Israël en guerre - Jour 284

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Une conférence marginale d’extrême-droite consacrée à l’occupation juive israélienne du sud-Liban

L'organisation Uri Tzafon a envoyé des avis d'expulsion aux résidents de la région située au-delà de la frontière nord d'Israël par ballon et par drone, affirmant que les implantations juives sont "la seule solution au conflit dans le nord"

Les forces espagnoles de maintien de la paix sur une colline surplombant les villages de la frontière libanaise à Marjayoun, le 10 janvier 2024. (Crédit : Hussein Malla/AP)
Les forces espagnoles de maintien de la paix sur une colline surplombant les villages de la frontière libanaise à Marjayoun, le 10 janvier 2024. (Crédit : Hussein Malla/AP)

Les membres d’un petit groupe d’extrême-droite prônant l’annexion du sud du Liban et la construction d’implantations dans cette région se retrouveront lundi à l’occasion d’une visioconférence. Ils affirment que l’approche qui est la leur « est la seule solution » aux hostilités qui opposent actuellement Israël au Hezbollah, alors que les appels à une invasion, par l’armée israélienne, de son voisin du nord se multiplient en ce moment.

« Il y a un plus grand nombre d’assassinats au Liban, un plus grand nombre de tirs de missiles, un plus grand nombre d’alertes dans les implantations du nord et aucun changement réel n’est visible à l’horizon », a commenté l’organisation Uri Tzafon dans un communiqué qui, la semaine dernière, déplorait l’escalade des hostilités dans le nord du pays. En alternative, le groupe a invité le public à prendre part à ce qu’il a qualifié de « première conférence sur le Liban » consacrée « à l’occupation et à l’implantation juive israélienne sur ce territoire ».

Selon Uri Tzafon, le beau-frère du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Hagi Ben Artzi – qui n’entretient plus de relation avec le chef de gouvernement – sera l’un des orateurs lors de cet événement organisé sur Zoom. Il y aura aussi Amiad Cohen, le dirigeant de Herut : Le Centre de la liberté d’Israël, qui est la branche devenue indépendante du Fonds Tikvah, un mouvement conservateur.

Des dizaines de milliers de résidents des villes et des villages installés le long de la frontière nord, en Israël, ont été dans l’obligation de quitter leurs habitations au cours des huit derniers mois en raison des attaques transfrontalières quasiment quotidiennes du Hezbollah – des attaques qui avaient commencé immédiatement après l’assaut terroriste meurtrier commis dans le sud de l’État juif par les hommes armés du Hamas, le 7 octobre.

Des frappes qui ont persisté malgré les mises en garde constantes d’Israël, qui a fait savoir que le pays pourrait lancer une offensive pour repousser le groupe terroriste du Hezbollah, qui est soutenu par l’Iran, au-delà de la frontière, ce qui permettrait de ramener le calme à un moment où la majorité des évacués font face à la perspective de ne pas pouvoir encore rentrer chez eux à court-terme.

Jusqu’à présent, les hostilités à la frontière ont causé la mort de dix civils du côté israélien, ainsi que celle de 17 soldats et réservistes de l’armée israélienne. Plusieurs attaques ont également été lancées depuis la Syrie, sans faire de blessés.

Le Hezbollah a identifié 342 de ses membres qui, selon le groupe terroriste, ont été tués par Israël au cours des accrochages en cours, principalement au Liban, mais aussi en Syrie. Au Liban, 63 hommes armés appartenant à d’autres groupes terroristes, un soldat libanais et des dizaines de civils, dont trois journalistes, ont perdu la vie.

Les avis d’expulsion envoyés par ballon et par drone par les membres de l’organisation d’extrême-droite Uri Tzafon aux résidents du sud du Liban. (Crédit : Telegram)

Accusant le gouvernement de « procrastination » dans sa riposte à la crise sécuritaire qui sévit dans le nord du pays, les membres du groupe Uri Tzafon ont annoncé, la semaine dernière, qu’ils avaient envoyés, par ballon et par drone, des avis d’expulsion adressés aux habitants du sud du Liban.

« Ces avis établissent clairement aux yeux des résidents qu’ils se trouvent sur la Terre d’Israël, une terre qui appartient au peuple juif et qu’ils doivent évacuer immédiatement. Une carte explicative détaillée accompagnait ces avis », a indiqué le mouvement dans une publication parue sur sa chaîne Telegram, qui rassemble à peu-près 300 abonnés.

Expliquant son idéologie dans une autre publication parue au début du mois, le groupe déclarait que suite à la guerre des Six jours, « un grand nombre d’implantations avaient été construites dans tous les larges secteurs qui étaient venus s’ajouter » au pays mais que « hors des pays arabes voisins, l’Égypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban, le Liban est le seul à ne pas avoir payé en terres et en implantations juives. » (Si le Liban avait pris part, en compagnie des autres pays cités, à la guerre de l’Indépendance en 1948, il n’avait pas participé à la guerre des Six jours).

« Le moment est venu de faire payer le prix de l’agression par le biais de l’occupation et de l’implantation juive israélienne », ajoutait le groupe dans son post.

Dans une chronique écrite dans le journal Makor Rishon, du mouvement nationaliste-religieux, au début de l’année, Doron Nir-Zvi, qui doit prendre la parole lors de la visioconférence, insistait sur le fait que pour Israël, s’établir dans le sud du Liban était une nécessité en matière de sécurité nationale « parce que nous avons appris que si nous ne sommes pas présents sur les territoires tôt au tard, il n’y a pas d’armée présente ».

« Et cette leçon, nous l’avons apprise ici, dans la zone de sécurité du Liban d’où l’armée s’est retirée au bout d’une décennie, une décennie passée à en garder le contrôle », avait-il ajouté.

Les restes d’un vaste incendie causé par des roquettes tirées depuis le Liban brûlant près d’une maison, à Kiryat Shmona, dans le nord d’Israël, le 4 juin 2024. (Crédit : Ayal Margolin/Flash90)

Une approche qui est rejetée par la droite mainstream, et le journal Makor Rishon a récemment publié une Opinion qui affirmait que « l’Histoire nous donne une légitimité pour nous implanter en Judée-Samarie, mais pas en ce qui concerne le sud du Liban ».

Répondant aux tirs de roquette de l’OLP et à ses autres attaques en 1982, Israël avait envahi le Liban, se désengageant seulement pleinement jusqu’à la frontière internationale en l’an 2000, lorsque l’armée avait quitté la zone de sécurité qui se trouve dans le sud du pays. La Seconde guerre du Liban avait éclaté en 2006 quand le Hezbollah avait mené un raid transfrontalier, tuant trois soldats et prenant deux otages.

Si l’escalade actuelle devait entraîner une guerre ouverte, pensent les analystes, il est probable que le l’État juif bombarderait des cibles dans le sud du Liban avant que les soldats ne tentent d’avancer jusqu’à au moins dix kilomètres de la frontière, sur le territoire libanais. Le Hezbollah utiliserait sans doute son arsenal – qui, selon les estimations, serait constitué de plus de 150 000 roquettes – pour prendre pour cible les villes israéliennes. En 2006, le groupe avait tiré environ 4 000 missiles en direction d’Israël.

Sur la droite de l’échiquier politique, les politiciens israéliens appellent de manière croissante le Premier ministre Benjamin Netanyahu à envahir le Liban – mais même les plus militants se sont jusqu’à présent abstenus de réclamer l’occupation des territoires qui pourraient être capturés au cours d’un tel conflit.

Au mois de janvier, le politicien belliqueux Avigdor Liberman, à la tête du parti d’opposition Yisrael Beytenu, avait appelé l’État juif à réoccuper le sud du Liban, estimant que le pays devait « payer en territoire » les dégâts occasionnés par les frappes du Hezbollah sur les villes du nord d’Israël.

L’armée israélienne doit « clôturer » une partie du sud du Liban et repousser le groupe terroriste au nord du fleuve Litani, même si cela implique 50 années d’occupation, avait indiqué Liberman à ce moment-là, insistant sur le fait que « nous n’annexerons rien, nous ne construirons aucune implantation mais nous renoncerons à ces territoires uniquement lorsqu’il y aura, à Beyrouth, un gouvernement qui sait exercer sa souveraineté ».

Le chef du parti HaTzionout HaDatit, le député Bezalel Smotrich, à droite, et le chef du parti Otzma Yehudit le député Itamar Ben Gvir dans le plénum de la Knesset, le 28 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Le ministre de la Sécurité nationale d’extrême-droite, Itamar Ben Gvir et le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, ont aussi appelé à envahir le Liban.

A l’occasion d’une réunion de sa faction Hatzionout HaDatit dans le nord d’Israël, le mois dernier, Smotrich avait demandé à Netanyahu de poser « un ultimatum public » en sommant le Hezbollah « de stopper complètement ses attaques et de se retirer, avec toutes ses forces, de l’autre côté du fleuve Litani ».

« Si l’ultimatum n’est pas pleinement respecté, l’armée israélienne lancera l’assaut dans les profondeurs du territoire libanais pour défendre les communautés du nord, avec notamment une incursion terrestre et la prise de contrôle, par Tsahal, du secteur du sud du Liban », avait-il ajouté.

« Le moyen permettant de faire revenir les résidents du nord qui ont été évacués est une décision militaire, avec une attaque dévastatrice contre le Hezbollah et contre ses infrastructures et la destruction de toute sa puissance, » avait-il poursuivi.

Si ni Smotrich, ni Ben Gvir n’ont prôné l’implantation des Juifs israéliens au Liban, tous les deux se sont prononcés en faveur du rétablissement des implantations à Gaza, Ben Gvir estimant qu’il « serait très heureux de vivre à Gaza » après la guerre.

Ben Gvir a été l’un des 11 ministres et des onze députés de la coalition à avoir assisté à une importante conférence, au mois de janvier, qui était consacrée à la reconstruction des implantations juives israéliennes au cœur de l’enclave côtière.

Reuters et Times of Israel ont contribué à l’écriture de cet article.

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