Un livre démythifie Anne Frank pour la rendre plus accessible aux enfants
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Un livre démythifie Anne Frank pour la rendre plus accessible aux enfants

L'auteur Brad Meltzer dit avoir écrit une introduction délicate et pleine d'espoir aux horreurs génocidaires en conservant ses propres enfants à l'esprit

Une page de ‘I am Anne Frank’. Illustration de Christopher Eliopoulos (Autorisation)
Une page de ‘I am Anne Frank’. Illustration de Christopher Eliopoulos (Autorisation)

Juste à temps pour Hanoukka, en cette année de pandémie si particulière, un livre pour enfants consacré à Anne Frank se penche sur les concepts de résilience et d’optimisme dans les périodes troublées.

« I am Anne Frank » a été écrit par Brad Meltzer et illustré par Chris Eliopoulos pour la série « Ordinary People Change the World ». Parmi les personnalités mises en avant dans cette série – également à l’initiative de Meltzer et d’Eliopoulos – Amelia Earhart, Walt Disney, et Gandhi.

« L’année dernière a été marquée par la plus forte hausse depuis 40 ans des incidents antisémites », explique Meltzer. « La génération née en l’an 2000 ne connaît pas les faits les plus basiques de la Shoah. Aujourd’hui, nos enfants ont besoin d’espoir. Et c’est là le principal message d’Anne Frank – et celui du livre », commente Meltzer auprès du Times of Israel.

Comme c’est souvent le cas des récits faits de la courte vie de la jeune écrivaine, « I am Anne Frank » commence en présentant les mesures anti-juives prises par les nazis à Amsterdam. Les décrets durs contrastent avec la scène joyeuse de la fête d’anniversaire d’Anne, chez elle. Elle vient d’avoir treize ans. Quelques semaines après ces moments de réjouissances, la famille « disparaît » dans la clandestinité.

La couverture du livre « I am Anne Frank ». (Autorisation)

Pour rendre plus tangible ce sujet lourd, le livre console et réconforte ouvertement ses lecteurs. Une attention toute particulière est accordée aux Néerlandais qui ont offert un refuge et un soutien aux Juifs vivant dans la clandestinité. Certains de leurs actes héroïques sont décrits, en évoquant notamment Miep Gies qui avait fourni nourriture et chaleur humaine à la famille dissimulée dans « l’Annexe secrète ».

Sur les fêtes célébrées dans « l’Annexe secrète », ce sont Hanoukka et Noël qui retiennent le plus d’attention dans le journal intime d’Anne. Vers la fin de « I am Anne Frank », Anne, à l’apparence misérable, se tient à côté d’une menorah allumée pour Hanoukka. A sa droite, posées sur un tonneau, des bougies du Shabbat traversent l’obscurité :

Vous pourrez toujours trouver la lumière dans les endroits les plus sombres.
C’est cela, l’espoir.
C’est un feu qui brûle en vous.
C’est vous qui décidez quand l’allumer.
Et quand il brûle de mille feux…

Comme c’est le cas également d’autres livres pour enfants qui ont été consacrés à Anne Frank, les huit derniers mois de l’existence de la jeune autrice ne sont que légèrement abordés. Le raid nazi sur « l’Annexe secrète » n’est pas dépeint, ni Bergen-Belsen – là où l’écrivaine et sa sœur avaient péri pendant le dernier printemps de la guerre.

Une page de ‘I am Anne Frank’. (Autorisation)

Après l’histoire, il y a une image gaie d’adultes et d’enfants faisant la queue pour visiter la maison d’Anne Frank à Amsterdam. Certains résument les enseignements moraux à tirer du livre dans le contexte de la « Solution finale » des nazis. Un visiteur note que des plans du marronnier qu’Anne avait planté ont dû pousser dans le monde entier depuis 2010, année où une tempête l’avait abattu.

Dans un entretien accordé au Times of Israel, Meltzer s’est entretenu avec nous de « I am Anne Frank » et de ses autres livres de la série « Ordinary People Change the World ».

Vous souvenez-vous de votre propre découverte de la Shoah ? Et si vous vous en souvenez, est-ce que ces souvenirs vous ont guidé dans la manière dont vous avez écrit le livre ?

En tant que Juif, je ne me souviens pas de ce moment où j’ai entendu pour la première fois parler de la Shoah. Elle a toujours été là, étrangement – elle fait partie de mon ADN. Je n’ai donc pas écrit le livre que j’aurais voulu quand j’étais jeune. J’ai écrit le livre que je veux pour mes enfants. Ce livre n’existait pas. Et l’arme secrète, pour ce livre, ça a été notre artiste, Chris Eliopoulos. C’est grâce à lui que tant d’enfants ont réagi au livre. Il ramène une nouvelle fois Anne à la vie et il montre aux enfants qu’elle n’est pas seulement « Anne, la fille de la Shoah » – mais qu’elle est « cette fille qui me ressemble tellement ». C’est le plus important. Il faut que nos enfants voient qu’Anne était très exactement comme eux.

Pourquoi est-ce le bon moment de publier un autre livre pour enfants consacré à Anne Frank ? Que considérez-vous comme le plus grand accomplissement de l’écrivaine ?

L’auteur Brad Meltzer (Autorisation)

Regardez ce qu’il se passe dans le monde, autour de nous. L’année dernière, nous avons constaté la plus forte augmentation d’incidents antisémites depuis quarante ans. La génération née en l’an 2000 ignore les faits les plus basiques de la Shoah. Aujourd’hui, nos enfants ont besoin d’espoir. Et c’est là le message principal que transmet Anne Frank – et c’est aussi le message du livre. De manière intéressante, elle est la première héroïne que nous évoquons qui n’a jamais « conscience » de ce qu’elle est en train de créer. Mais elle continue à subsister. Je veux que mes enfants sachent que même dans les endroits les plus sombres, ils pourront toujours trouver de la lumière.

Comment restez-vous sur la corde raide, entre la nécessité de respecter la sensibilité des petits enfants tout en évoquant l’ampleur de la Shoah ?

Le livre est destiné aux enfants de cinq à douze ans. C’est large. Et quand on a écrit avec les plus petits à l’esprit, on a choisi de parler aux experts du musée de commémoration de la Shoah et du centre Anne Frank pour le respect mutuel.

Finalement, on a décidé d’inclure des informations sur la Shoah – mais d’une manière laissant toute latitude aux parents de décider, selon l’âge de leur enfant, la manière plus appropriée de transmettre les informations. On dit que six millions de Juifs sont morts pendant la Shoah : C’était une obligation de le dire. Mais en ce qui concerne la mort d’Anne, ce livre est consacré à la façon dont elle a vécu. Et pour cette raison, nous avons parlé de sa mort mais nous l’avons placée dans la chronologie pour que les parents, qui connaissent leurs enfants, puissent décider de ce qui est le mieux pour eux.

Vous avez récemment écrit un livre sur Benjamin Franklin pour la série. Comment choisissez-vous vos sujets ? Quel sera le prochain ?

Ces livres ont toujours été destinés à mes propres enfants – pour leur présenter de meilleurs héros, pour leur donner des leçons de résilience et de compassion. Ce sont les livres 21 et 22 de la série. La recrudescence de l’antisémitisme… la manière dont les minorités religieuses, ethniques et raciales sont prises régulièrement pour cibles … C’est quelque chose d’impossible à ignorer – et je veux que mes enfants puissent trouver de la force dans les leçons d’Anne Frank.

Une page de ‘I am Anne Frank’. (Autorisation)

Pour Benjamin Franklin, j’ai voulu montrer à mes enfants le génie et le caractère précieux de la liberté de la presse. Concernant ces deux héros, ils nous donnent malheureusement des leçons dont nous avons aujourd’hui tous besoin. Le prochain livre sera « I am Frida Kahlo. »

Y a-t-il eu d’autres aspects de l’histoire que vous avez voulu mettre au premier plan ?

Il y a une guerre menée contre les immigrants et les minorités en Amérique. Ceux qui ont l’air différent, qui pensent différemment, qui agissent différemment, on les désigne comme « eux » par opposition à « nous ».

En tant que Juif, ce livre porte sur la riposte que nous devons mettre en place. On a déjà connu cette manière de penser dans le passé. Alors il était très important de montrer les tentatives d’Anne de quitter son pays, de se rendre au bureau de l’immigration – de manière à ce que des millions d’enfants puissent réaliser l’impact de ces décisions. Comme nous le savons tous – et comme le savent les Juifs tout particulièrement – garder le silence, c’est être complice. Ne l’oublions jamais.

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