Zemmour, de Pétain à Maurras, la défense du nationalisme à tout prix ?
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Charles Maurras"La juiverie continue à étendre ses tentacules sur le monde"

Zemmour, de Pétain à Maurras, la défense du nationalisme à tout prix ?

Pour le polémiste multi-récidiviste, l'historien n'était pas raciste, et son antisémitisme trouve à ses yeux des circonstances atténuantes

Le polémiste Eric Zemmour (Crédit : capture d'écran YouTube/France 2)
Le polémiste Eric Zemmour (Crédit : capture d'écran YouTube/France 2)

La dernière polémique de taille suscitée par le journaliste Eric Zemmour date d’octobre 2014. A cette époque, sa présentation d’un « Pétain sauveur des Juifs de nationalité française » dans son livre Le suicide français avait poussé des historiens à corriger dans la presse les affirmations péremptoires de l’éditorialiste.

Dénonçant le récit des gagnants, celui du camp des victorieux de la Seconde Guerre mondiale, les résistants, les gaulliens, Eric Zemmour surfe, cette fois, via une tribune dans le Figaro, sur la polémique entourant la présence du nom de Charles Maurras, depuis retirée, dans la liste des commémorations de 2018 établie par le ministère de la Culture.

Selon lui, le chef de file du journal royaliste Action française, qui prônait un nationalisme intégral qui nécessitait d’exclure « les Juifs, les francs-maçons, les métèques, les apatrides » pour permettre à la France de retrouver son essence, « n’était pas raciste et se moquait des nazis. Son antisémitisme était un antisémitisme d’Etat, qui reprochait aux juifs un pouvoir excessif en tant que groupe constitué ».

Quelques historiens, encore une fois, ont exhumé dans une tribune parue dans Libération des pages de l’oeuvre de Charles Maurras – de quoi nuancer cette affirmation.

Ils y affirment à propos de Charles Maurras : « Anti-nazi de type particulier certes, lui qui dans les années 1930 dénonçait le ‘bellicisme juif’ face aux tensions croissantes avec l’Allemagne. Un ‘anti-nazi’ dont le journal n’a cessé de paraître jusqu’à la Libération en ayant comme voisin d’immeuble la Milice française, fondée par des maurrassiens dont bon nombre prêtèrent serment d’allégeance à Adolf Hitler et rallièrent la SS ».

« Curieusement, ajoutent-ils cette Milice, qui traqua sans relâche les Résistants, ne pensa jamais à inquiéter cet ‘antinazi»…' »

Jean-Yves Pranchère, un autre historien signataire se souvient de quelques sorties maurrassiennes (« la juiverie continue à étendre ses tentacules sur le monde » dans le journal Action Française le 16 juin 1944) et rappelle que la mise au ban des juifs était un aspect essentiel de sa doctrine.

Cet historien spécialiste des contre-révolutionnaires dont faisait partie Maurras, rappelle ce passage de Aspect de la France, écrit en mai 1952 : « Laissons au Boche primitif l’antisémitisme de peau, il sera promulgué un antisémitisme d’État qui rendra aux Étrangers selon la formule de la Tour du Pin, leur état civil naturel. Ils seront priés de reprendre rang parmi nos métèques, et ceux-ci, redevenus de simples campeurs, devront déposer le sceptre et la couronne qu’ils ont chipés à l’indigène. »

Pour défendre Maurras, Eric Zemmour s’appuie sur son anti-germanisme et sur le fait que sa doctrine nationale aurait inspiré Charles de Gaulle lui-même, et des intellectuels partisans d’Israël tel Pierre Boutang. Mais la preuve par la descendance n’a qu’une maigre valeur.

Ce qui est ici reproché à Charles Maurras c’est d’avoir participé à faire accepter la mise au ban des Juifs français, une fragilisation de leur statut préalable essentiel à leur destruction partielle. Ce qui le disqualifie assez logiquement d’une célébration nationale, sans pour autant frapper son oeuvre de mise à l’Index.

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