Un musée berlinois restitue une sculpture moyenâgeuse volée par les nazis
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Un musée berlinois restitue une sculpture moyenâgeuse volée par les nazis

La sculpture appartenait à la collection privée d'Ernst Saulmann, un entrepreneur juif, et de son épouse Agathe, fille Alfred Breslauer et l'une des rares femmes pilote à l'époque

Un des héritiers d'anciens propriétaires, un couple juif qui a fui le régime nazi, Felix de Marez Oyens (G) et son épouse Théodora de Marez Oyens se tiennent devant une sculpture religieuse en bois du 15e siècle lors de sa restitution, le 25 juin 2018 , à Berlin. (Crédit : AFP / Bernd von Jutrczenka)
Un des héritiers d'anciens propriétaires, un couple juif qui a fui le régime nazi, Felix de Marez Oyens (G) et son épouse Théodora de Marez Oyens se tiennent devant une sculpture religieuse en bois du 15e siècle lors de sa restitution, le 25 juin 2018 , à Berlin. (Crédit : AFP / Bernd von Jutrczenka)

Un musée berlinois a restitué lundi une sculpture en bois dérobée par les nazis à un couple juif, une perle de l’Art gothique qui restera toutefois dans ses murs après un accord avec les héritiers.

La restitution permet de « réparer une injustice », a souligné le directeur général des musées publics de Berlin Michael Eissenhauer, soulignant aussi « le grand geste » des descendants qui ont cédé l’oeuvre au musée de Bode pour un montant gardé confidentiel.

Le petit bas-relief représente trois anges qui flottent dans un ciel imaginaire et tiennent dans leurs mains un drap où repose l’enfant Jésus endormi.

Cette scène haute de 25 cm, autrefois couverte de dorure et de couleurs, fut taillée dans du bois de tilleul autour de 1430 par un sculpteur dans l’entourage du maître sculpteur d’Ulm Hans Multscher.

Longtemps la provenance de l’oeuvre, offerte au musée à la fin des années 1990 par une famille munichoise « qui l’avait acquise en toute bonne foi » est restée mystérieuse, souligne Michael Eissenhauer.

C’est grâce à la numérisation en cours des archives de sociétés de vente aux enchères que la Fondation de l’héritage culturel prussien a fini par la clarifier.

La sculpture faisait partie de la collection privée d’Ernst Saulmann, un entrepreneur juif, et de son épouse Agathe, fille du grand architecte berlinois Alfred Breslauer et l’une des rares femmes pilote à l’époque.

Les persécutions du régime d’Adolf Hitler contre les Juifs les poussent à émigrer en 1935, d’abord à Florence en Italie où ils possèdent un domicile.

Les nazis saisissent alors leurs biens, terres, entreprises, la collection d’art et l’avion d’Agathe.

Plus d’une centaine d’oeuvres seront cédées en 1936 à la société Adolf Weinmüller à Munich, qui les vend aux enchères sans préciser leur origine comme cela était courant pour les biens juifs spoliés.

En 1938, le couple quitte l’Italie fasciste et se réfugie en France, défaite deux ans plus tard par l’Allemagne nazie.

Ils seront alors internés au camp de Gurs (sud-ouest), ce qui affectera durablement la santé d’Ernst. Après la guerre, il tente de localiser et récupérer ses biens, sans succès.

« On m’a tout simplement dépouillé de tout », aurait-il dit à l’époque selon Felix de Marez Oyens, le descendant d’Agathe présent lundi à la restitution.

Ernst meurt en 1946. Agathe, souffrant de dépression, se suicide en 1951, laissant une seule héritière née d’un premier mariage, Nina de Marez Oyens.

Ces six dernières années, ses descendants ont réussi à retrouver onze objets d’art exposés dans cinq musées allemands et trois collections privées à l’étranger.

Musée de Bode, Berlin (Crédit : CC BY-SA 3.0)

« Je suis impressionné par le fait que le musée de Bode est venu vers nous de sa propre initiative », a déclaré Felix de Marez Oyens.

« Je suis convaincu qu’Ernst et Agathe Saulmann se seraient réjouis de cet accord », a-t-il conclu, au bord des larmes.

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