Une soldate accusée à tort d’avoir tué une infirmière à Gaza, menacée de mort
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Une soldate accusée à tort d’avoir tué une infirmière à Gaza, menacée de mort

Les militants pro-palestiniens ont affirmé que Rebecca, née aux Etats-Unis, avait tué Razan Najjar vendredi, mais elle a quitté l'armée il y a des années et n'était pas sniper

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Une photographie de l'ancienne soldate de l'armée israélienne Rebecca, faussement accusée par des militants pro-palestiniens d'avoir tué une infirmière gazaouie le 1er juin 2018 (Crédit : Armée israélienne/Facebook)
Une photographie de l'ancienne soldate de l'armée israélienne Rebecca, faussement accusée par des militants pro-palestiniens d'avoir tué une infirmière gazaouie le 1er juin 2018 (Crédit : Armée israélienne/Facebook)

Une affirmation mensongère a commencé à se propager sur les sites de réseaux sociaux du monde entier dans la nuit de vendredi, accusant une soldate ayant quitté de longue date l’armée israélienne – Rebecca – d’avoir été à l’origine du tir qui a tué une infirmière palestinienne durant des affrontements violents survenus dans la journée.

Dans un contexte de colère palestinienne et internationale suite à la mort de Razan Najjar, une infirmière bénévole de 21 ans, durant des échauffourées survenues le long de la clôture de sécurité, cette accusation sans fondement contre Rebecca s’est répandue à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux, entraînant des menaces de mort à son encontre, mais également contre ses amis et sa famille.

L’armée israélienne a fait savoir qu’elle avait lancé une enquête sur la mort de Najjar, affirmant qu’au moment où elle avait été tuée, les violences impliquaient « des milliers d’émeutiers » à cinq endroits de la frontière, « des pneus brûlés aux abords de la clôture et des tentatives de dégradation des infrastructures sécuritaires ».

Mais cela n’a pas empêché les militants de désigner leurs propres coupables.

L’accusation contre l’ex-soldate de l’armée israélienne pourrait avoir pour origine une femme de Chicago, avec plus de 13 000 abonnés sur Facebook, qui a relayé une photo de Rebecca publiée il y a quatre ans sur la page officielle de l’armée israélienne.

Quelques heures après, la page Facebook de « Freedom for Gaza », suivie par plus de 100 000 personnes, a repris la photo de Rebecca, clamant qu’elle avait « exécuté une infirmière palestinienne de 21 ans à Gaza ». Dimanche soir, la publication avait déjà été partagé plus de 15 000 fois.

Des publications similaires émanant de pages Facebook pro-palestiniennes et de fils de discussions Twitter ont été partagés et repartagés des dizaines de milliers de fois dans le monde entier. Et en deux jours, les accusations mensongères contre Rebecca ont été traduites en arabe, en espagnol, en turc, en français, en malais et en indonésien.

Et il s’est avéré que les allégations proférées étaient totalement fausses.

Rebecca a quitté l’armée il y a environ deux ans et demi. Elle n’a jamais été sniper lorsqu’elle se trouvait dans l’armée israélienne (elle a demandé à ce que son nom de famille ne soit pas publié).

Rebecca, 24 ans, travaille actuellement pour un programme d’année sabbatique en Israël. Le mois prochain, elle commencera à enseigner l’anglais à des demandeurs d’asile africains, a-t-elle expliqué par téléphone au Times of Israel.

Elle a découvert être au centre des accusations samedi soir, lorsqu’elle a allumé son téléphone à la fin du Shabbat.

Le message menaçant envoyé à un ami d’une ancienne soldate de l’armée israélienne, accusée à tort par les militants pro-palestiniens d’avoir tué une infirmière gazaouis, le 1er juin 2018 (Capture d’écran : Autorisation)

« J’ai allumé mon téléphone après Shabbat. Il y avait des centaines de messages de gens sur Facebook et tous les amis m’avaient envoyé des messages sur WhatsApp parce qu’ils avaient reçu tous ces messages de haine pendant le week-end », a-t-elle raconté.

Son compte Instagram a également été bombardé de « messages terribles », ce qui l’a amenée à le fermer, a-t-elle ajouté.

« Ca continuait toujours », a-t-elle poursuivi.

Elle s’est rendue à la police pour les informer des menaces reçues et pour savoir si elle pouvait l’aider à faire supprimer les publications sur les réseaux sociaux.

Un post sur Facebook écrit par des militants pro-palestiniens accuse à tort une soldate de l’armée israélienne d’avoir tué une infirmière gazaouie, le 1er juin 2018 (Crédit : Freedom for Gaza/Facebook)

Rebecca a d’abord été bouleversée et troublée par cette ferveur en ligne, puis effrayée par les messages menaçants. Elle affirme dorénavant qu’il est décourageant que des dizaines de milliers de personnes « soient tellement désireuses de croire en quelque chose de mensonger et d’afficher tant de haine », a-t-elle commenté.

Je suis triste que mes amis et ma famille aient été menacés et que dans le monde des réseaux sociaux, il n’y ait aucun moyen de se protéger pour ne pas devenir victime de menaces et de mensonges

« Je ne suis pas quelqu’un de politique, mais je fais ce que je peux pour connaître tous les ‘narratifs’ et ce genre de propagande ne fait qu’entraver toute possibilité de paix », s’est-elle exclamé.

« Je suis triste que mes amis et ma famille aient été menacés et que dans le monde des réseaux sociaux, il n’y ait aucun moyen de se protéger pour ne pas devenir victime de menaces et de mensonges », a-t-elle ajouté.

« Je ne me rendais pas compte que cela puisse devenir aussi mauvais ».

Rebecca a initialement fermé sa page Facebook après avoir reçu des centaines de messages de menaces. Elle l’a rouvert lorsqu’elle a été contactée par un agent de l’unité du porte-parole de l’armée israélienne.

« L’officier m’a dit qu’il n’y avait aucun risque pour ma sécurité », a déclaré Rebecca.

La porte-parole a encouragé la jeune femme à faire une vidéo en réponse aux affirmations, qui a été plus tard relayé par le groupe pro-israélien StandWithUs.

Stop the hate!

Palestinian Facebook pages have shared a photo of a random IDF soldier falsely claiming she killed a Palestinian in the Gaza border riots.The truth? She's not even in the army. Now, Palestinians are sending her hundreds of death threats. Stop the hate!Report the pages below:https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=446476225791274&id=445905922514971https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=2155682947805837&id=1020297238011086

Posted by StandWithUs on Saturday, 2 June 2018

Dans la vidéo, Rebecca a déclaré que le post de la page « Freedom for Gaza » avait entraîné « des centaines de messages de haine et des menaces de mort, contre moi et mes amis ».

Elle a également précisé que cette page Facebook soutenait les groupes terroristes palestiniens et devrait plutôt encourager les protestations contre le Hamas si les administrateurs s’inquiétaient réellement de la situation des Gazaouis – ce que les responsables israéliens ont souvent affirmé.

« Ils m’ont orientée sur ce que je devais dire dans la vidéo. J’avais un peu peur. J’ai juste dit les choses. Ils m’ont expliqué que ça m’aiderait à arrêter tout ça », a dit Rebecca.

Comment un mensonge se propage

La fausse accusation contre Rebecca semble avoir pour origine la page Facebook de Suhair Nafal, une femme de Chicago, dans l’Illinois, qui dit être de Ramallah.

La publication de Nafal, qui remonte à 20 heures 25, ne dit pas explicitement que Rebecca a tué Najjar. Il présente des photographies des deux femmes l’une à côté de l’autre, identifiant Rebecca comme « une sioniste américaine de Boston avec zéro lien à la Palestine occupée qui a rejoint les militaires ‘israéliens’ (pour participer au nettoyage ethnique des populations indigènes de Palestine) ».

Un post de la page officielle de l’armée israélienne, datant du mois de mai 2014, au sujet de Rebecca,, ancienne soldate faussement accusée par des militants pro-palestiniens d’avoir tué une infirmière gazaouie le 1er juin 2018 (Crédit : Armée israélienne/Facebook)

Nafal a pris la photo et la description de Rebecca dans une publication de la page officielle de l’armée israélienne au mois de mai 2014. L’armée l’avait identifiée comme une soldate née à Boston qui, à l’âge de 18 ans, s’était installée en Israël et « avait rejoint l’armée israélienne comme soldate spécialisée dans l’éducation mais qui, plus tard, avait décidé qu’elle était faite pour aller sur le terrain ».

Sur le cliché, Rebecca était dans le désert, en tenue de combat, et souriait à la caméra en tenant un fusil de type M-16.

« Aujourd’hui, elle est une soldate formée dans les renseignements militaires de terrain, défendant le foyer qu’elle connaît et qu’elle aime », est-il encore écrit. Le post a toutefois été supprimé depuis.

Trois heures après la publication de Nafal, la page Facebook « Freedom for Gaza », qui compte plus de 100 000 abonnés, a relayé ces images, citant la description de l’ancienne soldate telle qu’elle avait faite en 2014 par les militaires, et ajoutant que « cette ‘soldate formée’ a exécuté une infirmière palestinienne de 21 ans à Gaza alors qu’elle venait en aide à des blessés civils ».

Lorsque tous les usagers ont commencé à se rendre compte de l’erreur, Nafal et la page « Freedom for Gaza » ont modifié leurs publications.

Post sur Facebook d’une militante pro-palestinienne sur une soldate de l’armée israélienne qui a été accusée à tort d’avoir tué une infirmière gazaouie, le 1er juin 2018 (Crédit : Suhair Nafal/Facebook)

Nafal a remplacé la photographie de Rebecca par celle d’une soldate différente et non-identifiée et a supprimé la description de la jeune femme. Elle a également publié un second texte disant qu’elle n’avait jamais voulu insinuer que Rebecca avait tué Razan, même si Rebecca restait une « terroriste ».

« Freedom for Gaza » a conservé son post original, mais a ajouté une note disant que la page avait eu connaissance du fait que l’information semblait fausse mais que « qu’il s’agisse de cette snipeuse ou d’un autre, est-ce que cela compte vraiment ? Ils tuent TOUS des civils innocents palestiniens, hommes, femmes et enfants ».

Rebecca a déclaré qu’elle attend dorénavant que les choses se tassent définitivement.

« J’attends des nouvelles de la police mais plus que cela, j’attends que les choses s’arrangent », a-t-elle commenté. « Il n’y a pas grand chose que je puisse faire au-delà de ça ».

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