Un mouvement anti-confinement gagne les manifestations de Balfour
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Un mouvement anti-confinement gagne les manifestations de Balfour

Les manifestants ajoutent à la liste des raisons d’évincer le gouvernement les restrictions imminentes et les dommages économiques massifs à prévoir

Un manifestant tient une pancarte sur laquelle on peut lire "Fermeture totale" en hébreu, après s'être enchaîné lors d'une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle à Jérusalem, le samedi 12 septembre 2020. (AP/Sebastian Scheiner)
Un manifestant tient une pancarte sur laquelle on peut lire "Fermeture totale" en hébreu, après s'être enchaîné lors d'une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant sa résidence officielle à Jérusalem, le samedi 12 septembre 2020. (AP/Sebastian Scheiner)

La colère suscitée par un confinement national qui devrait être imposé dans les prochains jours a provoqué des manifestations devant la résidence officielle du Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem samedi.

Depuis trois mois, les manifestants se rassemblent chaque semaine sur la Place de Paris devant la résidence du Premier ministre. Si les critiques de la politique du gouvernement en matière de lutte contre le coronavirus se font toujours entendre, elles ont surtout été éclipsées par des dénonciations de corruption présumée et de politiques malhonnêtes. Mais samedi, la contestation contre un prochain confinement prédominait.

« Israël, Israël ne fermera pas », a crié une femme à plusieurs reprises dans un mégaphone, incitant la foule à reprendre ce slogan. Jeudi, le bureau de Netanyahu a annoncé son intention d’imposer un nouveau confinement, qui entrerait en vigueur avant Rosh HaShana et devrait durer plusieurs semaines.

Des Israéliens protestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 12 septembre 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Le taux élevé d’infection en Israël, alors que le pays semblait avoir vaincu le virus début mai, est considéré par beaucoup comme un symptôme des tentatives manquées et bâclées du gouvernement de maîtriser la pandémie. Israël est l’un des seuls pays industrialisés à exiger un deuxième confinement, après avoir complètement rouvert l’économie et vu les taux de morbidité monter en flèche au cours de l’été.

La nouvelle fermeture doit encore être approuvée par l’ensemble du cabinet dimanche, et plusieurs ministres ont déclaré qu’ils s’opposeraient au moins à certaines parties de la mesure.

Des manifestants participent à un rassemblement contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 12 septembre 2020. (Olivier Fitoussi / Flash90)

Certains propriétaires de commerces, qui seront forcés de fermer pour la deuxième fois en un an, ont également protesté et quelques-uns ont menacé de désobéir aux directives et d’ouvrir quand même, invoquant le lourd tribut financier de cette mesure.

« J’ai des amis qui ont des petites entreprises qui ont été touchées. Des gens ont perdu leur emploi », a déclaré l’avocat Wajdi Haj Yehia, qui fait partie d’un groupe de manifestants arabes de Tayibe qui ont participé régulièrement aux récentes manifestations.

« Aujourd’hui, les gens sont dans une situation financière tellement difficile, et personne ne se demande quelles en seraient les répercussions financières, sociales et mentales. Maintenant, ils parlent au gouvernement d’un nouveau verrouillage, qui est à mon avis inutile. Ils [le gouvernement] doivent se calmer et élaborer un plan adéquat afin de sortir de cette crise. »

Un groupe de manifestants de Taybe à Jérusalem, le 12 septembre 2020. (Anat Peled/Times of Israël)

Ailleurs sur la Place de Paris, l’artiste Ariel Barnoz s’est enchaîné à un poteau de circulation – en sous-vêtements – dans une déclaration contre les mesures prévues.

Les pompiers ont finalement été appelés pour le détacher du poteau avant que la police ne l’arrête.

Plusieurs manifestants ont soulevé le fait que, lors des derniers bouclages, au printemps, plusieurs hauts responsables du gouvernement, dont le Premier ministre et le président Reuven Rivlin, avaient été surpris enfreignant les règles.

« Je suivrais les restrictions si je voyais le gouvernement les suivre, ou si je voyais le Premier ministre les suivre », a déclaré Noga, une manifestante de Tel Aviv.

Des Israéliens protestent contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Balfour, devant la résidence officielle du Premier ministre à Jérusalem le 12 septembre 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

La manifestation de samedi est survenue un jour après qu’Israël ait annoncé un accord pour établir des relations diplomatiques avec Bahreïn, le deuxième pays arabe à normaliser avec Israël en moins d’un mois et seulement le quatrième au total.

Mais l’annonce surprise n’a eu que peu d’effet sur les milliers de manifestants, indignés par le fait que Netanyahu allait s’envoler pour Washington pour une cérémonie de signature avec les Emirats arabes unis alors que le reste du pays s’apprêtait à être bouclé.

Noam Bloch, 56 ans, de Bat Shlomo, tenait un ballon en forme d’avion avec des photos de Netanyahu et de sa femme en signe de protestation.

Il a déclaré que le coût du vol de Netanyahu et de sa famille était « incompréhensible » vu « le nombre de chômeurs aujourd’hui qui pourraient vivre de cet argent ».

Le manifestant Noam Bloch tient un avion en ballon à Jérusalem, le 12 septembre 2020. (Anat Peled/Times of Israël)

Les manifestants ont déclaré samedi qu’ils prévoyaient de converger vers l’aéroport Ben-Gurion dimanche pour arrêter l’avion de Netanyahu.

Samedi prochain sera le premier depuis des mois sans manifestation, non pas à cause du confinement, pendant lequel les manifestations sont permises, mais à cause de la fête juive de Rosh HaShana. Les manifestants ont tenu à annoncer qu’ils reviendraient après la fête.

« Aucun confinement ne peut arrêter les manifestations… Chaque citoyen devrait comprendre qu’il a le droit de manifester et qu’il ne devrait avoir peur de rien », a déclaré Sadi Ben-Shitrit, l’un des dirigeants du groupe de protestation Ministère du Crime.

« C’est un gouvernement illégitime… Ils tuent notre pays. Nous ne les intéressons pas… Nous devons les mettre dehors. »

Un pompier israélien attrape une manifestante debout sur un feu de circulation lors d’une manifestation contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu devant la résidence officielle de ce dernier à Jérusalem, le 12 septembre 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Une femme nommée Maya a passé une grande partie de la manifestation déguisée en Superwoman, en décriant le gouvernement du haut d’un feu de circulation.

« Nous restons ici. Nous n’irons nulle part, même s’il y a un confinement », a déclaré cette habitante de Jérusalem de 22 ans. « C’est un confinement que nous ne sommes pas prêts à accepter, pas maintenant. »

Sagi Golan, 36 ans, de Sderot, a déclaré qu’il était présent au rassemblement pour protester contre un Premier ministre dont chaque acte est « motivé par son désir d’échapper à son procès ». Golan a déclaré qu’il était au chômage depuis six mois et qu’il avait participé régulièrement aux manifestations anti-Netanyahu cet été.

Yoav Marks-Hazani, dont la femme tient un restaurant à Jaffa, brandissait une pancarte indiquant « Tu ne fermeras pas ». Il dit que c’était la deuxième fois qu’il assistait aux manifestations. « Nos revenus ont chuté d’environ 40 % à cause de la crise… Nous fouillons dans nos économies, demandons de l’aide à nos parents. C’est le bordel », a-t-il dit. « Ce blocage est motivé par des raisons politiques et ne résoudra rien. Même s’il ralentit la propagation du virus, il ne l’arrêtera pas. »

« La paix avec Bahreïn et la paix avec les Emirats n’intéresse vraiment personne ici. Nous nous soucions de la vie quotidienne et c’est ce qui nous intéresse – pas toutes ces bêtises à l’extérieur », a déclaré Boaz Tamir, 62 ans, résident de Jérusalem.

Tamir brandissait une pancarte avec la photo d’un homme fouillant dans une poubelle et un texte disant : « La paix avec Bahreïn ? Attendez, j’ai trouvé des escalopes dans la poubelle ! »

La police a déclaré avant la manifestation de Jérusalem que, conformément aux décisions de justice, l’utilisation de cornes, de tambours et d’autres instruments bruyants serait interdite après 21h30 afin de perturber le moins possible les résidents locaux. À 23 heures, l’utilisation de haut-parleurs et de porte-voix serait également limitée.

Des manifestants participent à un rassemblement contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 12 septembre 2020. (Menahem Kahana / AFP)

Peu après minuit, la police a commencé à déplacer de force les manifestants et a rapidement rouvert la circulation dans le carrefour habituellement très fréquenté.

« Nous ne nous disperserons pas tant que Bibi n’aura pas démissionné », scandaient les manifestants alors qu’ils étaient traînés ailleurs.

Vendredi, des milliers d’Israéliens avaient défilé dans le centre de Jérusalem, avant de se rassembler devant la résidence de Netanyahu pour protester contre l’inculpation du Premier ministre pour corruption et mauvaise gestion de la pandémie de coronavirus.

Alors que les rassemblements « Kabbalat Shabbat » de vendredi sont devenus un événement hebdomadaire attirant plusieurs milliers de personnes, y compris des jeunes familles et des enfants, cette semaine était la première fois que des manifestants étaient autorisés par la police à défiler d’un point à un autre à Jérusalem.

Un certain nombre d’anciennes personnalités de l’armée, du monde universitaire et des arts, parmi lesquelles l’ancien chef d’état-major de Tsahal Dan Halutz, l’ancien chef du Mossad Tamir Pardo, l’ancien chef du Shin Bet Carmi Gillon et la biochimiste primée Ruth Arnon, ont assisté à la manifestation de vendredi.

« Nous marcherons non loin de la Place de la démocratie, connue sous le nom de Place de Paris », a déclaré Amir Haskel, leader du groupe Ein Matzav (PAas question), au Times of Israel. Il faisait référence à la grande banderole accrochée sur la place la semaine dernière, qui a eu pour effet de renommer officieusement le lieu.

« Nous espérons que c’est un autre petit pas vers l’objectif final, qui est une séparation de Netanyahu », a ajouté Haskel.

Des manifestants participent à une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 12 septembre 2020. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Il a déclaré que ce qui faisait l’unicité de cette manifestation était la présence de nombreuses personnes « qui ont consacré de nombreuses années de leur vie au pays » dans divers domaines, qui s’étaient toutes rassemblées dans le seul but d’évincer Netanyahu.

Ls organisateurs de l’événement, qui ont distribué des bracelets pour compter le nombre de personnes présentes, ont recensé plus de 6 000 participants.

« Les démocraties ne meurent pas en un jour… nous sommes dans le processus et il est temps de se réveiller », a déclaré Haskel à la foule depuis le centre de la scène sous des acclamations bruyantes. « La démocratie israélienne se meurt et est sous respirateur. »

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