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Une jeune américaine fête sa bat mitzvah aux côtés des militantes des Femmes du Mur

Lucia da Silva a célébré l'événement malgré les huées et l'agitation lors de la lecture mensuelle des Femmes du Mur pour Rosh Hodesh ; aucune arrestation n'a été signalée

Lucia da Silva, 12 ans, de Seattle, Washington, entourée de ses mères Cara Stoddard, à droite, et Ada Danelo devant le Mur occidental, le 29 juillet 2022. (Crédit : Tal Kfir Shor via JTA)
Lucia da Silva, 12 ans, de Seattle, Washington, entourée de ses mères Cara Stoddard, à droite, et Ada Danelo devant le Mur occidental, le 29 juillet 2022. (Crédit : Tal Kfir Shor via JTA)

JTA – Une adolescente américaine a organisé vendredi sa cérémonie de bat mitzvah au mur Occidental à Jérusalem aux côtés du groupe d’activistes des Femmes du Mur, bravant les manifestants haredim qui cherchaient à perturber, parfois violemment, la lecture de la Torah faite par les femmes.

Aucun blessé ni arrestation n’ont été signalés au cours de la confrontation de vendredi, qui s’est déroulée pendant la célébration du début du mois d’Av, un mois après qu’un incident majeur dans la section égalitaire du mur Occidental a attiré l’attention internationale.

Vendredi, des milliers de jeunes étudiants – hommes et femmes vêtus de noir – de yeshiva ont envahi un groupe d’une centaine de femmes et d’une douzaine d’hommes qui les accompagnaient au mur Occidental, où des prières traditionnelles devaient avoir lieu à 7 heures du matin, avant la bat mitzvah de Lucia Da Silva, 12 ans, résidente de Seattle, qui était venue en Israël avec ses parents et ses parrains pour célébrer l’événement.

Chaque mois, un groupe appelé « Les Femmes du Mur » tente de lire la Torah au mur Occidental en violation des règles de la principale esplanade du site, qui interdisent aux femmes de porter et de lire la Torah. Ce n’est que sur un site voisin, connu sous le nom de Ezrat Yisrael ou « Arche de Robinson », que les femmes sont autorisées à lire le rouleau sacré.

Lucia a choisi de célébrer son entrée dans l’âge adulte aux côtés du groupe, en lisant les Écritures au milieu de la foule des manifestants qui s’opposent à ces offices dirigés par des femmes.

Sa mère, Ada Danelo, avait préparé Lucia à considérer le mur Occidental comme un terrain de football. Dans ce scénario, Lucia était la joueuse vedette, et la foule comprendrait à la fois des hooligans et des supporters.

« Je les ai considérés comme des supporters venus m’encourager », a déclaré Lucia à propos de l’agitation qui l’entourait alors qu’elle lisait les Écritures sur le site le plus sacré du judaïsme.

Des ouvreuses travaillant pour la Fondation du patrimoine du Mur occidental, une institution financée par l’État, ont tenté de diriger les femmes vers un couloir dédié menant à un « corral clôturé », mais les Femmes du Mur ont refusé. Au lieu de cela, elles se sont dirigées vers le centre de la section des femmes, adjacente à la section des hommes du mur pour tenir leur office.

Cette forme de protestation se produit au début de chaque mois du calendrier juif, dans ce cas-ci le mois de Av ; le début d’un mois, connu en hébreu sous le nom de Rosh Hodesh, est considéré comme une fête à connotation féminine. Le début du mois d’Av marque également le début des neuf jours précédant le jour de deuil juif, Tisha BeAv, qui commémore la destruction du premier et du deuxième temple, une période généralement considérée comme un moment d’introspection et de repentir.

Des femmes lisant la Torah au Mur occidental, le 20 juillet 2022. (Crédit : Noga Tarnopolsky via JTA)

Des groupes de filles vêtues de noir s’en sont prises aux femmes, les traitant de « putes » et d’hérétiques et criant qu’elles doivent brûler en enfer. Lorsqu’elles ont été confrontées aux militantes des Femmes du Mur qui leur ont demandé leurs noms, trois des jeunes filles ont répondu à l’unisson : « Je suis mineure. » D’autres ont fait usage de sifflets pour étouffer les voix des femmes.

Depuis une plate-forme surélevée située derrière la section des femmes, des jeunes hommes les ont raillées, les insultant tout en s’adonnant à des gestes grossiers ; ils ont été tantôt repoussés par la police. Les photographes assistant au rituel mensuel sont venus équipés de bloqueurs de son.

La Fondation du Mur occidental a employé au moins deux cameramen pour filmer les femmes au moment de la prière, l’un d’entre eux se tenant directement au-dessus d’elles depuis un tabouret placé dans la section des femmes.

Interrogé sur cette agitation, qui rendait impossible toute forme de culte conventionnel, Eden Shimon, directeur adjoint des opérations de la Fondation du Mur occidental, a répondu : « Dégagez de mon chemin. Faites-moi un procès. »

Des haut-parleurs situés sur la place ont diffusé des prières destinées à étouffer les voix des femmes.

L’avocate Orly Erez-Likhovski, directrice du Centre d’action religieuse d’Israël et future présidente des Femmes du mur, a décrit la section des femmes comme une « fosse sans loi, dépourvue de toute règle ».

« Ils nous considèrent comme des provocatrices », a-t-elle dit en désignant les policiers qui s’attardent près de l’entrée de la section des femmes, « et non comme des citoyens exerçant leurs droits légitimes ».

Anat Hoffman, l’actuelle présidente de l’organisation, a protesté contre le fait que le refus de la police d’exiger une pièce d’identité de la part des agresseurs rendait toute plainte future sans fondement. « Les affaires sont classées avant même d’être ouvertes », a déploré Erez-Likhovski.

Des membres de Femmes du Mur prient pour Rosh Hodesh au mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 4 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ces derniers mois ont été marqués par une escalade significative de la violence dirigée contre les femmes et les juifs non orthodoxes priant au mur.

Au moins cinq cérémonies de bar mitzvah organisées dans la section sud du mur, ostensiblement égalitaire, « Ezrat Israël », ont été la cible de violences ces dernières semaines, notamment celle de Seth Mann, de Las Vegas, dont la mère, Sari Mann, est la directrice de l’AIPAC de l’État du Nevada, un lobby pro-israélien.

Dans une tribune passionnée publiée dans le Times of Israel après l’incident, le père de Seth Mann, Joel, a écrit qu’il a d’abord été soulagé lorsqu’il a vu des policiers arriver à la cérémonie de son fils, qui a été gâchée par des adolescents haredim sifflant et traitant les célébrants de « goys », mais semble-t-il à tort.

« La police n’a rien fait ou presque pour mettre fin aux perturbations et aux attaques parfois violentes qui se sont produites. La police israélienne est restée là pendant que les adolescents haredim attaquaient des Juifs », a-t-il écrit.

« C’est à ce moment-là que mon cœur s’est brisé », a poursuivi Mann. « J’ai réalisé que même en Israël, la patrie du peuple juif, je ne suis pas autorisé à prier librement et en toute sécurité. Mon fils, lors de sa bar mitzvah, s’est vu dire qu’il n’était pas juif ».

Un policier se tenant entre un groupe de jeunes ultra-orthodoxes et une cérémonie de bar mitzvah à la section égalitaire du Mur occidental, le 30 juin 2022. (Crédit : Laura Ben-David)

Le Premier ministre Yair Lapid a appelé la famille pour exprimer sa consternation, et a ensuite ordonné que les cloisons qui servent à séparer les hommes et les femmes dans les lieux de culte juifs traditionnels soient interdites dans la section égalitaire du Mur occidental. Il est arrivé que des militants orthodoxes introduisent ces barrières, appelées mehitza, pour prendre le contrôle de l’espace de prière.

Dans le chaos de ce vendredi, une petite figure ne semblait pas perturbée : Lucia Da Silva, la jeune bat mitzvah, légère mais sûre d’elle, pour qui c’était le point culminant d’une année entière d’étude des textes sacrés et de la langue hébraïque. Sa bat mitzvah, dit-elle, a été l’un des moments forts de son voyage en Israël, avec la mer Morte et la plage.

Danelo a déclaré qu’elle et sa femme, Cara Stoddard, se sentaient parfois attaquées pour leur sionisme à Seattle. En Israël, dit-elle en haussant les épaules, elles ont été « attaquées parce qu’elles sont… juives ».

** Note de l’éditeur : Cet article, y compris son titre, ont été mis à jour par rapport à la version originale.

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