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Une deuxième soldate affirme avoir été agressée sexuellement par un détenu de Gilboa

L'administration pénitentiaire a déclaré que tous les témoignages des gardiennes font l'objet d'une enquête et assure avoir "une politique de tolérance zéro" en la matière

Interview d'une ancienne gardienne de la prison de Gilboa, "Shirli", qui affirme avoir été agressée sexuellement par un détenu de sécurité palestinien, le 2 août 2022. (Crédit : Capture d'écran/La Douzième chaîne)
Interview d'une ancienne gardienne de la prison de Gilboa, "Shirli", qui affirme avoir été agressée sexuellement par un détenu de sécurité palestinien, le 2 août 2022. (Crédit : Capture d'écran/La Douzième chaîne)

Une autre ancienne gardienne de la prison de Gilboa s’est manifestée pour décrire comment elle aurait été agressée sexuellement par un prisonnier palestinien pendant son service dans cet établissement de haute sécurité, alors que ses supérieurs étaient au courant de ce qu’il s’y passait.

La femme s’est confiée à la Douzième chaîne mardi sous le pseudonyme de « Shirli » et a confirmé les affirmations d’autres gardiennes selon lesquelles la vie quotidienne à la prison de Gilboa était largement dictée par le prisonnier Mahmoud Atallah.

Atallah est au centre d’un scandale d’agressions sexuelles dans l’établissement, dans lequel des plaintes de harcèlement et d’agression sexuelle de femmes soldats ont récemment refait surface.

En 2018, une première allégation avait été formulée par des soldates selon laquelle elles avaient été forcées d’avoir des contacts rapprochés avec des prisonniers en guise de marchandage sexuel, suite auxquels elles avaient été harcelées et agressées, mais l’affaire a été classée en raison d’un manque de preuves.

Atallah est en isolement depuis 2018, date à laquelle des informations ont été révélées pour la première fois selon lesquelles un officier de renseignement de la prison lui aurait « livré » des gardiennes ainsi qu’à d’autres détenus palestiniens, à sa demande.

Atallah était une figure marquante parmi les prisonniers et faisait en sorte que les détenus palestiniens restent tranquilles, ce qu’il aurait fait en échange de la présence de gardiennes dans son quartier et de faveurs sexuelles pour lui-même et d’autres prisonniers palestiniens.

Au total, six gardiennes se sont manifestées et ont dénoncé des abus sexuels commis par Mahmoud Atallah, dont une qui a déclaré avoir été violée et agressée sexuellement par ce dernier à plusieurs reprises.

Un gardien de prison dans un mirador de la prison de Gilboa, dans le nord d’Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Flash90)

En novembre de l’année dernière, le directeur de la prison de Gilboa, Freddy Ben Shitrit, qui n’était pas en poste à la prison lorsque les faits se sont produits, a tenu des propos qui ont fait l’effet d’une bombe au sujet des allégations. Cela a conduit la cheffe des services pénitentiaires israéliens, Katy Perry, à entamer une procédure d’éviction de l’agent de renseignement de la prison, Rani Basha, impliqué dans l’affaire. Les procureurs de l’État ont également ordonné à la police de rouvrir l’enquête sur cette affaire.

Plus tôt ce mois-ci, le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev a approuvé le licenciement de Basha, citant la « violation grave de ses devoirs en tant que gardien de prison » et notant que la décision a été prise en partie « pour empêcher une atteinte grave à la confiance de la population » en l’administration pénitentiaire.

Dans ses remarques, Ben Shitrit a déclaré que les soldates qui étaient gardiennes de la prison avaient été contraintes de servir de divertissement pour certains détenus, afin d’éviter que les prisonniers ne deviennent incontrôlables.

La gardienne qui a accusé Atallah de viol s’est présentée la semaine dernière pour dire qu’elle avait été « livrée » par son directeur à un dangereux terroriste « pour qu’il puisse [lui] faire du mal et abuser sexuellement [d’elle] encore et encore » , et a déclaré que dans la prison, il était surnommé le « commandant ».

Shirli a déclaré mardi à la Douzième chaîne qu’elle « se reconnait » dans la gardienne qui a dit avoir été violée.

Une autre femme soldat qui s’était déjà exprimée a déclaré qu’elle avait reçu l’ordre d’accompagner Atallah dans l’établissement, ce qui lui donnait l’occasion de l’agresser, notamment en lui tripotant les fesses, tandis que ses supérieurs fermaient les yeux.

Décrivant son service à la prison, Shirli a rappelé qu’elle a rapidement compris qu’Atallah contrôlait les activités non seulement de son aile, mais aussi de toutes les autres. Elle dit que pendant une grande partie de son service, elle était seule dans l’aile avec les prisonniers de sécurité.

Avec le temps, Atallah a gagné sa confiance et lui a assuré à plusieurs reprises qu’il la protégerait des autres prisonniers.

Shirli a déclaré que les choses ont changé lorsque le terroriste palestinien Amjad Awad est arrivé à la prison. Awad est reconnu coupable d’avoir perpétré un attentat en 2011 dans l’implantation d’Itamar, en Cisjordanie, au cours duquel il a assassiné, avec un complice, cinq membres de la famille Fogel, dont un nourrisson.

Le prisonnier de sécurité palestinien Mahmoud Atallah est accusé d’avoir agressé sexuellement et violé des femmes soldats de Tsahal à la prison de Gilboa, dans le cadre d’un scandale selon lequel les gardiennes auraient été « livrées » à des détenus palestiniens. (Crédit : Avec l’aimable autorisation)

Shirli a déclaré qu’avec le temps, elle a senti qu’Awad lui était hostile et a confié ses craintes à Atallah qui lui a dit qu’Awad avait effectivement l’intention de l’attaquer, mais qu’il la protégerait.

Elle a dit avoir parlé à ses supérieurs qui, selon elle, ont dit qu’ils étaient au courant de la menace et qui lui ont assuré que l’affaire était sous contrôle.

Quelques jours plus tard, Atallah a demandé à Shirli de lui parler en privé dans une zone de la prison où il n’y avait pas de caméras, a-t-elle confié. Là, il lui a pris les mains et s’est pressé contre elle, la tripotant jusqu’à ce qu’elle parvienne à se dégager, a-t-elle expliqué.

Shirli a déclaré qu’elle n’avait parlé à personne de l’incident à l’époque, mais qu’elle avait fini par porter plainte en janvier.

L’avocat d’Atallah a déclaré à la Douzième chaîne que son client niait les accusations.

Keren Barak, l’avocate qui représente plusieurs femmes qui ont servi à la prison de Gilboa au cours de la dernière décennie et qui affirment avoir été « livrées » à des prisonniers de sécurité à plusieurs reprises, a demandé une commission d’enquête sur les allégations concernant la prison de Gilboa, insistant auprès de la Douzième chaîne sur le fait qu’on ne puisse pas faire confiance au service pénitentiaire israélien (IPS) pour enquêter lui-même.

L’IPS a déclaré dans un communiqué que les détails de tous les témoignages des gardiennes impliquées dans l’affaire font l’objet d’une enquête. Il a souligné qu’il avait « une politique de tolérance zéro envers tout type de comportement sexuel préjudiciable ».

La semaine dernière, une ancienne soldate de Tsahal identifiée sous le pseudonyme de « Hila » a déclaré avoir été abusée sexuellement à plusieurs reprises -et même violée -par un prisonnier de sécurité palestinien, lorsqu’elle travaillait à la prison de Gilboa, au vu et au su de sa hiérarchie.

Selon Hila, le prisonnier « contrôlait les officiers et tout le personnel, qui l’écoutaient et exécutaient ses ‘ordres’, sans débat ».

Mardi, la police s’est rendue au domicile d’Hila dans le nord du pays pour recueillir de plus amples témoignages, a rapporté la Treizième chaîne.

Hila avait déjà témoigné à la police en juin dernier, bien qu’à l’époque elle ne se soit plainte que d’actes « indécents », a précisé la Treizième chaîne.

Un officier de police montant la garde depuis un mirador dans la prison de Gilboa, dans le nord d’Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Jalaa Marey/FP)

Les procureurs cherchent à ajouter des charges contre Atallah, qui a déjà été inculpé pour agressions sexuelles contre deux gardiennes, a rapporté la chaîne. Après que deux autres gardiennes ont porté plainte en janvier, les procureurs ont décidé d’ajouter leurs allégations aux actes d’accusation.

Entre-temps, l’ancien directeur de la prison de Gibloa a été interrogé lundi par les enquêteurs de la prison au sujet de ces allégations, a rapporté Kan.

Selon un reportage de la Douzième chaîne la semaine dernière, Atallah avait déclaré aux responsables de la sécurité, il y a huit mois déjà, qu’il avait eu des relations sexuelles avec une gardienne de la prison. Malgré cela, l’affaire n’a pas fait l’objet d’une enquête approfondie à l’époque, et Atallah est resté en isolement depuis que les allégations à son encontre ont été soulevées.

Atallah affirme que les rapports sexuels étaient consensuels, a rapporté Kan citant l’avocat de la défense.

Le contrôleur d’État Matan Engelman a appelé mardi les personnes ayant subi un préjudice ou disposant d’informations à se manifester et à communiquer les détails au bureau du contrôleur.

S’adressant aux anciennes gardiennes qui disent avoir été maltraitées, Engleman a déclaré : « Je suis de tout cœur avec vous, je comprends le terrible traumatisme que vous avez subi ».

Il a promis de « retourner chaque pierre pour trouver les déficiences et les actes impardonnables ».

Mardi, le président Isaac Herzog a exprimé « le choc et la douleur » et a demandé une enquête « approfondie » sur les accusations.

Plus tôt mardi, le Premier ministre Yair Lapid s’est rendu à la prison d’Ofer, établissement pour détenus de sécurité situé en Cisjordanie, afin d’observer les quartiers de sécurité et la manière dont les gardiens de prison interagissent avec les prisonniers, selon une information donnée par la Douzième chaîne.

« Nous allons enquêter, nous allons découvrir la vérité », a déclaré Lapid lors de sa visite. « L’État d’Israël ne restera pas sans rien faire face aux allégations selon lesquelles une gardienne de prison en service obligatoire en Israël aurait été violée ou harcelée sexuellement par des terroristes. »

Mardi toujours, Makbil Tafesh, un ancien directeur du district nord de l’administration pénitentiaire, aujourd’hui à la retraite a déclaré que les allégations d’agressions sexuelles faites contre les prisonniers de Gilboa, avec la complicité des directeurs de la prison, sont un « mensonge », a rapporté la Douzième chaîne.

Tafesh a supervisé la prison de Gilboa et d’autres prisons dans tout le nord d’Israël de 2016 à 2019, ce qui coïncide avec le moment où les gardiennes se sont manifestées pour la première fois avec des allégations d’abus sexuels, en 2018.

Cependant, Tafesh a déclaré qu’il n’avait jamais reçu de plaintes d’abus sexuels de la part des gardiennes de prison et que toute plainte de comportement inapproprié de la part de prisonniers était immédiatement traitée.

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