Une copie non lue d’une édition multilingue des Psaumes du 16e siècle aux enchères
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Le Psautier polyglotte a été le deuxième livre imprimé en arabe. C'est une copie originale

Une copie non lue d’une édition multilingue des Psaumes du 16e siècle aux enchères

Cette copie était détestée par Ferdinand Colomb, le fils du célèbre explorateur. En vente également à New York la semaine prochaine, la première impression d'un discours de George Washington au Congrès avec une interpellation à la communauté juive de Rhode Island

Ilan Ben Zion est journaliste au Times of Israel. Il est titulaire d'une maîtrise en diplomatie de l'Université de Tel Aviv et d'une licence de l'Université de Toronto en études du Proche-Orient et en études juives

La page de titre de l'édition de 1516 du Psautier multilingue de Gênes (Autorisation de Kestenbaum & Co.)
La page de titre de l'édition de 1516 du Psautier multilingue de Gênes (Autorisation de Kestenbaum & Co.)

Ferdinand Colomb, le fils illégitime du célèbre explorateur, avait été très mécontent après la première édition multilingue du Livre des Psaumes, dont une copie d’origine sera mise aux enchères à New York la semaine prochaine.

Le Psautier polyglotte a été imprimé à Gênes dix ans après le décès de son père, en 1516. Mais les annotations de deux pages sur la vie de Chistophe Colomb à partir d’un verset du Psaume 19 mentionnant « le bout du monde » l’avaient interpellé et rendu furieux.

Le Psautier polyglotte a été le deuxième livre imprimé en arabe, paru aux côtés de ses traditions originales en hébreu, en araméen, en latin et en grec. Le premier livre à avoir été imprimé en arabe n’a pas été – étrangement – le Coran. Il s’agissait du livre Kitab Salat al-Sawa’i, un livre chrétien sur les heures de prières, imprimé en Italie en 1514, dont seules quatre copies ont survécu.

Ferdinand Colomb a pris ombrage de la description faite par l’auteur Agostino Giustiniani des origines modestes de son père, et s’est plaint au Sénat de Gênes. Colomb a ensuite décidé d’écrire sa propre version de la biographie de son père et le Sénat a finalement ordonné la destruction des 2 000 copies du Psautier de Giustiniani.

La page de titre du Psautier polyglotte de Gênes paru en 1516 (Autorisation de Kestenbaum & Co.)
La page de titre du Psautier polyglotte de Gênes paru en 1516 (Autorisation de Kestenbaum & Co.)

La Psautier polyglotte présenté aux enchères à la maison Kestenbaum & Co de New-York est l’une des quelques copies ayant survécu au cours des siècles, et ses pages n’ont jamais été coupées.

Ferdinand Columb (Biblioteca Colombina, Sevilla)
Ferdinand Columb (Biblioteca Colombina, Sevilla)

“C’est la copie la plus originale de ce livre que nous ayons », explique David Wachtel, chercheur chez Kestembaum, au Times of Israel. “Elle n’a littéralement jamais été lue ».

Le Psautier appartient à une « collection européenne privée ». La société de la vente aux enchères a refusé de donner le nom du collectionneur.

Trois copies du Psautier de 1516 de Giustiniani ont été vendues aux enchères ces dernières années moyennant les sommes de 17 500 dollars, 18 000 dollars et 19 200 dollars. Les vendeurs voudraient la céder à un prix entre 12 000 et 18 000 dollars. Wachtel a conseillé aux acheteurs de ne pas couper les pages.

Le Psautier est l’un des 131 objets parmi les documents historiques et littéraires relatifs au judaïsme à saisir, livres et oeuvres d’art, depuis des lettres rabbiniques jusqu’à des passeports japonais qui avaient été donnés aux survivants de l’Holocauste.

Une page d'une édition de 1484 du "Choix des perles" d' Ibn Gabiro, imprimé chez Soncino, en Italie (Autorisation Kestenbaum & Co.)
Une page d’une édition de 1484 du « Choix des perles » d’ Ibn Gabiro, imprimé chez Soncino, en Italie (Autorisation Kestenbaum & Co.)

Parmi les livres qui se distinguent, une copie datant de 1984 du livre de Solomon ibn Gabirol, « Le Choix des perles », imprimé en Italie. C’est un incunable, le terme utilisé pour désigner les premiers livres qui ont été imprimés, en hébreu, un ouvrage de 138 textes environ qui a été imprimé avant 1501. La compilation de proverbes et de maximes est attribuée au poète espagnol du 11e siècle, même si les spécialistes modernes contestent cette affirmation.

Qu’Ibn Gabirol ait été ou non l’auteur du « Choix des perles », le fait que la famille Soncino ait décidé de le faire imprimer témoigne de son importance.

“Avoir un incunable en hébreu et en parfait état est quelque chose de très, très particulier », dit Wachtel.

La copie qui sera présentée aux enchères moyennant un prix de 50 000 ou 60 000 dollars est complète et en excellent état, ajoute Watchel. Elle a été mise en vente par une autre « collection privée européenne ».

La page de titre du livre de George Washington en 1796, “Collection of the Speeches of the President of the United States… Addresses to the President, with His Answers.” (Autorisation de Kestenbaum & Co.)
La page de titre du livre de George Washington en 1796, “Collection of the Speeches of the President of the United States… Addresses to the President, with His Answers.” (Autorisation de Kestenbaum & Co.)

Une première édition de 1796 de la « Collection des discours du président aux Etats Unis… Des allocutions faites au président avec ses réponses », imprimée à Boston, semblerait ne pas être l’oeuvre la plus conventionnelle relative au judaïsme, mais l’inclusion de lettres et de discours prononcés devant les Juifs de Newport, à Rhode Island, la rend rare.

Une vue de la synagogue de Touro à Newport, Rhode Island. (Crédit : Wikimedia Commons via JTA)
Une vue de la synagogue de Touro à Newport, Rhode Island. (Crédit : Wikimedia Commons via JTA)

Le discours de Washington à la synagogue de Touro, le 17 août 1790, comprend la déclaration souvent reprise que le gouvernement « ne sanctionne pas la bigoterie, ne soutient pas la persécution », toute première déclaration concernant le statut des Juifs dans ce pays naissant. Ce que la majorité a toutefois tendance à occulter, c’est que ce commentaire de Washington était un hommage rendu à Moses Seixas, leader de la communauté de Newport.

Oil painting of George Washington by John Trumbull. In May 2012, a letter written by Washington in 1790 and addressed to the Hebrew Congregation in Newport, RI was released from the B’nai B’rith archives (CC BY, by Joye, Flickr)
Peinture à l’huile de George Washington par John Trumbull. (Crédit : CC BY, by Joye, Flickr)

C’est Seixas, un Juif portugais, qui avait la première fois évoqué « pas de sanction pour la bigoterie, pas de soutien pour la persécution » dans un discours fait devant la congrégation, et Washington avait repris son idée dans une allocation qui avait suivi.

Le volume qui sera présenté aux enchères pour un prix de 4 000 à 6 000 dollars contient également les lettres échangées entre Washington et la communauté Juive de Philadelphie, de Newport, de New York et de Richmond, et un autre courrier de Seixas. Pour cette raison, il est devenu « un ouvrage très populaire auprès des collectionneurs juifs américains ».

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