USA: Une Juive à la tête d’un groupe pour la séparation de l’église et de l’Etat
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USA: Une Juive à la tête d’un groupe pour la séparation de l’église et de l’Etat

Si l'identité juive de Rachel Laser a toujours déterminé ses combats, sa bataille pour séparer gouvernement et religion pourrait l'opposer à certains de ses coreligionnaires

Rachel Laser est la nouvelle directrice de l'organisation 'Americans United for Separation of Church and State' (Crédit : Rick Reinhard/via JTA)
Rachel Laser est la nouvelle directrice de l'organisation 'Americans United for Separation of Church and State' (Crédit : Rick Reinhard/via JTA)

NEW YORK (JTA) — Même si Rachel Laser est la nouvelle présidente de l’organisation ‘Americans United for Separation of Church and State’, elle préfère utiliser un terme différent pour la cause qu’elle défend dorénavant : Celui de séparation de la religion et du gouvernement.

Cette différence peut être subtile mais elle parle de ce qu’a signifié le choix par cette éminente organisation publique de la désignation de Laser au poste de présidente. Elle est la première non-chrétienne à diriger le groupe.

« Je sais que ‘séparation de l’église et de l’Etat’ est l’expression consacrée mais en tant que juive, ce raccourci ne correspond pas toujours parfaitement à ce que je suis », a-t-elle confié au début du mois à JTA.

Laser, 48 ans, est également la première femme à la tête de ce groupe basé à Washington. Elle a pris ses fonctions le mois dernier après que le directeur précédent, Barry Lynn, pasteur à la l’église unie du Christ et leader de la gauche religieuse, a pris sa retraite au mois de novembre.

Cette avocate née à Chicago a travaillé pour quelques organisations progressistes, notamment pour le Centre d’action religieuse du mouvement réformé, pour le Planning familial et pour le centre de droit national pour les femmes. Son travail s’est concentré sur le combat en faveur des droits des femmes, de l’égalité LGBTQ et de la promotion des relations interconfessionnelles.

Laser a expliqué assumer ses nouvelles fonctions à un moment critique dans la lutte en faveur de la séparation des religions et du gouvernement.

« Nous sommes en train d’assister à un moment alarmant dans l’histoire américaine où nos hauts-responsables, dans le pays, échouent à tenir la promesse de l’Amérique consistant à séparer la religion et le gouvernement », a-t-elle dit.

Les questions les plus pressantes aujourd’hui, a-t-elle noté, sont les politiques et les lois fédérales qui permettent la discrimination contre les membres des communautés LTBGQ et qui refusent l’accès aux soins liés à la santé reproductive sur la base de la religion. Autres problèmes, la promotion de la religion dans les écoles publiques et les questions de discrimination religieuse qui entourent l’ordonnance du président Trump établissant l’interdiction de l’entrée aux Etats-Unis des ressortissants de six pays à majorité musulmane.

Des manifestants protestent contre l’ordre exécutif sur l’immigration du président Donald Trump à l’aéroport international O’Hare de Chicago le 28 janvier 2017 (Crédit : AFP/ Joshua LOTT)

Son groupe a apporté sa signature à un mémoire à titre d’intervenant désintéressé – aux côtés, entre autres, de l’ADL (Anti-Defamation League) et du Conseil national des femmes juives – dans un dossier présenté à la Cour suprême concernant un pâtissier de la banlieue de Denver qui avait refusé, pour des raisons religieuses, de faire le gâteau de mariage d’un couple homosexuel. Selon Americans United, c’est « une tentative miteuse de transformer la liberté religieuse en dispositif visant à nuire à autrui en le traitant comme un citoyen de seconde zone ».

Americans United s’inquiète également d’une nouvelle politique qui permet au gouvernement d’utiliser l’argent des contribuables pour reconstruire des lieux de culte endommagés lors des cyclones et autres catastrophes. Ce qui place son groupe à l’opposé de mouvements religieux comme l’Union des congrégations juives orthodoxes d’Amérique, ou d’Agudath Israel d’Amérique, qui estiment que cette nouvelle disposition réglementaire est acceptable au niveau constitutionnel.

Laser a grandi dans un foyer juif réformé à Chicago. Elle a expliqué que ses parents étaient « des gens des années 1960, dévoués à l’idée de la justice pour tous », et qu’ils s’étaient assurés que leurs enfants seraient entourés de gens d’origines raciales et ethniques diverses et d’orientations sexuelles différentes.

« Ce visage de l’Amérique a été inscrit dans mon ADN dès ma prime enfance », a-t-elle précisé.

Elle a estimé que la construction de passerelles entre les communautés des Etats-Unis est précieuse. Laser a travaillé, dans le passé, en tant que directrice des programmes culturels à Third Way, une organisation qui réunit des évangéliques progressistes et centristes, où elle a lutté pour trouver des consensus sur des questions telles que la santé reproductive, l’égalité des communautés LGBTQ et la torture.

Illustration : Le sénateur américain Charles Schumer s’exprime lors d’un rassemblement devant le Stonewall organisé en solidarité avec les immigrants, les demandeurs d’asile, les réfugiés et la communauté LGBTQ le 4 février 2017 à New York. (Crédit : AFP PHOTO / Bryan R. Smith)

« Je suis entrée dans ce travail avec une sorte de crainte et une certaine anxiété et j’en suis sortie convaincue qu’il y a un espace remarquable pour la rencontre improbable entre des personnalités dont on dirait qu’elles sont a priori inconciliables », a-t-elle commenté.

Laser a également aidé à construire des passerelles entre les Juifs et les autres communautés religieuses en tant que directrice-adjointe du Centre d’action religieuse, où elle a dirigé des campagnes interconfessionnelles liées à des questions telles que les armes et l’égalité LGBTQ.

Au sein de l’organisation ‘Americans United for Separation of Church and State’, elle espère forger des liens similaires et veut spécifiquement concentrer sa sensibilisation sur les communautés évangéliques chrétiennes et afro-américaines.

Laser a déclaré qu’être membre d’une minorité religieuse avait été une motivation dans sa lutte pour la séparation de l’église et de l’Etat.

« Indéniablement, appartenant à une minorité religieuse, en tant que Juive, je pense que je ressens au plus profond de moi l’importance de la séparation de la religion et du gouvernement. J’ai moi aussi été cette personne qui a eu le sentiment d’être invisible lorsque le gouvernement a pu présumer que tout le monde appartenait à la religion dominante ici au niveau culturel », a-t-elle dit.

Laser, qui a eu trois enfants avec son époux Mark Davies, avocat à la cour d’appel spécialisé dans les problèmes relatifs à la propriété intellectuelle, tire son inspiration du judaïsme. La famille appartient à Adas Israel, une synagogue conservatrice de Washington.

« Je pense que j’ai des valeurs qui sont très profondément influencées par mon judaïsme, qui concernent l’égalité, l’équité et la justice : ‘La parfaite justice, tu la poursuivras’, », a-t-elle dit, citant le Deutéronome (16:20). « Je pense que le plaisir que je prends à plonger profondément dans la dissection et dans la clarification des idées provient, d’une certaine façon, de l’histoire de l’étude talmudique de notre culture, et je pense qu’assurément, ma nouvelle fonction exige beaucoup cela ».

La synagogue Adas Israel à Washington (Crédit : Domaine public)

Même si les membres de l’organisation ‘Americans United for Separation of Church and State’ étaient dans le passé des conservateurs dans leur majorité (ses fondateurs s’inquiétaient du soutien gouvernemental apporté aux écoles catholiques), aujourd’hui la cause est très largement envisagée comme progressiste, a estimé Laser. Elle veut changer cela.

« Je pense que de nombreux Américains n’ont plus cette intuition que c’est de liberté de religion qu’il s’agit quand on parle de séparation de la religion et du gouvernement, que c’est de votre capacité à croire à ce que vous voulez croire, à pratiquer votre foi ou à ne pas choisir de religion », a-t-elle expliqué.

Laser espère rassembler des gens de différentes parties du spectre politique et montrer que découvrir un terrain commun n’est pas un signe de faiblesse mais bien de force.

« Je pense qu’on peut s’accorder, avec respect, sur le fait de ne pas être d’accord sur certaines choses et, en même temps, trouver des terrains d’entente forts et de recoupement », dit-elle. « Et la question de la séparation de la religion et du gouvernement, qui est enracinée dans la liberté de religion, est l’une d’entre elles ».

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