Un nouveau modèle israélien améliore les tests génétiques pour les couples endogames
Selon une chercheuse de l'hôpital Rabin, le dépistage des maladies héréditaires ne tient pas compte des Juifs ou d'autres minorités présentant un degré élevé de similitude génétique
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Une équipe de recherche de l’hôpital Rabin a mis au point un modèle révolutionnaire qui pourrait considérablement changer la manière dont le risque génétique est évalué chez les futurs parents juifs.
Jusqu’à présent, les couples juifs du monde entier pouvaient apprendre, lors d’un dépistage précoce de la grossesse, qu’ils étaient génétiquement trop proches, sur la base d’un seuil initialement établi pour des populations génétiquement mixtes, comme celles des États-Unis ou d’Europe.
Cependant, l’application de cette même mesure à des communautés ayant une ascendance commune, comme les Juifs, les Druzes, les Circassiens ou d’autres communautés ethniques, conduit souvent à des inquiétudes inutiles ou à envisager une interruption de grossesse.
Pr. Idit Maya, directrice par intérim de l’Institut de génétique de l’hôpital Rabin et responsable de l’équipe de recherche, a déclaré que son étude mettait en évidence une « faille majeure » dans la norme mondiale actuelle d’évaluation du risque de maladie héréditaire.
Le seuil actuel ne tient pas compte des populations génétiquement homogènes, qui présentent naturellement un degré de similitude génétique plus élevé, plutôt qu’un problème chromosomique structurel.
« Mesurer la proximité génétique des couples juifs en utilisant les mêmes critères que pour les couples américains est une erreur », a déclaré Maya.
« On s’attend à un certain degré de parenté génétique chez les Juifs, en raison des mariages consanguins pratiqués au sein de cette communauté depuis des générations. Si nous ne tenons pas compte de ce facteur, nous risquons d’obtenir des résultats faussement alarmants, qui pourraient conduire à des décisions déchirantes, voire à des interruptions de grossesse injustifiées. »
Analyse de 15 000 échantillons génétiques
Maya a commencé son étude il y a plusieurs années, après avoir constaté à plusieurs reprises que des couples juifs recevaient des résultats génétiques alarmants provenant d’hôpitaux étrangers qui ne connaissaient pas le patrimoine génétique unique des Juifs ashkénazes. Pour vérifier son hypothèse, elle a fait équipe avec la professeure Lena Sagi-Dain, présidente de l’Israeli Society of Medical Genetics (Société israélienne de génétique médicale) et responsable des services de génétique prénatale à l’hôpital Carmel de Haïfa.
Ensemble, les chercheurs ont commencé à collecter puis à analyser environ 15 000 échantillons génétiques provenant du centre hospitalier Rabin, notamment des données sanguines et embryonnaires, en 2017.
Ils ont réparti les participants à l’étude en fonction de leur origine ethnique. En Israël, on dénombre environ seize ethnies différentes, dont des Juifs originaires de Boukhara, d’Iran, du Kurdistan, d’Irak, de Syrie, du Liban, de Libye, d’Afghanistan, du Yémen et d’Éthiopie.
Les chercheurs ont également étudié les Arabes chrétiens et musulmans, les Bédouins et les Druzes en Israël.
Les ancêtres vivant dans de petites communautés partagent davantage d’ADN
L’ADN existe sous forme de paires, avec une copie provenant de la mère et une autre du père. Il arrive parfois qu’un segment d’ADN soit identique sur les deux copies. On parle alors d’homozygotie ou de segments ROH. Ces segments apparaissent souvent lorsque les ancêtres d’une personne proviennent de la même petite communauté, car ils partagent alors davantage d’ADN.
L’équipe a mesuré la proportion d’ADN de chaque personne contenant des segments où les deux copies sont identiques. Les chercheurs ont découvert que la taille et la quantité de ces segments variaient considérablement d’un groupe à l’autre.
Maya a remarqué que des séquences identiques plus longues indiquaient souvent que les parents d’une personne partageaient des proches éloignés , ce qui peut se produire dans des communautés telles que la communauté juive, où les mariages endogames sont légion depuis de nombreuses générations.
« Les deux parents transmettent leur patrimoine génétique, qui se recoupe parce qu’ils partagent la même origine ethnique », a déclaré Maya.
Maya a déclaré que la structure de l’ADN n’était pas aléatoire, mais qu’elle était plutôt liée à l’histoire et à l’ascendance communes du groupe.
Cette étude a permis de mettre au point un nouvel algorithme qui adapte l’évaluation des risques au profil génétique de chaque population. Selon Maya, au lieu de s’appuyer sur un seuil rigide et universel, le modèle calcule un « seuil de risque réel » personnalisé.
Les directives américaines et européennes relatives aux risques génétiques s’appuient sur des millions de personnes issues de différentes origines ethniques, a-t-elle précisé.
Cela signifie que le niveau de parenté génétique considéré comme dangereux ou anormal pour la population générale est différent pour les petites communautés.
« Au lieu de signaler automatiquement toute similitude qui dépasse une limite arbitraire, notre modèle s’adapte à l’origine ethnique et génétique du couple et n’émet un avertissement que lorsqu’il y a une raison valable de s’inquiéter », a expliqué Maya.
L’Israeli Society of Medical Genetics a adopté le nouveau modèle fin juillet, et celui-ci devrait être intégré aux directives cliniques actualisées d’Israël.
Le nouveau modèle génétique de Maya permettra de réduire les inquiétudes inutiles et « d’éviter les fausses alertes ».
Dans certains cas, cela pourrait même permettre de sauver des grossesses qui auraient autrement été interrompues, a-t-elle ajouté.
« Il s’agit d’un grand pas en avant dans le domaine de la médecine personnalisée, non seulement pour les individus, mais aussi pour des communautés entières », s’est réjouie Maya.
la Communauté du Times of Israël !








