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Ancienne soldate de Tsahal : « Mes anciens supérieurs m’ont livrée pour être violée »

Selon une ancienne gardienne de prison, l'armée a tenté de la faire taire ; le prisonnier "contrôlait tout le personnel, qui l'écoutaient et exécutaient ses "ordres" sans discuter"

Un gardien de prison dans une tour de surveillance à la prison de Gilboa, dans le nord d'Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Flash90)
Un gardien de prison dans une tour de surveillance à la prison de Gilboa, dans le nord d'Israël, le 6 septembre 2021. (Crédit : Flash90)

Une ancienne soldate de Tsahal a déclaré avoir été violée et abusée sexuellement à plusieurs reprises par un prisonnier de sécurité palestinien alors qu’elle servait dans la prison de Gilboa, avec la pleine coopération de son directeur.

La femme, qui s’identifie sous le pseudonyme de « Hila », a formulé ces allégations dans une publication sur le site de crowdfunding BeActive, où son avocate Keren Barak a mis en place une campagne dans le but de la soutenir.

Hila a déclaré avoir été « livrée » par son directeur à un dangereux terroriste « pour qu’il puisse [lui] faire du mal et abuser sexuellement [d’elle] encore et encore » ; elle a également ajouté que d’autres gardiennes avaient subi le même sort.

Elle a identifié son agresseur comme étant la personne qui a été citée dans les médias en relation avec « le proxénétisme des gardiennes de prison », et a affirmé que dans la prison, il était connu sous le nom de « commandant ».

La sous-commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset devrait entendre des membres du service pénitentiaire israélien, du Shin Bet et des procureurs lors d’une session d’urgence concernant le scandale, la semaine prochaine.

Barak a déclaré à la Douzième chaîne que sa cliente « vit dans l’indigence en raison de son état mental, qui ne lui permet pas d’intégrer le marché du travail. » Elle a déclaré que la campagne a été mise en place pour cette raison, afin de la soutenir en lui permettant de retrouver un logement et de suivre une thérapie.

Selon Hila, le prisonnier « contrôlait tous les agents et le personnel, qui l’écoutaient et exécutaient ses « ordres » sans discuter. »

L’homme, a-t-elle dit, « se promenait librement dans la prison, sans menottes, et touchait de ses mains sales le corps des soldates sans aucune conséquence. Tout le monde était au courant, tout le monde se taisait. Tout le monde avait peur. Tout le monde travaillait pour lui ».

Les premières allégations faisant état de harcèlement et d’agressions sexuelles de femmes soldats de Tsahal dans les prisons israéliennes ont fait surface en 2018, avant d’être abandonnées jusqu’à l’année dernière, lorsqu’une enquête a été rouverte à la suite de nouvelles preuves. En début de semaine, le site d’information Ynet a rapporté qu’un prisonnier palestinien condamné pour terrorisme, Mahmoud Atallah, faisait l’objet d’une enquête de police pour agression sexuelle en prison.

Atallah est en isolement depuis 2018, suite au scandale au cours duquel un agent de renseignement aurait « prostitué » des gardiennes à Atallah et à d’autres détenus palestiniens, à sa demande.

Hila a déclaré que tout au long de son service à la prison de Gilboa, elle était « devenue une prisonnière, l’esclave sexuelle privée » du condamné.

« Mes commandants, mon personnel, qui, je le croyais, étaient censés me protéger, m’ont livrée à ce terroriste. Ils ont fait en sorte que je reste seule avec lui, contrairement à des règles claires, afin qu’il puisse me faire cruellement souffrir et abuser de moi sexuellement, encore et encore ; et pas seulement moi, mais de nombreuses gardiennes. »

Elle affirme que l’armée a tenté d’étouffer l’affaire : « Depuis le viol, ma vie est un enfer. Ils essaient de me faire taire ». Hila a dit qu’elle avait l’impression que l’armée espérait qu’elle emporterait ce secret avec elle « dans la tombe ».

« Je vous demande, à vous peuple d’Israël, de soutenir la lutte publique pour établir une commission d’enquête. Je ne suis pas une personne politique, je ne me soucie pas de la politique, je ne me soucie que de la vérité », a-t-elle déclaré.

En 2018, les premières allégations de soldates selon lesquelles elles avaient été forcées d’avoir des contacts intimes avec des prisonniers pour servir de monnaie d’échange sexuelle, ce qui leur avait valu d’être harcelées et agressées, avaient été révélées, mais l’affaire avait été classée en raison d’un manque de preuves.

Ensuite, en novembre de l’année dernière, le directeur de la prison de Gilboa, Freddy Ben Shitrit, qui n’était pas en poste à la prison lorsque les incidents se sont produits, a fait des remarques qui ont fait l’effet d’une bombe au sujet des allégations. Cela a conduit la cheffe des services pénitentiaires israéliens, Katy Perry, à entamer une procédure d’éviction de l’agent de renseignement de la prison, Rani Basha, impliqué dans l’affaire. Les procureurs de l’État ont également ordonné à la police de rouvrir l’enquête sur cette affaire.

Et plus tôt ce mois-ci, le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev a approuvé le licenciement de Basha, citant la « violation grave de ses devoirs en tant que gardien de prison » et notant que la décision a été prise en partie « pour empêcher une atteinte grave à la confiance de la population » en l’administration pénitentiaire.

Dans ses remarques, Ben Shitrit a déclaré que les soldates qui étaient gardiennes de la prison avaient été contraintes de servir de divertissement pour certains détenus, afin d’éviter que les prisonniers ne deviennent incontrôlables.

À gauche, Katy Perry, chef du service pénitentiaire israélien le 12 janvier 2022. À droite, le directeur de la prison de Gilboa, Freddy Ben Shitrit, lors d’une commission d’enquête sur l’évasion de prisonniers de sécurité de la prison de Gilboa, à Modiin, le 25 novembre 2021. (Crédit : Flash90)

Une soldate qui a témoigné a déclaré qu’elle avait reçu l’ordre de se promener avec Atallah dans l’établissement, lui donnant ainsi l’occasion de l’agresser, notamment en lui tripotant les fesses, tandis que ses supérieurs fermaient les yeux.

En échange, Atallah, une figure puissante au sein de la population carcérale, maintenait le calme dans l’établissement au profit du personnel de la prison, selon les informations de la Treizième chaîne.

Selon les informations, l’officier de renseignement, Basha, aurait placé des gardiennes dans l’aile sécuritaire de l’établissement à la demande d’Atallah. La Douzième chaîne rapporte que trois soldates étaient concernées dans cette affaire.

Dans une interview accordée à la Douzième chaîne l’année dernière, Basha avait nié ces allégations, affirmant qu’elles « ne sont pas vraies » et que les soldates étaient en fait des « agentes » chargées – et ce, avec leur plein consentement – de soutirer des informations aux détenus.

Emanuel Fabian a contribué à cet article.

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