Un « Mossad privé pour les civils » opère dans le monde pour protéger ses clients
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Un « Mossad privé pour les civils » opère dans le monde pour protéger ses clients

Sabra Intelligence Solutions apporte son expertise acquise dans les services de sécurité d'Israël au grand public

Image illustrative d'un agent du renseignement sous couverture (AlexLinch; iStock par Getty Images)
Image illustrative d'un agent du renseignement sous couverture (AlexLinch; iStock par Getty Images)

La recrudescence mondiale des actes antisémites a conduit les communautés et les institutions juives aux Etats-Unis, en Europe, au Mexique et en Australie à faire appel aux services de sécurité de l’entreprise israélienne Sabra Intelligence Solutions.

Les « agents de renseignement » de l’entreprise israélienne Sabra Intelligence Solutions se déplacent dans le monde entier à partir de leur bureau de Haïfa pour proposer des services de sécurité à des clients internationaux, étudiant les situations et en proposant des solutions en réponse à des situations d’urgence.

Leur travail consiste notamment à donner des conseils sur le nombre de personnel de sécurité nécessaire sur le terrain et sur la manière de les déployer, où installer des « salles stériles » pour que les gens puissent fuir au cas où un assaillant passerait à l’action, et comment fournir de la sécurité d’une manière non contraignante.

L’entreprise, qui existe depuis deux ans et qui s’auto-qualifie de Mossad pour civils, est composée d’un personnel pourvu d’une grande expérience en matière d’opérations et d’entraînements. Ses employés ont servi au sein d »unités secrètes de renseignement de l’armée israélienne, de la police israélienne et des organisations de renseignement d’Israël. Les équipes envoyées sur le terrain incluent souvent des professionnels de l’informatique, des avocats, des économistes et un psychologue maison, a déclaré l’entreprise.

Les équipes cherchent et rassemblent des informations – en utilisant, par exemple, des technologies d’intelligence artificielle sur des caméras de sécurité – et analysent les informations récoltées pour proposer des mesures à prendre.

L’entreprise a également dit qu’elle travaillait pour des communautés juives visées par de l’antisémitisme, sans fournir davantage de détails.

Shay Chervinsky, le PDG de Sabra Intelligence Solutions (Itzik Bellenitzki)

L’entreprise a été créée par Erin Bacher, qui a recruté son ami d’enfance Shay Chervinsky. Les deux ont grandi ensemble à Bat Yam et sont restés en contact alors qu’ils avançaient dans leurs carrières respectives. Bacher, qui a été blessé pendant son service militaire passé dans une unité de parachutistes en 1995, a poursuivi son service en tant qu’officier dans l’unité de surveillance de la police israélienne, et il a travaillé pour le Shin Bet, l’agence de sécurité intérieure d’Israël.

Lors de son service, Bachar a occupé une grande diversité de fonctions opérationnelles secrètes. Chervinsky, qui dans le même temps est devenu un ultra-orthodoxe, a travaillé avec des entreprises à la fois de la haute technologie et de la technologie quotidienne, et il a apporté son expérience du monde des affaires dans l’entreprise.

« Nous avons vu qu’il y a une opportunité de marché, a déclaré Chervinsky, le PDG de Sabra, dans un récent entretien accordé au Times of Israël. Nous voulons utiliser les capacités de ces différentes unités de renseignement et les proposer au grand public et aux civils qui en ont besoin ».

Les civils que Chervinsky évoquaient ne concernent pas seulement les communautés juives dans le monde, mais aussi des milliardaires – des personnes qui ont des besoins sécuritaires pour toutes sortes de raisons et qui sont attirés par la bonne réputation d’Israël en matière de sécurité, alors que les opérations des unités d’élite de Tsahal, du Mossad et du Shin Bet font les gros titres dans le monde entier.

Ces riches individus – y compris des oligarques russes – viennent vers Sabra avec leurs « problèmes » et cherchent à les résoudre discrètement et avec des « solutions créatives », a déclaré Chervinsky.

A titre d’exemple, une entreprise européenne cotée en bourse sur le point de faire une fusion avec une autre entreprise géante a été victime d’une campagne de dénigrement sur des réseaux sociaux – l’accord a ensuite été annulé.

« Le comité de direction de l’entreprise était sous pression, et l’incident affectait les investisseurs, le prix des actions de l’entreprise a chuté à la bourse. Ils sont venus vers nous grâce au bouche-à-oreille, à travers un autre client, et nous leur avons envoyé une équipe de quatre personnes », a-t-il dit.

Sabra a mis en place une salle locale d’opérations – comme cela se ferait pour une opération militaire – et l’équipe a analysé les réseaux sociaux et d’autres données. En utilisant des agents locaux, l’équipe a travaillé pendant 24 heures pour apporter des résultats dès le lendemain qui indiquaient qu’une entreprise concurrente était responsable des calomnies relayées sur les réseaux sociaux.

Image d’une salle d’opérations de renseignement (gorodenkoff; iStock par Getty Images)

Les équipes de Sabra sont aussi employées pour trouver des failles dans les dispositifs de sécurité d’individus, connus et très riches, en les suivant sous couverture afin d’identifier leurs points faibles.

Les équipes travaillent sur le dark web, en créant de faux profils, pour découvrir des complots initiés contre des clients. Ils ont aussi des agents sous couverture qui contactent et développent des relations avec des cibles par le biais de « rencontres fortuites » afin d’obtenir les informations nécessaires à leurs clients, a-t-il dit.

Sabra a aidé une personne à recouvrir une dette d’environ 50 millions de dollars due par un individu qui affirmait qu’il ne pouvait pas payer parce qu’il passait par un divorce difficile, a déclaré Chervinsky. « Nous avons découvert que la personne était en réalité encore avec sa femme », et nous avons contacté les autorités locales avec cette information. Des équipes de Sabra ont également conseillé un joueur de la NBA sur des améliorations à apporter à sa sécurité personnelle.

« Nous lui avons montré qu’il aurait pu être enlevé, par exemple, à de nombreuses occasions, a déclaré Chervinsky. Nous lui avons montré les points faibles de sa sécurité, nous avons eu des réunions avec son équipe de protection pour leur donner des conseils ».

Image illustrative d’un agent du renseignement sous couverture (AlexLinch; iStock par Getty Images)

L’équipe de Sabra se compose de 23 employés locaux et, à n’importe quel moment donné, 10 d’entre eux sont à l’étranger en missions.

« Toutes les informations que nous obtenons sont légales et éthiques », s’est empressé de souligner Chervinsky. L’entreprise emploie des conseillers juridiques qui contrôlent chaque opération. Son comité approuve toutes les opérations qu’il entreprend et on fait appel à un rabbin en cas de doute concernant l’éthique d’une mission, a-t-il dit.

D’autres entreprises israéliennes célèbres, y compris l’entreprise de renseignements Black Cube et l’entreprise de sécurité informatique NSO, ont gagné en notoriété et ont fait les gros titres dans le monde pour des opérations qu’elles auraient opérées.

Black Cube, créé par d’anciens agents du renseignement israélien, a attiré l’attention internationale parce qu’elle aurait contribué à discréditer des officiels de l’administration Obama qui ont aidé à négocier l’accord sur le nucléaire iranien, mais aussi pour avoir protégé la réputation du puissant producteur d’Hollywood Harvey Weinstein, tombé en disgrâce suite au mouvement #MeToo.

Black Cube a engagé des poursuites pour obtenir 16 millions d’euros en dommages et intérêts contre la journaliste israélienne d’investigation Ilana Dayan, après qu’elle a diffusé un rapport sur certaines des opérations présumées de l’entreprise secrète.

NSO, une entreprise de logiciels espions basée à Herzliya et fondée en 2010 par les Israéliens Shalev Hulio et Omri Lavie, a développé Pegasus, un outil qui serait capable d’allumer à distance une caméra ou un microphone d’un téléphone portable pour avoir accès à ses données, transformant ainsi l’appareil en espion de poche.

Le logiciel a mis NSO sous le feu de projecteurs alors que des dissidents, des journalistes et d’autres figures de l’opposition dans différents pays ont affirmé que la technologie de l’entreprise avait été utilisée par des gouvernements répressifs pour les espionner. Il y a eu aussi des journalistes mexicains, saoudiens et qatari qui ont porté plainte contre l’entreprise, et un employé d’Amnesty International qui aurait été ciblé par le logiciel.

« Nous avons posé des limites sur ce que nous faisons ou pas, a déclaré Chervinsky de Sabra. Nous avons refusé des contrats à hauteur de dizaines de millions de dollars parce que nous sommes très prudents sur les opérations que nous choisissons ».

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