Un Palestinien tué lors d’affrontements pendant les funérailles d’un jeune
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Un Palestinien tué lors d’affrontements pendant les funérailles d’un jeune

Shawkat Awad, 20 ans, aurait été tué par l’armée pendant une émeute ; le père du garçon de 12 ans tué mercredi risque de perdre son permis de travail en Israël

Muayyad Bahjat al-Alaama, dont le fils aurait été tué après une erreur d'identité par des soldats israéliens, sous une tente de deuil dans sa ville natale de Beit Ummar en Cisjordanie, le jeudi 29 juillet 2021 (Crédit  : Aaron Boxerman/The Times of Israel). 
Muayyad Bahjat al-Alaama, dont le fils aurait été tué après une erreur d'identité par des soldats israéliens, sous une tente de deuil dans sa ville natale de Beit Ummar en Cisjordanie, le jeudi 29 juillet 2021 (Crédit : Aaron Boxerman/The Times of Israel). 

BEIT UMMAR, Cisjordanie – Un Palestinien a été abattu par des soldats israéliens jeudi lors d’émeutes survenues dans le cadre des funérailles d’un garçon de 12 ans abattu par les troupes la veille, selon le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne. 

Shawkat Khalil Awad, 20 ans, assistait aux funérailles de Mohammad al-Alaama, 12 ans, un habitant de sa ville natale de Beit Ummar, près d’Hébron. Al-Alaama a apparemment été tué par un soldat israélien mercredi soir alors qu’il se trouvait dans la voiture de son père à l’entrée de la ville. 

Awad, 20 ans, a été touché à la tête et à l’estomac par des balles réelles au cours d’affrontements pendant les funérailles, a déclaré le ministère de la Santé. Il est le quatrième Palestinien à mourir dans des affrontements avec des soldats israéliens cette semaine en Cisjordanie, et le troisième à Beit Ummar, selon les chiffres de l’Autorité palestinienne. 

Au cours des funérailles, des affrontements ont éclaté entre des Palestiniens endeuillés et les soldats israéliens à proximité. Les Palestiniens ont lancé des pierres sur les soldats israéliens, qui ont répondu par des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des balles Ruger, considérées comme une forme moins létale de tir réel. Ils ont également tiré des balles réelles en l’air, a indiqué l’armée. 

Les affrontements ont interrompu le cortège funéraire à mi-chemin, obligeant les participants à laisser le corps d’al-Alaama et à ne revenir que plus tard pour lui organiser un enterrement improvisé et provisoire, a déclaré le grand-oncle d’al-Alaama, Habis, ancien maire de Beit Ummar. L’armée israélienne n’a pas répondu à une demande de commentaire sur la mort d’Awad, bien qu’un porte-parole de l’armée a souligné plus tôt qu’une violente émeute avait eu lieu dans la zone. 

Après la fin des affrontements, la route menant à la maison du garçon décédé était jonchée de pierres. Un tracteur militaire israélien a balayé les rues, repoussant les amas de pierres sous le regard de plusieurs soldats. Si la ville avait retrouvé son calme, quelques jeunes ont rassemblé des pierres et les ont tirées avec leurs lance-pierres sur les soldats en contrebas. 

À l’écart de la route principale de la ville, la famille a monté une tente de deuil. Ils ont l’intention d’y rester pendant trois jours, comme le veut la coutume, accueillant les membres de la famille et les invités. Le père de Mohammad al-Alaama, Muayyad Bahjat, s’y est assis après les funérailles. 

« Ce n’est pas seulement Mohammad qui est mort. Je suis mort aussi », a déclaré al-Alaama, qui travaille au pavage de routes et d’autoroutes au sein des frontières d’Israël. « Ils l’ont tué. Ils l’ont tué de sang-froid. » 

La famille Al-Alaama a lutté pour avoir des enfants. Selon des membres de la famille, Al-Alaama a subi pendant sept ans des traitements coûteux contre la fertilité avant la naissance de Mohammad. Depuis, onze années se sont écoulées et deux autres enfants sont nés. 

Mercredi soir, selon Al-Alaama, il s’était rendu dans un magasin local pour faire des courses. Les trois enfants – Anan, 9 ans, Ahmad, 5 ans, et Mohammad, 12 ans – l’ont suivi. 

Ils venaient de rentrer à Beit Ummar et se trouvaient sur le chemin du retour lorsque Mohammad a fait remarquer qu’ils n’avaient pas acheté certains aliments qu’il avait demandés, a déclaré son père. 

« J’ai fait marche arrière, j’ai fait demi-tour et j’ai commencé à conduire – et il y a soudain eu des tirs intenses dans notre direction. J’ai crié à mes enfants de baisser la tête pour ne pas être blessés. J’ai fait avancer un peu la voiture. » 

« Puis j’ai regardé mes enfants, et j’ai vu Mohammad allongé dans les bras de sa sœur. ‘Lève-toi, lève-toi, mon fils’, lui ai-je dit, mais il n’a pas bougé », a raconté Muayyad, la voix brisée. 

Les deux frères et sœurs et le père de Mohammad sont sortis physiquement intacts de la fusillade. Mais Muayyad a déclaré que l’horreur d’assister à la mort de leur frère laissera une forte empreinte. 

« Nous aurions pu être quatre martyrs aujourd’hui, moi et tous mes enfants. Mais Dieu n’a pris que Mohammad », a déclaré Muayyad.

La famille et les amis pleurent près du corps de Mohammad Al-Alaama, 12 ans, dans la ville de Beit Ummar, près d’Hébron, en Cisjordanie, le 28 juillet 2021. (Crédit : Wisam Hashlamoun/Flash90)

Après la fusillade de mercredi soir, l’armée a concédé que ses soldats avaient tiré sur une voiture dans la zone.

Selon l’armée israélienne, un groupe de soldats près de Beit Ummar a vu plusieurs Palestiniens creuser près d’un poste militaire à l’entrée de la ville avant de quitter les lieux en voiture. Lorsque les soldats se sont approchés du site, ils ont trouvé le corps d’un bébé d’un jour dans un sac en plastique, a indiqué l’armée.

Peu de temps après, les soldats ont vu une voiture similaire. Croyant qu’il s’agissait des Palestiniens qui venaient d’enterrer le bébé, ils ont cherché à arrêter ses passagers, a indiqué l’armée. 

« Les soldats ont lancé la procédure d’arrestation du suspect, qui comprenait des appels [dans leur direction] et des tirs en l’air. Le véhicule ne s’étant pas arrêté, l’un des soldats a tiré sur les roues du véhicule afin de l’arrêter », a déclaré un porte-parole de l’armée.

Mais alors que l’armée affirme que le soldat n’a tiré que sur les roues du véhicule, la voiture de la famille al-Alaama présente des vitres brisées à l’arrière et sur le côté et plusieurs impacts de balles sur la carrosserie.

La voiture détruite dans laquelle se trouvait la famille al-Alaama lorsque Mohammad al-Alaama, 12 ans, a été tué par balle, le 29 juillet 2021. (Crédit : Aaron Boxerman/The Times of Israel)

Des habitants de Beit Ummar ont déclaré au Times of Israel qu’un certain nombre de Palestiniens de la région avaient effectivement enterré un bébé mort-né. Plutôt que d’enterrer l’enfant dans le cimetière principal de la ville, ils l’ont enterré dans un plus petit cimetière près du poste militaire. 

La division de la police militaire de l’armée, qui examine la conduite des soldats israéliens, a ouvert une enquête sur la fusillade de mercredi soir. 

Mais les enquêtes de la police militaire aboutissent rarement à la comparution de soldats devant un tribunal, et même la plupart des inculpés n’encourent pas de graves conséquences. Dans un récent acte d’accusation, un soldat reconnu coupable d’avoir tué sans raison un Palestinien et d’en avoir blessé un autre près de Bethléem a été condamné à trois mois de travaux d’intérêt général. 

« Je veux ce que nous méritons. Je veux que ce soldat soit poursuivi en justice. Je le poursuivrai pendant des mois avec des avocats, en déposant des dossiers, tout ce qu’il faut. C’est notre droit », a déclaré al-Alaama. 

Quoi qu’il en soit, c’est Muayyad qui supportera probablement la conséquence immédiate de la fusillade – son permis de travail en Israël sera probablement révoqué en raison de la mort de son fils. Israël agit ainsi par principe, affirmant que les proches des personnes abattues lors d’affrontements avec l’armée israélienne sont plus susceptibles de commettre des attentats terroristes par vengeance. 

« Je m’attends à ce que cela se produise, qu’ils prennent le permis. Mais je ne ferai jamais rien. J’ai mon Dieu, et il s’occupera de ce criminel », a déclaré al-Alaama, en faisant référence au soldat qui a tiré sur son fils.  

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