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Une oratrice anti-Israël relance le débat sur l’antisémitisme à l’université de NY

Des étudiants et professeurs de l’université de New-York ont déclaré se sentir « menacés » après le discours prononcé par Nerdeen Kiswani à la faculté de Droit

Des étudiants et professeurs de l'Université de New York se sont sentis 'menacés' après le discours prononcé par Nerdeen Kiswani, à l'occasion de la cérémonie de remise des diplômes de la Faculté de Droit, la semaine dernière. (Crédit : Autorisation)
Des étudiants et professeurs de l'Université de New York se sont sentis 'menacés' après le discours prononcé par Nerdeen Kiswani, à l'occasion de la cérémonie de remise des diplômes de la Faculté de Droit, la semaine dernière. (Crédit : Autorisation)

New York Jewish Week  – Une oratrice connue pour ses prises de position anti-israéliennes a prononcé un discours, lors d’une cérémonie de remise des diplômes de la Faculté de Droit de l’université de New York, le week-end dernier, qui a ravivé le spectre de l’antisémitisme au sein de cet établissement public.

Nerdeen Kiswani, l’étudiante qui a prononcé le discours, compte plus de 15 000 abonnés sur Instagram. Elle a créé le groupe de pression pro-palestinien « Within Our Lifetime », qui organise des manifestations appelant à « mondialiser l’Intifada ».

Au cours de son discours, axé sur la cause palestinienne, Kiswani a déclaré être
« confrontée à une campagne de harcèlement sioniste, orchestrée par des organisations bien financées ayant des liens avec le gouvernement et l’armée israéliens, sur la base de mon identité et de mon organisation palestiniennes ». Dans une vidéo du discours, on peut entendre un tonnerre d’applaudissements.

Ilya Bratman, directrice exécutive de centre Hillel au Baruch College, a déclaré que le Conseil étudiant de la Faculté de Droit de l’université de New-York l’avait élue présidente.

« Le président [du Conseil étudiant de l’Université de New-York] est juif », a précisé Bratman. « Mais ça ne veut rien dire. Le Conseil étudiant est totalement inféodé à Kiswani et ses actions pour diaboliser l’État d’Israël. »

Un étudiant juif de l’université de New-York, qui a demandé à garder l’anonymat par crainte de représailles, a déclaré que Kiswani créait un « environnement dangereux » pour les Juifs sur le campus.

« C’est une chose d’être en désaccord avec une personnalité politique », a déclaré Dave (un pseudonyme). « Mais elle appelle à l’assassinat des Juifs. Cela crée un précédent, à savoir que l’Université de New-York ne voit pas de mal à ce que certains étudiants soient là pour nous faire du mal. »

Kiswani est bien connue pour ses déclarations appelant à l’abolition de l’État d’Israël et aux actions qui semblent donner toute latitude à la violence contre les Israéliens.

« Je serai bannie de ma patrie aussi longtemps que cette entité de colons sionistes, cette organisation appelée Israël, qui se fait passer pour un pays, continuera d’exister », a déclaré Kiswani dans une interview sur YouTube en mai 2021.

« Nous avions la paix avant la création d’Israël, donc l’abolition d’Israël est la clé pour retrouver la paix. »

Kiswani avait approuvé, par un « like », une publication sur Instagram, supprimée depuis, qui disait en arabe, « Gloire à la hache de la résistance ». Le message faisait référence à l’assassinat, le 5 mai, de trois pères de famille juifs dans la ville israélienne d’Elad par des terroristes palestiniens armés de haches.

Kiswani a refusé à plusieurs reprises les demandes d’interview du New York Jewish Week, qualifiée de membre des « médias sionistes ».

Un professeur de l’université de New-York, également membre de la section new-yorkaise du groupe pro-palestinien Jewish Voice for Peace (JVP), a déclaré que Kiswani était « intelligente, intègre et courageuse ».

« Je pense que les manœuvres visant à ternir sa réputation sont calomnieuses et tristes », a déclaré le professeur, qui a ajouté craindre d’être renvoyé de l’école pour avoir parlé à la presse.

L’université de New-York compte 25 facultés dans les cinq districts, avec une administration centrale. Les étudiants et professeurs du Baruch College, du John Jay College of Criminal Justice, du Queens College et du Hunter College, entre autres, se sont plaints des résolutions anti-israéliennes adoptées par le syndicat des professeurs à l’échelle du campus, ainsi que d’un climat anti-israélien sur leurs campus respectifs.

Dave a décrit un incident survenu plus tôt ce mois-ci, sur le campus John Jay de l’université de New-York dans le West Side de Manhattan. Le jour de Yom HaAtsmaout, a-t-il dit, un camarade de classe a foncé sur lui et son groupe d’amis, assis dans l’herbe, avec des drapeaux israéliens.

« C’était comme s’il envahissait volontairement notre espace », a déclaré Dave.
« Il courait, sautait au-dessus de nous, comme pour nous intimider. »

Il a ajouté que les étudiants avaient peur de porter « tout ce qui montrait qu’ils sont juifs », comme une kippa ou une étoile de David. « Ils ont peur des conséquences avec certaines personnes sur le campus », a-t-il précisé. « Des gens sur le campus pourraient leur faire du mal. »

Un post Instagram supprimé, apprécié par Nerdeen Kiswani, dit en arabe : « Gloire à la hache de la résistance. » (Crédit : Twitter)

Bratman, de Hillel, a raconté au New York Jewish Week l’histoire d’un étudiant harcelé pour avoir porté une kippa à John Jay. « L’étudiant juif était dans les couloirs, avec sa kippa », a expliqué Bratman. « Des gens lui ont dit : ‘Tu es un oppresseur’. Personne ne lui a demandé son opinion sur Israël. C’est de l’antisémitisme pur et simple. »

Bratman a ajouté que les paroles de Kiswani incitaient les autres à créer un environnement qui mettait les étudiants juifs du campus « extrêmement mal à l’aise ».

« Elle se dit membre du groupe opprimé, minoritaire et marginalisé », explique Bratman. « Personne ne prête alors attention à ses paroles, des paroles qui appellent à la violence contre le peuple juif. C’est violent et dérangeant. »

Le professeur qui représente Jewish Voice for Peace a déclaré « ne pas croire » que les Juifs ne sont pas en sécurité sur le campus. « Si vous ne vous sentez pas en sécurité, c’est parce que les gens autour de vous vous font sentir en danger », a déclaré le professeur, lui-même juif. « Or, personne n’a menacé ce type. »

« Il est en fait incroyable que les Palestiniens n’aient pas commis davantage de violence », a ajouté le professeur. « Je ne dis pas que c’est une bonne chose d’utiliser la violence, mais je peux avoir de l’empathie pour ceux qui les commettent parce qu’ils sont à bout. Et ce n’est rien comparé à ce que les Israéliens font tous les jours. »

Le professeur a reconnu qu’il y avait eu une montée de l’antisémitisme et qu’il était « mal » de prendre à parti une personne au motif qu’elle porte une kippa.

« C’est de l’antisémitisme », a déclaré le professeur. « Mais je refuse d’en rendre Nerdeen responsable, tout comme [je refuse] l’idée que règne un climat antisémite dangereux pour les étudiants juifs. »

De nombreux groupes juifs et pro-israéliens soutiennent que, si la critique d’Israël est audible, il n’en va pas de même des appels à l’anéantissement du pays ou à la violence contre ses citoyens, pas davantage que la désignation des étudiants juifs comme des cibles parce soupçonnés de soutenir Israël. Ceci relève de l’antisémitisme.

Bratman a indiqué que les membres du Conseil étudiant de la Faculté de droit de l’université de New York avaient ouvertement déclaré « que les étudiants juifs ne devraient pas venir à l’université » et que le ténor ou l’organisation était « extraordinairement antisioniste ».

Le Conseil étudiant n’a pas commenté cet élément.

En novembre 2021, le Conseil étudiant avait proposé une résolution appelant l’université à soutenir le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions et à désinvestir des entreprises liées à Israël. La résolution affirmait que la Faculté de Droit de l’université de New York était « complice du génocide, de l’apartheid et des crimes de guerre perpétrés par l’État d’Israël contre le peuple palestinien ».

Jeff Lax, professeur au Kingsborough College de l’université de New York, est l’un des fondateurs d’un groupe appelé SAFE CUNY [CUNY est l’acronyme anglais de l’Université de New York], qui défend les « Juifs sionistes systématiquement discriminés et exclus par » CUNY et le syndicat des professeurs, qui l’année dernière a condamné Israël pour « la sujétion des Palestiniens » et appelé ses sections d’État à envisager de soutenir le boycott académique d’Israël.

Des centaines de manifestants pro-palestiniens se sont rassemblés devant le consulat israélien à Manhattan avant de se rendre à la fontaine, en face de l’hôtel Plaza, sur la 59eme rue, le 20 avril 2022. (Crédit : Jacob Henry)

Lax s’est également joint à un procès contre le syndicat – le Congrès du personnel professionnel – qu’il taxe d’antisémitisme.

SAFE CUNY a publié une déclaration condamnant la « décision épouvantable et antisémite » d’honorer Kiswani en lui permettant de prononcer un discours d’ouverture.

« Honorer une raciste qui hait les Juifs et qui appelle à la violence antisémite met les Juifs de l’université de New York en danger », indique le communiqué. « L’université de New York sera responsable si quelqu’un est blessé à la suite des discours antisémites et violents de Kiswani, qui incitent à la haine. »

Le groupe a envoyé une lettre au chancelier Felix V. Matos Rodriguez à propos de Kiswani, se disant « profondément préoccupés ».

« L’université de New York est devenue un endroit dangereux pour les Juifs pratiquants, les Juifs sionistes et beaucoup d’autres Juifs », indique la lettre. « Des mesures sont attendues depuis longtemps, et nous exigeons d’avoir notre mot à dire dans ce processus. »

L’opposition entre tenants d’Israël et des causes palestiniennes, à l’université de New York, dure depuis des années, et l’administration ne commente que rarement la question.

Toutefois, lorsque la Faculté de Droit de l’université de New York a adopté la résolution BDS en 2021, Matos Rodriguez a publié une déclaration disant « qu’il n’appartenait pas à l’université de New York de participer ou soutenir les activités BDS ».

« Ces organisations parlent pour elles seules», expliquait Matos Rodriguez. « Les opinions ou positions qu’elles expriment sont entièrement les leurs, et ne représentent en aucune manière les points de vue de l’Université de New York ou de la majorité des quelque 300 000 membres de notre communauté. »

Matos Rodriguez n’a pas répondu à la demande de commentaires du New York Jewish Week. Plusieurs groupes pro-palestiniens ont refusé de commenter cet article, parmi lesquels Within Our Lifetime, IfNotNow, Jewish Law Students Association et CUNY 4 Palestine.

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