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Herzog souhaite une enquête « approfondie » sur le scandale de la prison de Gilboa

Le président demande que les responsables soient « punis avec la plus grande sévérité ». Lapid s’est engagé à ce qu’une enquête fasse la lumière sur ces abus sexuels

Le président Isaac Herzog évoque le scandale de la prison de Gilboa, à la résidence du président, à Jérusalem, le 2 août 2022. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)
Le président Isaac Herzog évoque le scandale de la prison de Gilboa, à la résidence du président, à Jérusalem, le 2 août 2022. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le président Isaac Herzog s’est dit, mardi, « choqué et bouleversé » et a appelé à une enquête « approfondie » sur les plaintes pour « prostitution » de femmes abusées sexuellement – et même violées – par des prisonniers de sécurité de la prison de Gilboa.

« Les témoignages des gardiennes de prison sont choquants et bouleversants : ils me rendent malade. Je pense que tout le monde ressent la même chose », a déclaré Herzog.

La semaine dernière, une ex-soldate de Tsahal identifiée sous le pseudonyme de Hila a déclaré avoir été abusée sexuellement à plusieurs reprises -et même violée -par un prisonnier de sécurité palestinien, lorsqu’elle travaillait à la prison de Gilboa, au vu et au su de sa hiérarchie.

Selon Hila, le prisonnier « contrôlait les officiers et tout le personnel, qui l’écoutaient et exécutaient ses ‘ordres’, sans débat ».

« Comment en sommes-nous arrivés à cette situation horrible, dans laquelle les femmes qui assurent notre sécurité sont ainsi dépossédées de leur corps ?! » s’est exclamé Herzog.

« Rappelons-nous que les blessures et cicatrices que ces femmes soldats ont subies ne disparaîtront jamais. Elles resteront à jamais gravées dans le corps, l’esprit et l’âme des victimes », a-t-il déclaré.

« Chaque femme en Israël devrait être en sécurité ; chaque femme exerçant une mission au nom de l’État devrait être en sécurité », a ajouté le président, précisant qu’il était « de notre devoir » « d’enquêter en profondeur sur ces cas afin que les responsables soient punis avec la plus grande sévérité ».

Prison de Gilboa, 28 février 2013. (Crédit : Moshe Shai/Flash90/Dossier)

Plus tôt mardi, le Premier ministre Yair Lapid s’est rendu à la prison d’Ofer, établissement pour détenus de sécurité situé en Cisjordanie, afin d’observer les quartiers de sécurité et la manière dont les gardiens de prison interagissent avec les prisonniers, selon une information donnée par la Douzième chaîne.

Lapid s’est engagé, dimanche, à s’attaquer au fléau des violences faites aux femmes, qu’il a qualifiées de « taches sur le pays » et a déclaré que les victimes du scandale de la prison de Gilboa recevraient une aide de l’État.

Le Premier ministre Yair Lapid s’entretient avec des soldats affectés à la prison d’Ofer, dans le cadre de leur service obligatoire, en plein scandale de la prison de Gilboa, le 2 août 2022. (Crédit : Amos Ben Gershom/GPO)

Abordant la question lundi, le ministre de la Défense Benny Gantz a déclaré avoir demandé que soit examiné le protocole, déjà ancien, organisant la mise à disposition de conscrits au profit de l’administration pénitentiaire (IPS).

Gantz a adressé une lettre au ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev – autorité de tutelle de l’IPS – exigeant que les soldats ne soient plus affectés aux quartiers des prisonniers palestiniens pour terrorisme jusqu’à la conclusion de l’enquête.

Keren Barak, l’avocate qui représente plusieurs femmes ayant servi à la prison de Gilboa ces dix dernières années et qui affirment avoir été « prostituées » à plusieurs reprises par des gardes, a indiqué que les victimes avaient du mal à retrouver une vie normale.

L’ex-soldate identifiée comme Hila « vit dans la pauvreté à cause de problèmes psychologiques qui l’empêchent de travailler », a expliqué Barak à la Douzième chaîne la semaine dernière.

Barlev lui-même a qualifié l’IPS d’organisation « pourrie », ajoutant que « tout le monde se fichait de ce qui se passait là-bas ».

« Ces douze derniers mois, nous avons pris des mesures pour faire toute la lumière sur l’organisation de l’établissement, au niveau de la direction comme sur des points plus techniques », a-t-il poursuivi. « Il reste encore beaucoup à faire pour que tout fonctionne correctement. »

Des cas de femmes soldats de Tsahal harcelées et agressées sexuellement dans les prisons israéliennes avaient fait la une il y a quelques années, sans réelles suites, jusqu’à l’année dernière, lorsqu’une enquête a été rouverte, à la faveur de nouvelles preuves.

Le mois dernier, Barlev a donné son accord pour que soit licencié l’officier de renseignement de la prison, Roni Basha, pour avoir « prostitué » des gardiennes. Basha se trouvait en congé depuis novembre 2021, lorsque Freddy Ben Shitrit, le directeur de cette prison située dans le nord d’Israël, a tenu des propos marquants concernant les accusations.

Selon une information publiée lundi, un autre officier du renseignement de l’IPS, qui a servi à la prison de Gilboa, était interrogé sur sa possible implication dans le scandale.

Le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev assistant à une réunion des Travaillistes à la Knesset, à Jérusalem, le 16 mai 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La décision de rouvrir l’enquête a également été prise après que Ben Shitrit – qui ne dirigeait pas la prison au moment des faits présumés – a déclaré que les soldates affectées a la prison avaient été forcées à se prostituer avec certains détenus, pour apaiser les prisonniers et les empêcher de devenir incontrôlables.

Le site d’information Ynet a indiqué la semaine passée qu’un prisonnier palestinien reconnu coupable de terrorisme, Mahmoud Atallah, faisait l’objet d’une enquête de la police pour agression sexuelle dans le cadre de la prison.

Selon un reportage de la Douzième chaîne diffusé lundi soir, le Shin Bet aurait été informé de l’agression d’Atallah contre des gardiennes de prison depuis des mois, mais n’aurait pour autant pas enquêté sur la question.

Emanuel Fabian a contribué à cet article.

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