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Édito

Un Pessah qui nous rappelle cruellement le prix de la liberté

Alors que le président américain Donald Trump va s'adresser à la nation américaine mercredi soir pendant que les Juifs du monde entier s'assiéront pour marquer le seder de la fête de la Liberté, nos cœurs se serrent devant les pertes depuis le pogrom du 7-Octobre

Stéphanie Bitan

Stéphanie est la rédactrice en chef du Times of Israël en français.

Eyal Barad s’arrêtant quelques instants dans la pièce sécurisée où il s'était abrité avec sa famille le 7-Octobre, alors que les terroristes du Hamas ont tué et capturé un quart de sa communauté du kibboutz Nir Oz, le 9 novembre 2023. (Crédit : Maya Alleruzzo/AP)
Eyal Barad s’arrêtant quelques instants dans la pièce sécurisée où il s'était abrité avec sa famille le 7-Octobre, alors que les terroristes du Hamas ont tué et capturé un quart de sa communauté du kibboutz Nir Oz, le 9 novembre 2023. (Crédit : Maya Alleruzzo/AP)

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Lundi 30 mars, 5h28 : deux alertes retentissent sur mon téléphone pour me prévenir de l’éventuelle arrivée imminente d’un missile balistique en provenance de l’Iran qui cible le centre d’Israël. Puis rien. Fausse alerte, ça visait Jérusalem, plus au sud. Je n’arrive pas à me rendormir. Je garde mon téléphone, consulte les réseaux dits « sociaux ». J’ouvre Instagram et tombe sur un post de la chaîne Legend, animée par le journaliste Guillaume Pley, qui s’émeut de poèmes écrits par des résistants français dont certains ont été dénoncés et emmenés à Drancy. « La liberté est la forme la plus complète du bonheur lorsqu’on l’a perdue », lit-il sur un mur. Je revois la vidéo pour réécouter cette phrase qui me parle, à laquelle je peux facilement m’identifier. Une phrase qu’on intériorise en vivant en Israël – un pays où tout peut basculer en l’espace d’une seconde, où l’adage « l’Homme prévoit, Dieu rit » est une constante. Comme dans le reste du Moyen Orient – même maintenant à Dubaï, historique havre de paix, alors que l’Iran cible en permanence des infrastructures civiles.

« La liberté est la forme la plus complète du bonheur lorsqu’on l’a perdue. » Les libertés les plus simples, les plus anodines deviennent soudainement inaccessibles. Liberté de voyager à l’étranger pour voir sa famille : non, plus de vols, le trafic aérien interrompu. Liberté pour les enfants d’aller à l’école « normalement » : non, plus de classes ou seulement s’il y a un espace sécurisé. Liberté d’aller au travail : seulement s’il y a un espace sécurisé mais les parents actifs restent à la maison avec les enfants et ils jonglent entre les petits, le travail et les alertes qui rythment ces journées (bien) remplies. Liberté de se rendre dans le nord chez sa belle-famille pour passer les fêtes de Pessah sans craindre d’être rattrapés par ces alertes qui hurlent et vous ordonnent de vous arrêter immédiatement pour vous mettre (littéralement) à terre. Sans parler de l’angoisse indicible de ne pas pouvoir protéger ses enfants, de calmer leurs cris hystériques, incontrôlables – humains. La boule au ventre tout le trajet. On les a pourtant préparés, « s’il y a une azaka [« alerte » en hébreu], on s’arrête, on sort de la voiture, on ne court pas, on reste avec Maman et Papa… » Mais on prie surtout pour qu’il n’y en ait pas. On ne traîne pas, on file.

« La liberté est la forme la plus complète du bonheur lorsqu’on l’a perdue. » À l’heure de Pessah cette phrase résonne encore plus alors qu’on célèbre la sortie d’Égypte. Cette guerre a commencé lors du Shabbat Zachor (du mot hébreu signifiant « se souvenir »), qui intime aux Juifs de se souvenir de ce que leur a fait Amalek. Le Shabbat qui précède Pourim et la victoire des Juifs grâce à l’aide du roi perse Assuérus. « Souviens-toi de ce que te fit Amalek en chemin, lors de votre sortie d’Égypte, comment, sans crainte de Dieu, il t’attaqua par derrière, frappant tous les traînards à l’arrière, alors que tu étais affamé et las. C’est pourquoi… tu effaceras la mémoire d’Amalek de dessous les cieux. Ne l’oublie pas ! » (Deutéronome 25:17-19, JPS). Comment oublier cette menace existentielle persistante, de génération en génération ? Et si incomprise par les dirigeants de ce monde, à commencer par ceux de la France, que le ministre des Affaires étrangères a semblé résumer – sans sourciller – en une « fascination pour la force… »

6h48 : l’armée israélienne annonce la mort de quatre soldats tombés au combat, 10 en tout depuis le début de la reprise des hostilités avec le Hezbollah libanais. Je précise libanais car celui-ci a des « filiales » au Koweït, en Irak… Youssef Hachem, responsable militaire pour l’Irak au sein du Hezbollah, a d’ailleurs été tué dans une frappe israélienne sur le quartier de Jnah à Beyrouth il y a un peu plus d’une heure. Il a dû fermer celle en Syrie.

Le prix de notre liberté, on le ressent dans notre chair, dans les enterrements bondés pour dire au revoir à ces jeunes qui ont donné leur vie pour contrer cette menace existentielle qui s’acharne sur Israël et la région maintenant. On pleure en écoutant les mots d’adieu déchirants des parents inconsolables. On s’identifie. Nécessairement. Dans la peur.

Mais ça n’empêche pas ces manifestations hallucinantes qui réunissent des foules en plein Paris pour soutenir la République islamique d’Iran et le Hezbollah et pour profiter de l’occasion pour crier sa haine à l’égard d’Israël « assassin » dans un inversement des valeurs insupportable. Un autre post égrené sur Instagram en cette matinée funeste.

Dans la nuit du vendredi 27 au samedi 28 mars, un attentat a été déjoué près des Champs-Élysées, devant les locaux de la Bank of America. Le 23 mars, les services de police français avaient été informés de la diffusion sur les réseaux sociaux d’une « vidéo de propagande émanant du groupe pro-Iranien Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiyya, HAYI, (Mouvement des Compagnons de la Main Droite de l’Islam), visant les intérêts et la communauté juive en France et en Europe, ciblant spécifiquement le siège français de l’établissement Bank of America, situé rue de la Boétie à Paris », selon le Parquet national antiterroriste (Pnat). Un autre parmi tant d’autres, mais les pays européens préfèrent continuer à se voiler la face, alors que l’Iran arme désormais des adolescents de mitrailleuses pour terroriser son peuple.

À LIRE : Les capacités du Hezbollah au Liban illustrent « l’attitude conciliante » de la France – source

Un président français qui juge « inacceptables » les frappes d’Israël sur le Hezbollah, alors que l’armée libanaise a évacué et que le gouvernement est incapable de mettre hors d’état de nuire ce groupe terroriste qui a pris en otage le Liban au nom de l’Iran et qui ignore la décision des autorités visant à expulser l’ambassadeur de l’Iran qui lui avaient donné jusqu’à dimanche pour quitter le pays. En vain. On ne s’étonne pas de la décision du ministère de la Défense israélien de suspendre tout achat d’armes auprès de la France. Désormais, le ministère dit qu’il privilégiera la production israélienne d’armements et s’approvisionnera auprès de pays considérés comme amis.

La dégradation des relations entre Paris et Jérusalem fera partie du bilan d’Emmanuel Macron, sans compter l’émergence d’un « parti » politique extrémiste qui utilise l’antisémitisme pour gagner des élections, avec la complicité éhontée du chef du parti socialiste.

Mercredi 1er avril, 14h56 : arrivée dans le nord pour célébrer Pessah. Pas d’azaka en route.

15h31, 15h42 : les alertes retentissent, on s’enferme en attendant le message pour sortir de la pièce sécurisée pour ceux qui ont « la chance » d’en avoir une.

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