Yad Vashem lance une nouvelle expo virtuelle sur Rosh HaShana en français
Rechercher

Yad Vashem lance une nouvelle expo virtuelle sur Rosh HaShana en français

Le mémorial a rassemblé des souvenirs - objets, photographies, cartes et livres de prière - du Nouvel an juif, avant, pendant et après la Shoah

Une carte de voeux du Nouvel An envoyée de Varsovie par Gitta Gorfinkel à son mari Schlomo à Paris, le 26 septembre 1930. (Crédit : Yad Vashem)
Une carte de voeux du Nouvel An envoyée de Varsovie par Gitta Gorfinkel à son mari Schlomo à Paris, le 26 septembre 1930. (Crédit : Yad Vashem)

Le mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem a annoncé ce mercredi le lancement d’une nouvelle exposition virtuelle en français, intitulée « En l’honneur de la nouvelle année » et disponible en ligne.

Le projet vise à présenter des souvenirs du Nouvel an juif, avant, pendant et après la Shoah.

On y découvre des objets, photographies, cartes et livres de prière de l’époque, utilisés lors de la fête juive du Nouvel an qui, comme Yom Kippour, est traditionnellement consacrée à l’introspection, au pardon et à la réconciliation.

Fête solennelle et joyeuse qui voit les familles se réunir, on y sonne le chofar, on récite les seli’hot, et on déguste des mets doux et sucrés, dans l’espoir que l’année qui arrive en sera de même. Rosh HaShana sonne le début des dix jours de pénitence, qui prennent fin avec Yom Kippour.

Rosh HaShana, qui s’appelle aussi « fête du souvenir » ou « Yom HaZikaron » en rappel du sacrifice d’Isaac, est aussi l’occasion de se souvenir et de rendre hommage aux disparus, notamment ceux ayant péri dans la Shoah.

L’exposition de Yad Vashem permet ainsi de se plonger dans les archives et objets de l’époque de la Shoah consacrés à la fête.

Sur une carte du Nouvel an (en une de l’article), une femme reçoit des fleurs. « Un motif naïf que Gitta Gorfinkel avait alors choisi pour répondre aux vœux de Rosh HaShana de son mari Schlomo, parti en éclaireur à Paris », écrit Yad Vashem. « Pour le couple, ce mois de Tishri 1930 marque encore le temps de l’insouciance. Par la suite, Gitta rejoindra Schlomo dans la capitale française. Ils auront 2 enfants, Daniel et Fanny, avant que Schlomo ne soit envoyé à Pithiviers, puis assassiné à Auschwitz… »

On y découvre également la photo d’un chofar ayant appartenu au chantre Israël Mizrahi, qui officiait à Anvers, déporté à Malines puis Buchenwald.

Le chofar ayant appartenu au chantre Israël Mizrahi, déporté à Malines puis Buchenwald. (Crédit : Collection d’objets de Yad Vashem / Don de Lilly Gottfried-Mizrahi, Rishon LeZion)

Plus intéressant encore : l’histoire et la photo d’un chofar ayant été fabriqué « dans des conditions périlleuses » au sein même du camp de travaux forcés de Skarzysko-Kamienna en Pologne en 1943 par le déporté Moshe (Ben-Dov) Winterter, qui travaillait dans l’atelier de métallurgie de l’usine d’armements.

« Yitzhak Finkler, le rabbin de Radoszyce, également prisonnier dans le camp, souhaitait ardemment pouvoir observer le commandement consistant à faire sonner le chofar lors du Nouvel an juif et eut l’idée de faire fabriquer un chofar », explique Yad Vashem. « Se procurer une corne de bélier, comme l’exige la loi juive, pour la fabrication ne fut pas chose aisée. En contrepartie d’un pot-de-vin, un garde polonais accepta de rapporter une corne au camp mais celle-ci s’avéra être une corne de bœuf. Il fallut le versement d’un second pot-de-vin pour qu’il rapporte une autre corne, de bélier cette fois. Le rabbin approcha Moshe Winterter, qu’il avait connu à Piotrkow et lui demanda de fabriquer le chofar. Dans un premier temps, ce dernier s’y refusa. La fabrication d’un objet autre qu’une arme dans l’atelier de métallurgie ou le transport de celui-ci de l’atelier jusqu’aux baraques, pouvaient être immédiatement punis de mort. »

Le chofar fabriqué par Moshe (Ben-Dov) Winterter au camp de travaux forcés de Skarzysko-Kamienna en Pologne en 1943. (Crédit : Collection d’objets de Yad Vashem / Don de Moshe (Winterter) Ben-Dov (z »l), Bnei Brak, Israël)

« Bravant le danger, Moshe Winterter s’acquitta pourtant de cette tâche délicate et apporta le chofar au rabbin la veille de la fête. La nouvelle se répandit et les prisonniers se rassemblèrent le soir même pour prier et écouter le chofar retentir. Moshe Winterter conserva le chofar durant toute sa détention à Skarzysko-Kamienna et parvint même à le garder sur lui lors de son transfert au camp de Czestochowa. Lorsqu’il fut par la suite transféré à Buchenwald, le chofar demeura à Czestochowa et ce jusqu’à la libération du camp. Le chofar fut alors remis à la communauté juive locale avant d’être transporté aux Etats-Unis. Moshe Winterter émigra en Israël après la guerre. En 1977, il apporta son concours au transfert du chofar à Yad Vashem afin d’assurer sa conservation. »

Une autre photo présente le jeune activiste sioniste Aharon Jakobson célébrant Rosh HaShana dans le ghetto de Lodz en septembre 1942.

Aharon Jakobson (le 2e en partant de la gauche, avec une chemise noire), militant sioniste et jeune leader activiste du ghetto de Lodz, et ses camarades du « Front de la Génération du désert » , célèbrent Rosh HaShana dans le ghetto de Lodz, en septembre 1942. (Crédit : Collection de photographies du ghetto de Lodz, prises par le photographe Mendel Grossman et son assistant Aryeh Ben Menachem / Archives photographiques de Yad Vashem 4062/246 4064/45)

L’exposition vise à répondre à ces questions, précise Yad Vashem : « Comment se souhaiter une douce et heureuse année en temps de guerre ? Comment se procurer la traditionnelle corne de bélier ou un livre de prières pour Yom Kippour, la journée du Grand Pardon, quand on est interné dans un camp ou parqué dans une cache ? Comment préserver une vie juive, quand on est emporté par le tourbillon de la folie nazie ? »

Le projet permet aussi de réfléchir à la foi et à la croyance en Dieu face à la Shoah, tout en symbolisant la joie juive, présente même dans les périodes les plus terribles de l’histoire du peuple d’Israël.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...