Une équipe israélienne derrière l’assistant de santé numérique de Microsoft
Rechercher
Interview

Une équipe israélienne derrière l’assistant de santé numérique de Microsoft

Hadas Bitran revient sur les innovations ainsi que sur les nouveaux défis en Israël et dans le monde en matière de santé

Image d'illustration d'un robot médical (PhonlamaiPhoto; iStock by Getty Images)
Image d'illustration d'un robot médical (PhonlamaiPhoto; iStock by Getty Images)

C’est une équipe israélienne de Microsoft qui a développé l’assistant médical virtuel lancé par Microsoft l’année dernière. La technologie est utilisée par des professionnels de santé et des laboratoires aux États-Unis.

Le robot Microsoft Healthcare, qui opère à l’aide de l’intelligence artificielle (IA), vise à fournir aux professionnels de santé des assistants de santé virtuels capables de proposer un meilleur service aux patients. Ils peuvent ensuite aller chez le médecin – si c’est nécessaire – avec plus d’informations sur leur état de santé et savoir où demander de l’aide.

Le robot de discussion instantanée est un « assistant de santé numérique et intelligent », explique Hadas Bitran, qui supervise l’équipe israélienne de Microsoft Healthcare. C’est elle qui a permis au projet de décoller.

Le robot « n’a pas vocation à remplacer le docteur, ou les infirmières, indique-t-elle. Il vise à permettre aux patients d’obtenir plus d’informations sur ce qu’ils devraient faire, sur la prochaine étape. J’ai ce symptôme, que devrais-je faire, à quel point est-ce urgent ? ».

Le robot de soins médicaux de Microsoft a été développé par une équipe israélienne de R&D (Crédit)

Des patients mieux informés réduisent la charge imposée aux docteurs et aux infirmières qui peuvent alors passer plus de temps à s’occuper des cas plus graves, selon elle.

Aux États-Unis, Premera Blue Cross, une assurance-santé à but non lucratif, utilise le robot pour répondre aux questions des patients, réduisant ainsi l’activité de son centre d’appels.

Aurora Health Care, un service de santé américain gérant 15 hôpitaux, plus de 150 cliniques et 70 pharmacies, recourt à l’assistant pour aider les patients à décrire leurs symptômes et leurs états de santé afin de les guider vers les centres de soin les plus proches lorsque nécessaire.

Quest Diagnostics, un laboratoire clinique américain, s’en sert pour répondre à des questions liées à des tests de laboratoire, indiquer les centres de test à proximité et diriger les patients vers des médecins en cas de besoin.

A l’origine, la technologie a été testée pour des clients privés pendant un an et demi. Elle est maintenant disponible pour un plus large public à travers le service cloud Azure de Microsoft, avec plus de 2 000 utilisateurs dans le monde.

« C’est encore un travail en cours de développement, précise Hadas Bitran, diplômée de l’Unité 8200, l’élite du renseignement israélien, qui travaille pour Microsoft Israël depuis dix ans et qui dirige l’équipe locale de santé depuis quatre ans.

Hadas Bitran, la responsable de l’équipe de Microsoft Healthcare en Israël. (Autorisation)

Son équipe fait partie du centre d’opérations du géant américain implanté à Herzliya. Microsoft emploie environ 1 500 personnes en Israël, lesquelles travaillent sur des projets allant de la sécurité informatique aux technologies d’IA, les big data et les soins de santé dans ses sites de Herzliya, Tel Aviv, Haïfa et Nazareth.

Les activités de recherche et développement (R&D) de l’entreprise en Israël comptent parmi les meilleures au monde aux côtés des centres de recherche et de développement de Microsoft dans la Silicon Valley et à Boston. Microsoft était l’un des pionniers dans l’implantation de ce type d’activités en Israël en 1991, faisant d’Israël le premier pays à accueillir un centre de R&D en dehors des États-Unis.

L’équipe israélienne de Microsoft travaille comme une entreprise au sein du géant informatique, explique Hadas Bitran. Elle se compose d’experts dans une variété de domaines, allant des programmeurs, des spécialistes des données, des chefs de produit, d’anciens urgentistes et d’anciens professionnels des technologies de santé.

« Tout le monde dans le groupe est lié au domaine de la santé, décrivait-elle dans un récent entretien avec le Times of Israël. Ils sont tous passionnés par l’idée de créer des technologies qui apportent quelque chose au  monde ».

« Personne ne vient dans mon équipe par hasard, dit-elle. Les gens qui la rejoignent « veulent créer une technologie qui aura de l’impact et qui sera capable de sauver des vies, ce qui peut contribuer à régler de réels problèmes pour l’humanité ».

Elle cherche actuellement à élargir son équipe.

Alors que technologie et soins médicaux convergent – avec chaque jour des technologies comme les capteurs, les téléphones portables et le cloud apportant de nouvelles manières de faire de la médecine traditionnelle – les entreprises du secteur technologique du monde entier, dont les géants comme Microsoft, Amazon, Google et Apple, cherchent à développer ou à mettre en application des technologies qui peuvent leur donner un accès à des secteurs en croissance. Selon Global Market Insights, le marché mondial des technologies médicales numériques devrait dépasser les 504,4 milliards de dollars d’ici 2025.

Microsoft vend des logiciels aux professionnels de santé depuis ces 30 dernières années. L’entreprise a fondé son premier groupe spécialisé de soins médicaux il y a environ sept ans, profitant de ses compétences en matière d’IA et de technologies de cloud pour faire entrer l’innovation dans le domaine médical très conservateur.

En 2017, l’entreprise américaine a mis en place un département de santé dans son laboratoire de recherche basé à Cambridge afin de développer des technologies et d’offrir l’IA, l’apprentissage automatique et les services de cloud aux professionnels de santé et aux patients du monde entier.

“Microsoft Healthcare cherche à créer une technologie de cloud et une technologie d’IA qui soient spécifiques au secteur des soins médicaux », explique Hadas Bitran.

La technologie de robot développée par Microsoft Healthcare en Israël combine des technologies de traitement du langage naturel et de données médicales. Elle intègre des contenus médicaux de sources fiables, dont des informations sur les états de santé, les symptômes, les spécialistes, les médicaments et les procédures, selon le site internet de l’entreprise. Le robot intègre de la technologie médicale et clinique et peut aussi être adapté aux besoins spécifiques des organismes de santé, leur permettant de construire leur propre type d’assistants de santé intelligent.

Mais comment Microsoft s’assure-t-il que les données privées des patients contrôlant leur état de santé via le robot sont bien protégées ?

Microsoft dépense un milliard par an en matière de sécurité et de protection de la vie privée, rassure Hadas Bitran. « Étant donné que beaucoup des clients utilisent des services cloud, nous avons une longue expérience de pointe pour assurer que les données restent privées et sécurisées », ajoute-t-elle.

« Le travail que nous faisons avec l’IA suit les mêmes exigences et principes que nous avons développés pour nous assurer que les données de nos clients sont protégées et utilisées d’une manière qui sert les intérêts du patient avec une transparence complète et de droits complets des données ».

Associer les patients aux essais cliniques dans le monde

L’équipe israélienne spécialisée dans les soins médicaux travaille sur un autre projet qui associera plus efficacement des patients avec des essais cliniques dans le monde entier.

Le projet Nouvel Espoir repose également sur l’IA et permet de faire le lien entre patients, docteurs et organismes de santé concernant les essais cliniques en cours dans le monde, pour surmonter la difficulté de trouver des patients pour mener des essais.

Il y a environ 50 000 essais cliniques menés constamment dans le monde, et environ la moitié d’entre eux n’arrivent pas à trouver les patients nécessaires pour aller de l’avant, a déclaré Bitran. Ces essais sont pourtant essentiels pour la création de nouveaux médicaments et de traitements pour les patients.

« Certains patients ne sont pas au courant que ces essais existent », indique Hadas Bitran. La technologie pourrait, par exemple, aider des patients à avoir accès à des traitements innovants en matière de cancer qui sont utilisés dans des essais cliniques sur des patients, pour qui tous les autres traitements ont échoué. Le logiciel sera en mesure de comprendre avec précision les critères d’éligibilité aux essais cliniques et de proposer des candidats, en faisant le lien entre les essais et les patients potentiels, explique-t-elle. L’équipe travaille toujours sur le projet, et il n’y a toujours pas de date pour la sortie du produit.

« C’est clairement un problème important à résoudre, estime-t-elle, ajoutant qu’elle n’est toujours pas sûre que la technologie sera totalement capable de résoudre le problème. Mais si l’on peut aider à résoudre une partie des difficultés, ce sera important ».

En février de l’année dernière, l’équipe a présenté son projet à des officiels à la Maison Blanche aux États-Unis, dans le cadre d’un défi lancé par le programme américain Presidential Innovation Fellows qui incite l’industrie des technologies à résoudre des questions majeures. Le programme a créé un défi qui vise à combiner intelligence artificielle et essais cliniques en permettant aux programmeurs d’avoir accès à des données de patients anonymes. C’est l’équipe israélienne qui a remporté le concours, se félicite Hadas Bitran.

Hadas Bitran, au centre, avec Danny Karmon, à droite, et Shahar Admati, et l’équipe israélienne d’Israël à la Maison Blanche en février 2019. (Crédit)

La technologie est encore en développement, et Microsoft travaille « avec des partenaires stratégiques » pour poursuivre ses recherches. « C’est un très bon exemple de comment la technologie peut développer des recherches médicales pouvant sauver des vies, a-t-elle dit. C’est aussi un exemple de comment des géants technologiques comme Microsoft cherchent à mettre en place des partenariats avec d’autres entreprises ou des startups plus petites pour trouver des solutions à des défis majeurs et urgents.

Étant donné que l’industrie des soins médicaux est très fragmentée et très conservatrice, particulièrement aux États-Unis, c’est très difficile pour les entreprises « d’y arriver seules ».

« Les problèmes dans l’industrie de la santé sont trop complexes, avec trop de problèmes à résoudre seul, a-t-elle dit. C’est la raison pour laquelle nous avons développé un écosystème de partenaires avec lesquels nous travaillons. Nous n’avons pas à tout résoudre de nous-mêmes ».

Son rôle à Microsoft la place aussi au contact de l’écosystème local, avec les hôpitaux et avec les professionnels de santé pour rester informée des évolutions et des besoins, et pour « développer l’innovation ».

« Je vois des centaines de startups chaque année » dans le secteur médical et des soins de santé, indique Hadas Bitran, et Microsoft peut donner aux entreprises sélectionnées l’opportunité d’intégrer sa gamme de programmes informatiques. « Nous pouvons travailler ensemble, estime-t-elle. Nous ne devons pas tout posséder ; nous n’avons pas à tout développer ».

En Israël, de nombreuses « grandes entreprises technologies » collaborent avec des petites entreprises qui « font des choses uniques », s’enthousiasme-t-elle.

Regarder vers l’avenir

L’un des plus importants défis qui se dresse devant le secteur des soins de santé est de résoudre « l’inter-opérabilité » ou la « connectivité » des systèmes médicaux, indique-t-elle.

Le système de santé israélien dispose de beaucoup de données de patients et est également « très connecté » parce qu’il a un petit nombre de caisses de santé, seulement quatre, opérant au sein du même système. Il leur est aisé d’échanger entre elles et avec d’autres hôpitaux. Ce n’est pas le cas dans le monde, particulièrement aux États-Unis, où de très petites mutuelles opèrent et ont besoin d’interagir avec un grand nombre d’institutions et de systèmes médicaux.

« C’est un véritable problème », regrette la chef d’équipe israélienne, parce que les « systèmes n’échangent pas entre eux. Alors, on a besoin d’être capable de les rendre accessibles, de les mettre sur le cloud et de les faire échanger entre eux ».

« C’est une tendance forte que nous observons dans l’industrie des soins médicaux et qui va se développer », a-t-elle ajouté.

Une autre tendance en développement concernera l’IA qui continuera à donner aux professionnels médicaux et aux patients les informations nécessaires pour aider les médecins à mieux faire leur travail tout en permettant aux patients de profiter de meilleurs services. « C’est quelque chose que nous verrons de plus en plus ».

Une troisième tendance dans le monde verra le développement de ce que l’on appelle la médecine de précision, être capable d’utiliser les données, afin de proposer le traitement le plus adapté aux patients en fonction de leur situation.

« Microsoft Healthcare opère dans tous ces domaines », fait-elle savoir.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...