Une ex-combattante israélienne prend la pose pour des entreprises d’armement
Rechercher

Une ex-combattante israélienne prend la pose pour des entreprises d’armement

Pour ses fans américains, Orin Julie et les armes qu'elle présente sont 'sexy' mais sur Instagram, elle se fait parfois traiter de 'tueuse de bébés'

Orin Julie posant avec un fusil d'assaut sur un champ de tir en Cisjordanie  (Crédit : Omer Shapira/Autorisation de Say Talent)
Orin Julie posant avec un fusil d'assaut sur un champ de tir en Cisjordanie (Crédit : Omer Shapira/Autorisation de Say Talent)

JTA — En matière de femmes posant avec des armes à feu, les Etats-Unis ont tout ce qu’il faut. D’agiles mannequins apparaissent en train de montrer des armes dans les salons qui sont consacrés à l’armement, sur les pages de réseaux sociaux et dans les magazines spécialisés.

Orin Julie pourrait être simplement une autre de ces « gun bunny », comme ces mannequins sont parfois appelées, mais elle est l’arme secrète de cette industrie. Ancienne soldate dans une unité de combat, elle est habituée à décharger les armes avec lesquelles elle est amenée à prendre la pose.

« Je ne reste pas là en maillot de bain, » s’amuse-t-elle lors d’une interview accordée dans les bureaux de son agence de mannequins de Tel Aviv. « Je sais comment tenir une arme, comment tirer, comment combattre – et les Américains apprécient cela ».

Les antécédents militaires de Julie l’ont aidée à percer en tant que mannequin spécialisé dans l’armement et lui ont fait gagner la reconnaissance de légions entières d’amoureux des armes aux Etats-Unis. Mais la réception réservée à cette forme de mannequinat démontre également les différences entre la culture des armes aux Etats-Unis et son pays natal, Israël.

Chez elle, nombreux sont ceux qui la considèrent comme une femme ayant servi dans une unité de combat – une image de l’émancipation des femmes. Pour ses fans aux Etats-Unis, elle est le symbole de ce mélange américain de droits constitutionnels, de droit à posséder une arme chez soi et de cette culture dans laquelle « sexy » peut se référer à une belle femme comme aux armes d’assaut qu’elle tient entre les mains.

דוקותיים: אורין ג'ולי

אחרי השירות הקרבי אורין ג'ולי השתמשה בכל מה שיש לה והפכה לדוגמנית נשקים. רק אל תקראו לה "גאן באני"#כאן_דוקותייםItay AsherOrin Julie

Posted by ‎כאן‎ on Monday, 2 October 2017

Depuis le début de sa carrière, commencée il y a deux ans, Julie, 23 ans, a posé pour une demi-douzaine d’entreprises israéliennes et américaines d’armes à feu et de produits associés. L’année dernière, elle a représenté la société israélienne Gilboa Rifles lors du plus grand salon de l’armement du monde à Las Vegas.

Une vidéo sur elle diffusée par la chaîne publique Kan a été visionnée par plus de 800 000 personnes depuis qu’elle a été publiée sur Facebook.

Pendant ce temps, le compte de Julie sur Instagram a attiré 145 000 abonnés, dont un grand nombre s’extasient devant des photos d’elle portant du rouge à lèvres et des petits hauts et présentant les dernières armes, qu’il s’agisse de petites armes de poing ou de fusils d’assaut massifs.

Julie indique que son amour des armes et sa carrière de mannequin dans le secteur de l’armement ont tous deux émergé de son éducation sioniste. Elle a grandi dans la ville de Kiryat Ono, dans le centre d’Israël, et se souvient avoir été une fillette « très gâtée ». Mais au lycée, alors qu’elle commençait à réfléchir à son service militaire obligatoire, elle a décidé, avec une grande sérénité, de devenir soldate au sein d’une unité de combat.

« Personne ne pensait que j’en serais capable », dit-elle. « Mais j’aime Israël, je voulais vraiment le faire et j’ai voulu montrer que je pourrais faire plus, être plus ».

Le rôle de l’armée israélienne

L’armée a initialement refusé l’intégration de Julie dans une unité de combat, citant son asthme, mais grâce à l’appui d’une femme commandante, elle est parvenue à commencer sa deuxième année de service au sein de la brigade mixte de recherche et de secours de l’armée israélienne.

Elle explique avoir été la première femme à devenir sergent chargée des communications pour un commandant de brigade.

Orin Julie durant sa formation au combat dans l'armée israélienne (Autorisation : Orin Julie)
Orin Julie durant sa formation au combat dans l’armée israélienne (Autorisation : Orin Julie)

En 2015, presque à la fin de ses deux années de service, des photos que Julie avait postées sur Instagram la représentant durant l’entraînement ont attiré l’attention d’un vendeur d’équipement militaire israélien, Zahal, ce qui l’a amenée à passer des contrats avec des fabricants locaux d’armes à feu et d’accessoires et avec un champ de tir en Cisjordanie. Elle a également posé pour Ideal Conceal, une start-up américaine qui espère commercialiser auprès des femmes des armes de la taille d’un téléphone cellulaire.

Julie assume publiquement son expérience au combat qui, selon elle, est encouragé par ses employeurs. Sur Instagram, elle publie des photos d’elle alors qu’elle était à l’armée, écrit en hébreu et souhaite à ses abonnés « Shabbat shalom ».

Des commentaires en hébreu et en anglais – « j’adore les Israéliennes » et « OK, prête à rejoindre l’armée israélienne » sont courants.

Il y a néanmoins également ceux qui la qualifient de « tueuse de bébés » ou qui attaquent Israël.

Orin Julie pose pour une arme de poing pour les femmes (Autorisation : Say Talent)
Orin Julie pose pour une arme de poing pour les femmes (Autorisation : Say Talent)

Si les admirateurs de Julie reconnaissent que sa nationalité et son expérience au combat sont ‘sexy’, la manière dont lui répondent Israéliens et Américains reste différente.

En général, les Israéliens n’accordent que peu d’attention aux armes avec lesquelles Julie pose. Après tout, la majorité d’entre elles sont des armes de l’armée et il est interdit d’en posséder conformément aux lois strictes du pays. L’idée même de mannequin spécialisée dans la vente d’armes est étrangère au sein de l’Etat juif et Julie reconnaît d’ailleurs être pionnière dans ce secteur.

Ce qui parle plus aux Israéliens, c’est son service en tant que femme au sein d’une unité de combat. La promotion par l’armée des soldates est encore controversée et Julie affirme que des hommes, notamment ses anciens supérieurs hiérarchiques, lui ont fait parvenir des messages de soutien et que les femmes l’arrêtent dans la rue pour la remercier.

« Les filles disent que je les ai inspirées pour un poste de combat ou pour simplement se permettre de faire ce qu’elles aiment », explique-t-elle.

‘Fous des armes’

Concernant ses fans américains, un grand nombre d’entre eux répondent avec enthousiasme à propos des armes que Julie aide à vendre sur l’important marché des Etats-Unis – que beaucoup d’autres Américains considèrent pour leur part comme dérégulé. Ses abonnés sur Instagram aux Etats-Unis, qu’elle qualifie de « fous des armes », commentent souvent les modèles spécifiques qu’elle utilise.

Au mois d’août dernier, elle a publié une photo où on la voit tenant une mitrailleuse de type M60 presque aussi grande qu’elle. Parmi les commentaires des Américains : « J’adore cette arme. J’ai travaillé pendant trois ans avec une M-60 », mais aussi « Une mitrailleuse M60…!!! Souvenir du Vietnam ! » et « La guerre au Vietnam, une M60 7,62 mm. »

Orin Julie durant une séance photo (Crédit : Shuki Laufer/Autorisation de Say Talent)
Orin Julie durant une séance photo (Crédit : Shuki Laufer/Autorisation de Say Talent)

Julie, lors d’un échange avec JTA peu de temps après qu’un homme armé a tué 58 personnes lors d’un festival de musique en plein air à Las Vegas, a refusé de faire part officiellement de son point de vue concernant les lois d’armement en vigueur aux Etats-Unis ou sur son travail de mannequin pour les entreprises faisant du commerce dans ce pays.

Elle a simplement indiqué croire au droit à l’auto-défense mais être attristée lorsqu’elle entend parler d’une victime innocente de la violence armée aux Etats-Unis.

« Je suis vraiment désolée de ce qui est arrivé à Vegas », a-t-elle dit. « J’espère que le gouvernement trouvera un moyen de s’occuper de ce problème ».

En fin de compte, selon Julie, peu lui importe la manière dont elle peut être perçue. Ce mannequinat particulier lui permet d’utiliser ses compétences pour mener à bien ses ambitions, dit-elle, notamment de terminer son diplôme de formation et de tenter de se lancer dans une carrière d’actrice.

« J’ai eu la chance d’avoir certaines aptitudes et tout ce que je veux, c’est offrir la meilleure version de moi-même », s’exclame-t-elle. J’adore la poussée d’adrénaline lorsque je tiens une arme. Cela me fait me sentir puissante, j’ai l’impression d’être aux commandes ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...