Une hotline arabophone pour les hommes victimes d’agression sexuelle à Tel Aviv
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Une hotline arabophone pour les hommes victimes d’agression sexuelle à Tel Aviv

L’initiative a été lancée après la publication d’une étude montrant que les garçons arabes ont 60 % plus de risque que les filles arabes d’être victimes de ces agressions

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Publicité pour une hotline destinée aux hommes arabes victimes d'agression sexuelle. (Crédit : autorisation)
Publicité pour une hotline destinée aux hommes arabes victimes d'agression sexuelle. (Crédit : autorisation)

En novembre 2016, des chercheurs de l’université de Haïfa ont publié une découverte ahurissante : les garçons arabes d’Israël ont bien plus de risques de subir une agression sexuelle que les filles arabes, et que les enfants juifs.

Près de 30 % des garçons arabes d’Israël interrogés ont dit avoir été victimes d’agression sexuelle, contre 17 à 18 % des filles arabes, et des garçons et des filles juifs.

Chen Avidar, doctorant juif de 32 ans de l’université de Tel Aviv qui veut devenir thérapeute, a remarqué ce phénomène, et il y a quelques mois, il a ouvert la première permanence téléphonique en arabe destinée aux hommes arabes victimes d’agression sexuelle.

Cette hotline, gérée par le Centre de crise d’agression sexuelle de Tel Aviv, doit servir aux Arabes israéliens comme aux Palestiniens.

Eran Han, le directeur du centre, a expliqué que la décision de fournir un service aux Palestiniens avait été prise « au moment où nous avons décidé d’être accessible aux hommes arabes » en Israël. Les publicités de cette hotline présentent un numéro spécifique pour les Palestiniens, car son numéro classique n’est accessible que depuis Israël.

Les Palestiniennes disposent déjà de hotlines d’agression sexuelle à Jérusalem et à Ramallah. Il existe également deux hotlines, ouvertes 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, pour les femmes arabes victimes d’agression sexuelle en Israël, et neuf hotlines différentes en hébreu destinées aux femmes.

Chen Avidar, 32 ans, doctorant juif de l'université de Tel Aviv, a lancé une hotline destinée aux hommes arabes victimes d'agression sexuelle. (Crédit : autorisation)
Chen Avidar, 32 ans, doctorant juif de l’université de Tel Aviv, a lancé une hotline destinée aux hommes arabes victimes d’agression sexuelle. (Crédit : autorisation)

Han a ajouté que dans le passé, le centre avait déjà aidé les hommes arabes, mais uniquement en hébreu.

Avidar a expliqué qu’il y avait une pénurie de littérature, notamment académique, sur les agressions sexuelles contre les hommes arabes.

« C’est pour cela que j’écris ma thèse sur ce sujet », a-t-il dit, ajoutant qu’il était certain qu’il n’existait aucune hotline destinée aux hommes victimes d’agression sexuelle ailleurs dans le monde arabe.

Comme il a étudié la langue arabe en licence, puis la psychologie, Avidar a expliqué que le lancement de la hotline était aussi un moyen de « combiner [s]es deux centres d’intérêt. »

La hotline destinée aux hommes arabes, qui fonctionne en arabe comme en hébreu, n’est pour l’instant ouverte que le mardi soir, entre 20h00 et 23h00.

Les horaires sont très limités parce que, malgré des recherches intensives pour trouver des hommes arabophones bénévoles afin de travailler à la hotline, notamment par des annonces placées dans toutes les institutions universitaires de la région de Tel Aviv, il n’y a eu qu’un seul volontaire, a expliqué Avidar.

Avidar a ensuite réussi à recruter un second bénévole pour la hotline, mais qui est toujours en formation. Quand la nouvelle recrue finira cette formation, qui dure six mois, la hotline doublera ses heures tous les mardis.

La hotline elle-même n’est pas financée, et Avidar et son unique bénévole ne sont pas payés.

Avidar a expliqué que, comme les hommes sont généralement considérés comme soutiens de famille, ils travaillent beaucoup et ont peu de temps pour se porter volontaires.

Il pense également qu’une partie de ses difficultés de recrutement vient du fait que le sexe est plus tabou dans la communauté arabe.

Il a utilisé les réseaux sociaux pour faire connaître sa nouvelle hotline.

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En plus d’une aide psychologique, la hotline propose plusieurs services aux personnes qui appellent, notamment en accompagnant les victimes à porter plainte auprès de la police, et, si l’affaire est jugée par un tribunal, les bénévoles accompagneront également les victimes pendant tout le processus judiciaire.

La hotline aidera également les victimes à trouver un thérapeute.

Elle aide aussi les victimes dites secondaires, qui sont les proches et les amis des victimes. Ces victimes secondaires peuvent aussi être conseillées par la hotline pour savoir comment aider les personnes qui ont été agressées.

Nadia Massarweh, psychologue scolaire et coordinatrice nationale dans la communauté arabe pour l’Unité de prévention du ministère de l’Education en charge des agressions contre les enfants, a dit la semaine suivant la rentrée scolaire à la radio publique israélienne que la nouvelle hotline était « importante parce que, dans la société arabe, nous ne sommes pas conscients des agressions qui arrivent à nos garçons. »

« Nous sommes comme la plupart des gens qui pensaient, et pensent toujours, que ces agressions arrivent généralement aux femmes […]. Nous avons en quelque sorte fermé les yeux sur nos garçons », a-t-elle dit.

L’étude de l’université de Haïfa qui a montré le taux élevé d’agression sexuelle contre les garçons arabes se présente comme la plus grande étude jamais réalisée dans ce domaine.

Elle est basée sur des données récoltées auprès de 12 035 élèves juifs arabes, âgés d’environ 11, 13 et 15 ans.

L’étude a montré que les enfants arabes signalaient plus de maltraitance que les enfants juifs dans toutes les catégories testées, notamment les agressions physiques, sexuelles, verbales et émotionnelles.

Agressions rapportées par les élèves juifs et arabes d'Israël dans une étude de l'université de Haïfa publiée en novembre 2016. (Crédit : capture d'écran)
Agressions rapportées par les élèves juifs et arabes d’Israël dans une étude de l’université de Haïfa publiée en novembre 2016. (Crédit : capture d’écran)

L’étude a également montré que les garçons arabes signalaient plus d’agression que les filles arabes dans toutes les catégories testées, à l’exception de l’exposition à la violence domestique.

On trouve chez la population arabe en général des « styles d’éducation liés à la culture pratiquée dans les cultures minoritaires », a conclu l’étude, ainsi que le fait que la communauté arabe en Israël est plus pauvre et souffre plus du chômage que la majorité juive. L’étude explique également que les Arabes israéliens vivent plus souvent dans des zones rurales, où ils ont moins accès aux services sociaux.

L’étude n’indique cependant pas pourquoi les garçons arabes sont plus vulnérables aux agressions sexuelles, mais Avidar a trouvé quelques facteurs d’explication pendant ses études.

Les garçons arabes sont bien moins surveillés que les filles arabes, a-t-il dit, et cela les laisse « plus exposés aux agresseurs en dehors du contexte familial. »

Il a ajouté que les agresseurs potentiels savaient qu’il y aurait des conséquences plus importantes s’ils s’attaquaient aux filles, notamment une possible grossesse et la possibilité d’une vendetta entre familles. De plus, quand une fille est agressée sexuellement, cela laisse la preuve de l’hymen déchiré.

Les filles sont également plus effrayées d’être accusées alors qu’elles sont victimes, a-t-il dit, il est donc possible qu’elles signalent moins les agressions sexuelles.

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