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Une enseignante mexicaine renvoyée pour s’être déguisée en Hitler

L'enseignante a notamment simulé des exécutions de Juifs dans le cadre d'une "activité éducative" visant à enseigner la Shoah

Une enseignante mexicaine, Ana Luisa Nevárez, déguisée en Hitler. (Crédit : capture d’écran / Facebook)
Une enseignante mexicaine, Ana Luisa Nevárez, déguisée en Hitler. (Crédit : capture d’écran / Facebook)

L’ONG Stopantisemitism.org a rapporté la semaine dernière le cas d’une femme mexicaine, Ana Luisa Nevárez, qui a été renvoyée de son emploi le 24 janvier dernier pour s’être déguisée en Adolf Hitler en 2016. Elle était enseignante d’histoire dans un lycée technologique de Monterrey, au Mexique.

L’enseignante a simulé des exécutions de Juifs dans le cadre d’une « activité éducative » visant à enseigner la Shoah. Avant, elle avait séparé sa classe en deux groupes : les « nazis », et les « Juifs ». Elle jouait le rôle d’Hitler et a demandé à ce qu’on se réfère à elle en tant que chancelière et qu’on l’appelle par le nom du dictateur nazi.

Le groupe des « nazis » avait reçu de fausses armes à feu, et l’ordre de tirer aléatoirement sur le groupe des « Juifs », mis à genoux.

Elle a aussi inventé un salut et une phrase pour reprendre le salut nazi.

« Tout le monde s’amusait tellement au début. J’étais tellement confuse quant à ce que je ressentais à ce sujet. Elle savait que j’étais juive et a quand même décidé de faire ça », a témoigné une élève auprès du Jerusalem Post.

Avant le cours, l’étudiante avait proposé à sa professeure de faire un exposé après avoir appris qu’un prochain cours allait concerner la Shoah. Elle rapporte lui avoir dit : « Je sais que vous savez que je suis Juive. Je sais que nous allons parler de l’Holocauste la semaine prochaine. Je peux faire une présentation à propos de ma famille qui est allée à Auschwitz, et des frères et sœurs de mon grand-père qui ont été assassinés dans les chambres à gaz… »

« Et puis le cours suivant, elle se présente déguisée en Hitler », a-t-elle indiqué.

« Après, pendant des semaines, les gens venaient me voir en faisant des commentaires liés au savon », en rapport à la production expérimentale de savon humain dans l’Allemagne nazie. La jeune fille aurait également subi du harcèlement quand elle se plaignait ou répondait aux autres élèves, qui faisaient mine de la gazer.

Elle s’est plainte auprès de la direction de son établissement après la publication par la professeure de clichés pris pendant le cours sur Facebook.

Les étudiants de Nevárez faisant le salut nazi, sur une photo offerte en cadeau pour son anniversaire. L’enseignante en a fait sa photo de couverture sur Facebook. (Crédit : capture d’écran / Facebook)

Tout le lycée, étudiants comme personnel éducatif, « étaient au courant et pouvaient y avoir accès très facilement », a-t-elle expliqué.

Cette année-là, en 2016, une autre classe aurait effectué la même « activité », et d’autres cours sur des thèmes nazis auraient été organisés.

Lors de l’un d’entre eux, Nevárez avait encouragé les élèves à « s’habiller en pauvres », et une piñata en forme d’Hitler avait été emmenée à l’école. Si l’élève interrogée ne pense pas que la professeure était celle qui l’avait envoyée, elle explique qu’il est probable que « l’un de ses étudiants s’est senti tellement investi qu’il l’a achetée. Et le problème, c’est que ce n’est vraiment pas facilement à trouver. Vous devez aller voir un artiste, quelqu’un qui les fait, et en faire la commande ».

Des photos montrent ainsi des étudiants posant avec la piñata d’Hitler.

Sur une autre photo, les élèves ont posé en faisant le salut nazi, un cadeau d’anniversaire pour leur professeure, qui l’avait ensuite postée sur Facebook, en faisant sa photo de couverture.

Les étudiants de Nevárez posent avec une pinata représentant Hitler. (Crédit : capture d’écran / Facebook)

Alors que toutes les photos ont finalement été supprimées, l’école a réagi à la polémique.

« Au lycée technologique de Monterrey, nous rejetons avec force toute expression qui menace la dignité des personnes. Depuis notre fondation, nous avons maintenu une histoire commune de proximité et de collaboration avec diverses communautés culturelles et religieuses, telle que la communauté juive. Nous approuvons notre engagement pour que le Tec de Monterrey soit perçu comme un espace de diversité et de pluralité d’idées qui enrichissent le dialogue et la formation de chaque personne qui fait partie de notre communauté, toujours dans un cadre de respect », a déclaré le porte-parole de l’établissement dans un communiqué de presse.

Dans un premier temps, Ana Luisa Nevárez a été transférée par sa direction à un poste administratif, avant d’être licenciée suite à l’alerte lancée par Stopantisemitism.org.

Une enseignante mexicaine, Ana Luisa Nevárez, simulant une exécution. (Crédit : capture d’écran / Facebook)

L’élève interrogée a elle depuis quitté l’établissement.

Quel conseil souhaite-t-elle donner aux élèves eux aussi confrontés à l’antisémitisme ? « Parlez-en. Je les encourage à le faire parce que même s’il n’y a peut-être pas la communauté avec vous, il y a une communauté juive dans votre ville, dans votre pays, ou même dans le monde qui vous soutiendra. C’est quelque chose que j’ignorais à l’époque. Je pensais que j’étais seule au monde, mais ce n’est pas le cas. »

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