Vénérés comme des rois, honnis comme des mendiants: les Juifs et Notre-Dame
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Vénérés comme des rois, honnis comme des mendiants: les Juifs et Notre-Dame

La cathédrale de Paris dépeint les attitudes conflictuelles et souvent antagonistes envers les Juifs à travers l'histoire

La galerie des rois sur la façade de la cathédrale Notre-Dame (Crédit : CC BY Serge Melki/Wikimedia Commons)
La galerie des rois sur la façade de la cathédrale Notre-Dame (Crédit : CC BY Serge Melki/Wikimedia Commons)

La cathédrale Notre-Dame, qui a été gravement endommagée lundi dans un incendie, est un symbole de la France, de Paris et, bien sûr, du christianisme.

Mais l’église est également liée à l’histoire juive. Comme partout en Europe, les Juifs, en France, ont subi des persécutions répétées pendant tout le Moyen-Age.

Le peuple juif a été à la fois vénéré pour avoir permis de donner naissance à la foi chrétienne et honni pour sa trahison de Jésus, qui lui aura ôté la grâce de Dieu.

La structure de Notre-Dame dépeint ces attitudes contraires envers le peuple juif au cours des siècles passés. Vous pourrez découvrir ci-dessous les liens entretenus par la cathédrale avec le judaïsme – parfois malheureux.

Les ancêtres du messie

La partie de la cathédrale la plus célèbre est sa façade ouest, avec des deux grandes tours qui accueillent ses clochers. En dessous, deux larges portails, chacun d’entre eux décorés de personnalités chrétiennes gravées dans la pierre. Sur le portail de droite, les parents juifs de la vierge Marie, Anne et Joachim.

Plusieurs scènes sont dépeintes, notamment le mariage d’Anne et Joachim, le rejet de l’offrande du couple par la grand prêtre du Temple en raison de la stérilité d’Anne (derrière lui apparaissent une bima et un rouleau de Torah) ; la visite d’un ange auprès de Joachim qui lui annonce que lui et Anne auront une petite fille – et la naissance d’Anne.

Les Juifs sont présentés dans ces gravures portant des chapeaux pointus, comme l’exigeait un décret royal concernant les Juifs du 13e siècle, à peu-près à l’époque où l’oeuvre d’art a été réalisée – un moyen de les distinguer de la population chrétienne.

Anne et Joachim, grand-parents de Jésus, dans une frise de la façade ouest de la cathédrale Notre-Dame (Crédit : CC BY-SA Thesupermat/Wikimedia Commons)

Le front des Judéens

Placée bien en évidence au dessus des portails, il y a la galerie des rois, avec ses 28 sculptures de souverains antiques de Judée qui auraient été les ancêtres de Marie.

Les rois présentés ne sont pas, en fait, des originaux – ces derniers avaient été arrachés et décapités pendant la révolution française, pris par erreur comme des symboles de la royauté française.

La galerie avait été ensuite reconstruite au 19e siècle.

Le procès du 13e siècle

La Disputation de Paris, de triste mémoire – connue également sous le nom due Procès du Talmud – avait eu lieu en 1240 après que l’Eglise a accusé le texte juif de contenir de nombreux blasphèmes à l’égard de Jésus et du christianisme.

Le pape Gregory IX avait ordonné la confiscation de toutes les copies du Talmud, qui avaient été ensuite brûlées. A Paris, le roi Louis XII avait organisé le procès du texte que plusieurs rabbins avaient tenté de défendre, en vain. Des milliers de manuscrits, tous écrits à la main, avaient alors été collectés et détruits dans un gigantesque autodafé sur la place de Grève, à la droite de Notre-Dame.

La dame grise

Comme dans de nombreuses autres cathédrales, Notre-Dame présente les personnages de l’Eglise et de la Synagogue.

Ces deux femmes sont une personnification de l’église et de la religion juive : tandis que la Synagogue est régulièrement présentée comme simple, opprimée, vaincue, les yeux bandés – montrant l’absence de pertinence de la religion juive – l’Eglise est majestueuse, confiante, souvent porteuse d’une couronne, d’un calice et autres symboles chrétiens.

Synagoga, à gauche, et Ecclesia à la cathédrale Notre-Dame (Crédit : CC BY-SA Ingsoc/Wikimedia Commons)

A Notre-Dame, la Synagogue arbore un serpent qui lui cache les yeux. Une couronne tombée se trouve à ses pieds. Elle tient dans une main un bâton brisé et dans l’autres, glissant presque de sa main, les tablettes en pierre des dix commandements.

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