Rechercher

Une ancienne tradition de Souccot connaît un renouveau au XXIe siècle

Au cours du Hakhel, hommes, femmes et enfants se réunissaient à Jérusalem pour écouter le roi lire des passages de la Torah

Illustration générée par l'IA d'un ancien roi lisant la Torah à une assemblée d'hommes, de femmes et d'enfants juifs, conformément au commandement du Hakhel. (Crédit : DALL-E/JTA)
Illustration générée par l'IA d'un ancien roi lisant la Torah à une assemblée d'hommes, de femmes et d'enfants juifs, conformément au commandement du Hakhel. (Crédit : DALL-E/JTA)

JTA – Tous les sept ans, dans les temps anciens, les hommes, femmes et enfants juifs se réunissaient au Temple de Jérusalem, le premier jour de Souccot, pour écouter le roi lire la Torah à haute voix.

En 2022, il n’y a plus de roi ni de Temple, et plus de la moitié des Juifs vivent loin de Jérusalem, mais le rituel incite toujours les Juifs du monde entier à se rassembler. Cette tradition, connue sous le nom de Hakhel (« Rassemblement »), semble connaître un regain d’intérêt populaire.

À Northampton, dans le Massachusetts, Abundance Farm organisera un festival en plein air avec une plantation d’arbres, de la musique, à manger et à boire pour marquer la fin du cycle de sept ans de la shmita (année sabbatique agricole) à laquelle le Hakhel est lié.

Au temple Mount Zion, à St. Paul, dans le Minnesota, les membres de la communauté étudieront des versets de la Torah qui les inspirent et les poussent à agir.

Mitsui Collective, une organisation juive de développement communautaire, organise un rassemblement en ligne en l’honneur du Hakhel. D’autres congrégations et communautés organiseront des événements en ligne – et en personne – qui comprendront des études de la Torah, des activités et une réflexion sur les sept prochaines années de la vie juive.

À New York, un événement Hakhel prévu à l’extérieur du siège de Habad, à Crown Heights, devrait attirer la foule dans les rues de la ville, tandis que Habad of Midtown organisera un événement spécial Souccot, pour les jeunes professionnels juifs, dans l’esprit de cette ancienne pratique.

« La plus grande commémoration de tout cela est en fait principalement de rassembler les gens et de célébrer en tant que Juifs », a déclaré le rabbin Levi Shmotkin, directeur de Habad Young Professionals.

« Surtout à notre époque, c’est quelque chose dont les gens ont besoin », a-t-il ajouté. « Ils ont besoin de ce sentiment de communauté, d’engagement, d’unité, de solidarité, de faire partie de quelque chose de plus grand qu’eux. »

Hakhel – de l’impératif « Rassemblez-vous ! » en hébreu – est l’avant-dernier commandement énoncé dans la Torah.

« Rassemblez le peuple – hommes, femmes, enfants et les étrangers dans vos communautés – afin qu’ils entendent et apprennent à révérer Dieu et à observer fidèlement chaque mot de cet enseignement », dit Moïse à ses disciples. Les archives historiques montrent que ce rassemblement était pratiqué à l’époque du Second Temple de Jérusalem. Mais après sa destruction, en 70 de l’ère commune, qui a entraîné la dispersion des Juifs, la pratique du Hakhel a disparu.

La renaissance contemporaine a commencé à la fin du XIXe siècle, lorsqu’un rabbin polonais nommé Eliyahu David Rabinowitz-Teomim a publié un essai proposant d’observer une assemblée « pour renouveler le Hakhel ».

La fondation d’Israël, en 1948, a revigoré la pratique de multiples lois spécifiques à la terre des anciens Juifs, notamment le commandement de laisser les champs en jachère tous les sept ans, et a renouvelé l’attention portée au Hakhel. En 1952, à la fin de la première année de shmita après la fondation d’Israël, des événements parallèles ont été organisés à Jérusalem et à New York.

Pourtant, le Hakhel est resté inconnu de nombreux Juifs américains, à l’exception notable de ceux affiliés au mouvement orthodoxe Habad-Loubavitch. Au milieu du XXe siècle, le rabbin Menahem Mendel Schneerson, de la dynastie hassidique Loubavitch, a exhorté ses disciples à observer le Hakhel d’une manière moderne, axée sur l’esprit de rassemblement et sur l’éducation des enfants.

Depuis lors, il est devenu incontournable dans les cercles Habad, et le mouvement dit accueillir plus de 500 rassemblements Hakhel dans le monde entier cette année – y compris une reconstitution des anciens rituels dans une école de filles, à Montréal, et une sortie dans un parc d’attractions, dans le Connecticut.

Des dirigeants hassidiques lisant des notes personnelles et des prières sur le lieu de repos du défunt Rabbi Menahem Mendel Schneerson, connu sous le nom de Rabbi Loubavitch, alors qu’ils assistent à la Conférence internationale annuelle des émissaires Habad-Loubavitch au cimetière Montefiore, à New York, le 22 novembre 2019. (Crédit : AP Photo/Jessie Wardarski)

Le rabbin Ethan Tucker, président et doyen de Hadar, une yeshiva égalitaire de New York, dit avoir remarqué que les autres Juifs s’intéressaient davantage au Hakhel depuis ces dernières années. Il ne sait pas si cela est dû au fait que les réseaux sociaux ont permis aux partisans du rituel de se retrouver plus facilement, ou si la pratique de la shmita en Israël a entraîné une plus grande sensibilisation, ou encore s’il s’agit d’un tout autre phénomène.

Mais il a ajouté que l’inclusion explicite des femmes et des enfants dans le Hakhel en faisait un rituel attrayant pour de nombreux Juifs d’aujourd’hui.

« Nous vivons un moment culturel où les gens réfléchissent énormément à l’inclusion et à la manière dont les institutions communautaires peuvent attirer tout le monde », a déclaré Tucker.

« L’idée qu’il existe un précédent biblique et culturel au sein de la tradition qui représente déjà cela, je pense, est très convaincante », a-t-il ajouté.

La plupart des rassemblements Hakhel sont conçus pour canaliser l’esprit du commandement et pour célébrer la fin d’un cycle agricole, y compris parfois en discutant de questions environnementales, notamment de la manière de lutter contre le changement climatique.

Mais au moins un groupe prévoit également de réaliser l’interprétation la plus extensive du commandement du Hakhel. Judaism Unbound, un groupe qui vise à engager les Juifs américains « dépités mais remplis d’espoir », organise une récitation de la Torah entière – les 52 parachiyot (portions en hébreu) qui sont lues dans les synagogues tout au long de l’année – lors d’un événement en ligne qui commencera à 5h30 (UTC -5) mercredi ; le groupe estime que la lecture prendra plus de 15 heures.

À Jérusalem, un événement Hakhel a eu lieu sur la place du mur Occidental le deuxième jour de Souccot, au cours duquel trois nouveaux rouleaux de la Torah ont été dédiés. La cérémonie s’est déroulée en présence d’Isaac Herzog, l’actuel président d’Israël dont le grand-père, alors grand rabbin ashkénaze, était présent lors de la première célébration du Hakhel du pays, ainsi que de nombreux rabbins, chantres et chanteurs éminents.

La célébration de Simhat Torah, la prochaine fête qui marque l’achèvement du cycle annuel de lecture de la Torah, est en quelque sorte un hommage à ce que rappelle le Hakhel. Elle est généralement célébrée par des rassemblements festifs au cours desquels tous les membres de la communauté se penchent sur les rouleaux de la Torah ; comme pour le Hakhel, cette fête est réputée pour être adaptée aux enfants.

« Il est toujours fascinant de constater que les grandes idées et les rituels mémorables ne meurent jamais », a déclaré Tucker. « Ils sont toujours mûrs pour un renouveau ou prennent de nouvelles formes. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...