Une deuxième femme accuse Karim Khan d’inconduite sexuelle
Une ex-stagiaire dit que le procureur général de la CPI l'a tripotée et lui a fait des avances pendant qu’ils travaillaient chez lui en 2009 ; une plainte similaire a été déposée en 2023-2024

Une deuxième femme a accusé le procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, d’inconduite sexuelle, a rapporté jeudi le quotidien britannique The Guardian.
Khan, qui a demandé des mandats d’arrêt de la CPI contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, s’était temporairement retiré de ses fonctions au début de l’année après la révélation d’une première accusation d’inconduite sexuelle concernant les années 2023-2024.
La nouvelle plaignante, identifiée par le quotidien britannique sous le pseudonyme de « Patricia », avait travaillé pour Khan en tant que stagiaire non rémunérée en 2009, alors qu’elle était dans la vingtaine et qu’il exerçait comme avocat de la défense au tribunal.
Elle a décrit une « avalanche constante » d’avances, déclarant au Guardian : « Il n’aurait pas dû faire cela. Il était mon employeur. »
Les avocats de Khan ont réagi en déclarant au quotidien que les accusations portées contre lui de « s’être livré à un quelconque comportement sexuel inapproprié de quelque nature que ce soit sont totalement fausses ».
Ils ont affirmé qu’il avait remis aux enquêteurs des éléments « contredisant totalement les accusations » et démontrant, « à plusieurs égards importants », qu’elles étaient « manifestement fausses ».
Selon Patricia, Khan lui aurait un jour touché les seins dans les bureaux du tribunal, avec une caresse « prolongée » et « totalement non consentie ».
« Ce n’était pas un ‘oups, je t’ai effleurée avec le dos de ma main, je suis désolé’ », a-t-elle déclaré au Guardian.
« Il était trop proche. »
Patricia a ajouté que Khan l’invitait régulièrement à travailler seule avec lui dans son appartement, alors qu’ils préparaient une affaire. Selon elle, le procureur lui aurait demandé à au moins six reprises de venir dans son appartement, a-t-elle déclaré au Guardian, ce qu’elle a fini par accepter.
« Chaque séance de travail se transformait en une nouvelle série [de Khan] assis à côté de moi sur le canapé, me touchant, m’embrassant et essayant de me convaincre de coucher avec lui », a-t-elle expliqué.
« Je me souviens avoir inventé toutes sortes d’excuses stupides pour expliquer pourquoi je ne voulais pas coucher avec lui, juste pour éviter de le mettre en colère », a-t-elle raconté.
À la fin de son stage, Khan lui a rédigé une recommandation élogieuse, a-t-elle encore indiqué. Ils sont restés en contact quelques années, car, selon elle, elle ressentait une pression professionnelle pour rester dans ses bonnes grâces.
En 2019, après avoir reçu un message de Khan la remerciant pour sa « bonne compagnie » et pour « être une très bonne amie », elle lui a répondu qu’elle ne souhaitait plus avoir de ses nouvelles et qu’il devait cesser de la contacter. Il s’est exécuté.
Patricia a décidé de parler après avoir découvert la première plainte, déposée par une employée de la CPI qui accuse Khan de lui avoir fait des avances « incessantes » chez lui entre 2023 et 2024, notamment en tentant de l’embrasser.
Une fois l’enquête onusienne close, ses conclusions seront transmises à des experts judiciaires. Si ceux-ci estiment que Khan a commis une « faute grave », un vote à bulletin secret pourrait être organisé, au cours duquel les 125 États membres de la CPI se prononceraient sur son éventuelle destitution.
En avril, il avait été révélé que l’enquête onusienne portait aussi sur des accusations de représailles contre des employés qui avaient dénoncé son comportement ou critiqué sa gestion du dossier.
Les proches de Khan avaient tenté de présenter les accusations initiales comme une campagne de dénigrement pro-Israël, mais le Guardian souligne qu’aucune preuve ne vient étayer cette thèse.
Les intérêts pro-Israël « ont peut-être exploité l’affaire, mais ils ne l’ont pas créée », a déclaré au journal une source de la CPI, l’une des cinq personnes interrogées ayant rejeté l’idée d’un complot israélien.
Toujours selon le Guardian, la première plaignante a été « particulièrement bouleversée » par l’affirmation selon laquelle elle aurait agi pour le compte d’Israël, alors qu’elle était connue au sein du bureau de Khan pour soutenir son enquête sur les dirigeants israéliens.
Le 24 novembre 2024, la CPI a émis des mandats d’arrêt contre Netanyahu et Gallant, soupçonnés d’avoir ordonné des crimes de guerre lors de la campagne menée par Israël contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, après l’invasion, le pogrom et les prises d’otages perpétrés par ce dernier dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023.
Jérusalem rejette ces accusations, affirmant que sa guerre, dont les objectifs sont de libérer les otages, d’anéantir le Hamas et d’empêcher toute menace future depuis Gaza, est menée conformément au droit international.
Des mandats d’arrêt de la CPI ont également été délivrés contre trois dirigeants du Hamas, tous tués depuis par Israël.







