant. Avec une signification simple : une baisse de 40 % des salaires de tous les acteurs de l’économie ».
« Une économie sans importations ni exportations, sans haute technologie, sans industrie de pointe. Un pays arriéré qui peut à peine fournir des œufs, du lait et de l’eau à ses citoyens », a-t-il continué.
De son côté, le président du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, ancien ministre des Finances, a accusé Netanyahu de transformer Israël en « pays du tiers monde ».
« Le Premier ministre du 7 octobre veut qu’Israël s’habitue à l’isolement, à un marché fermé, sans concurrence et sans oxygène pour l’économie. Ce n’est pas un plan de travail, c’est une capitulation. C’est un aveu d’échec », a-t-il écrit.
« lapsus »
Des sources proches de Netanyahu ont déclaré à la chaîne publique Kan, mardi dans la matinée, que les paroles prononcées concernant une « super-Sparte » israélienne isolée étaient un « lapsus » et qu’il avait voulu faire référence à la nécessité pour Israël de ne compter que sur sa propre industrie de défense.
Lors de sa conférence de presse de mardi, Netanyahu a affirmé, comme il l’avait fait la veille, que les « minorités musulmanes » étaient responsables des efforts politiques qui visent à porter atteinte aux industries israéliennes du secteur de la Défense. Il a évoqué les pressions évoquées par ces communautés « sur les gouvernements d’Europe occidentale », ce qui entraîne une détérioration des relations avec Israël, a-t-il affirmé.
Selon lui, des décennies de propagande anti-israélienne organisée ont aggravé ces pressions, ce qui « se traduit par des limitations sur certaines pièces de systèmes d’armement ou sur des systèmes d’armement eux-mêmes ».
Israël doit « développer ces systèmes lui-même, le pay doit absolument s’armer et s’assurer qu’il a la capacité de se défendre », a-t-il indiqué, même si cela nécessite de passer temporairement à « une économie centralisée et fermée, ce que je n’apprécie généralement pas, car je préfère les marchés ouverts ».
« Mais ici, je veux prendre toutes les mesures nécessaires pour construire une industrie de la défense qui soit forte et indépendante. S’il y a une leçon à tirer de cette guerre, c’est bien celle-là », a-t-il insisté.
Netanyahu a affirmé que la veille, il s’était entretenu avec « des représentants du ministère des Finances, des agriculteurs et avec d’autres personnes », ajoutant qu’il les avait exhortés à ne pas « restreindre » l’économie israélienne par la bureaucratie.
« Nous faisons un bond en avant, tant dans le domaine des nouvelles technologies que dans celui de la production à une échelle beaucoup plus industrielle. Et pour ce faire, je dois réduire la bureaucratie qui nous empêche d’agir… et c’est ce à quoi je faisais référence », a-t-il expliqué.
Répercussions financières
La Bourse de Tel Aviv a reculé mardi, l’indice TA-125 perdant 1,8 %. L’indice TA-35 des sociétés de premier plan a reculé de 1,6 %, tandis que l’indice TA-90, qui suit les actions à plus forte capitalisation qui ne sont pas incluses dans l’indice TA-35, a reculé de 2,3 %. L’indice TA-Insurance a plongé de 2,9 %.
« Le début de l’offensive sur Gaza-City est une déception pour les investisseurs, après que les espoirs d’un éventuel cessez-le-feu ont propulsé les indices boursiers de Tel Aviv à des niveaux records au mois d’août », commente Jonathan Katz, économiste en chef de Leader Capital Markets, auprès du Times of Israel.
« L’offensive implique que les coûts de la guerre vont se poursuivre, que les dépenses devront être augmentées et que le déficit budgétaire sera plus élevé, ce qui est négatif pour la notation de crédit d’Israël ».
« Ce sentiment de négativité est également influencé par les propos qui ont été tenus par Netanyahu sur la menace d’isolement qui pèse sur Israël et sur la nécessité d’être autosuffisant, ce qui pourrait entraîner une augmentation des dépenses budgétaires dans le secteur de la défense », note-t-il.
Dans la journée de mardi, le Forum économique israélien a averti Netanyahu que ses politiques conduisaient le pays vers « un ralentissement économique et politique dangereux et sans précédent… Cette vision telle qu’elle est présentée rendra difficile notre survie dans un monde en pleine évolution ».
« L’économie israélienne fait preuve d’une résilience exceptionnelle, malgré les défis sécuritaires et politiques, mais cela ne durera pas éternellement », a ajouté le Forum.
Il a exhorté Netanyahu à « mettre un terme » à cette politique et il a appelé le gouvernement à changer immédiatement de cap.
« Le gouvernement doit mettre fin de toute urgence à la plus longue guerre de toute l’Histoire d’Israël, il doit promouvoir la libération de tous les otages, annoncer la création d’une commission d’enquête nationale [sur le pogrom commis par le Hamas, le 7 octobre 2023] et il doit fixer une date pour des élections dans un avenir immédiat », a-t-il encore exigé.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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