Les relations d’Israël avec le monde anglo-saxon connaissent un renouveau. Si le Premier ministre Benjamin Netanyahu adore évoquer les relations bourgeonnantes avec le monde arabe, dans les mois et les années à venir, c’est un nouveau triumvirat de pays anglophones qui semble vouloir dorénavant former le cœur du soutien international qui est apporté à l’état juif.

La première et la plus importante indication de cette tendance est, bien sûr, le changement qui survient à la Maison Blanche.

L’administration de Donald Trump a fait largement part de ses intentions de faire taire les différends entre Washington et Jérusalem qu’Obama avait commencé à rendre publics, promettant d’amener tout son soutien aux politiques menées par Netanyahu.

De plus, le Royaume-Uni, ces dernières semaines, s’est aligné de manière surprenante et remarquable avec Jérusalem, défiant les Européens et même le consensus mondial.

C’est l’Australie qui vient compléter ce trio. Le pays montre depuis longtemps une amitié exceptionnelle pour Israël mais cet engagement a pris, depuis, encore davantage d’ampleur, lorsque le pays s’est opposé aux mesures anti-israéliennes épousées par le reste du monde.

Le Canada est un quatrième pays anglophone à se présenter comme farouchement loyal envers Israël. Mais contrairement aux Etats Unis, au Royaume Uni et à l’Australie, il est resté silencieux face aux développements diplomatiques dramatiques de ces dernières semaines.

Deux pays restent bizarrement à l’écart de cette tendance : L’Irlande et la Nouvelle-Zélande, dont les relations avec Jérusalem restent tendues.

Seul le monde anglo-saxon soutient inconditionnellement Israël

Face à un Iran chiite en pleine ascension et toujours aussi agressif et face à la menace représentée par le terrorisme djihadiste sunnite, de nombreux gouvernements arabes ont adouci leur inimitié jurée envers l’état juif.

Mais ces liens, qui se concentrent principalement sur la coopération sécuritaire et le partage de renseignement, resteront dans la clandestinité dans un avenir proche dans la mesure où les leaders arabes ne souhaitent guère officialiser leurs relations avec Jérusalem en l’absence d’un accord de paix israélo-palestinien.

La possible relocalisation de l’ambassade américaine à Jérusalem pourrait encore compliquer le quasi-rapprochement – très salué – entre le monde arabe et Israël.

L’Union européenne reste le plus grand partenaire commercial d’Israël et certaines indications semblent montrer que les liens entretenus par les pays européens avec Israël s’amélioreront en 2017.

Mais la position de l’UE sur le processus de paix, en particulier ses objections véhémentes à l’expansion des implantations et aux démolitions israéliennes des constructions que l’Union a pu financer en Cisjordanie, continuera à dominer les interactions bilatérales et fera probablement de l’ombre à toute vraie détente entre les deux parties.

Même l’Allemagne, qui est l’allié le plus proche d’Israël sur le continent, a fait part de son doute quant à la volonté d’Israël d’aboutir à une solution à deux États.

En comparaison, les nations anglophones majeures semblent prêtes, en 2017, à renforcer leurs alliances avec Israël – et elles sont déjà fortes – indépendamment des événements en Cisjordanie.

Le président élu Trump a fait campagne via une plate-forme radicalement pro-israélienne, qui comprend non seulement la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’état juif mais également la relocalisation de l’ambassade là-bas.

Il a également dénoncé l’accord sur le nucléaire passé avec l’Iran et la résolution 2334 du Conseil de Sécurité de l’ONU, dont Obama a permis l’adoption le mois dernier.

De plus, il a nommé plusieurs fervents partisans d’Israël à des postes de haute-responsabilité au sein de son administration, parmi lesquels certains sont de farouches défenseurs des entreprises d’implantation.

Le Premier ministre Netanyahu and le Premier ministre australien, Turnbull (Crédit : Amos Ben-Gershom, GPO)

Le Premier ministre Netanyahu and le Premier ministre australien, Turnbull (Crédit : Amos Ben-Gershom, GPO)

“Nous ne pouvons pas continuer à laisser l’état d’Israël être traité avec tant de dédain et d’irrespect. Ce pays avait auparavant un grand ami auprès des Etats Unis », avait tweeté Trump le mois dernier, « et ce n’est plus le cas maintenant. Le début de la fin a été cet horrible accord sur le nucléaire avec l’Iran, et maintenant, c’est l’ONU ! Garde ta force, Israël, le 20 janvier arrive vite !”

La Première ministre britannique, Theresa May et son homologue australien, Malcolm Turnbull, ont également entrepris récemment des démarches surprenantes et même peu orthodoxes pour afficher leur soutien à Israël.

Le ministère britannique des Affaires étrangères avait pourtant aidé à esquisser la Résolution 2334 qui qualifiait les activités d’implantations comme illégales et le Royaume Uni avait même voté en sa faveur le 23 décembre.

Toutefois, certains éléments indiquent que May n’avait pas connaissance des spécificités de la résolution, ou des raisons qui avaient poussé Israël à la considérer comme inacceptable.

Après le long discours prononcé par le le secrétaire d’Etat John Kerry, le 28 décembre, au cours duquel il a justifié l’abstention des Etats Unis, condamné, une fois encore, les implantations et proposé des paramètres susceptibles de définir un accord de paix entre les Israéliens et les Palestiniens, le 10 Downing Street a émis un communiqué très rare dans son contenu dénonçant le positionnement adopté par le diplomate américain sortant.

“Nous ne pensons pas qu’il soit approprié d’attaquer la composition du gouvernement démocratiquement élu d’un allié”, avait indiqué un porte-parole de May.

Les implantations “sont loin d’être le seul problème dans ce conflit. Et en particulier, le peuple d’Israël mérite de vivre à l’écart de la menace du terrorisme, qu’elle a dû gérer depuis trop longtemps”.

La Première ministre britannique Theresa May lors d'un discours prononcé à l'occasion d'un déjeuner organisé par les Amis conservateurs d'Israël, le 12 décembre 2016. (Crédit : CFI)

La Première ministre britannique Theresa May lors d’un discours prononcé à l’occasion d’un déjeuner organisé par les Amis conservateurs d’Israël, le 12 décembre 2016. (Crédit : CFI)

La défiance de Londres face au positionnement adopté par la communauté internationale a continué, lorsque les Britanniques ont refusé de signer la déclaration de conclusion conjointe d’une conférence consacrée à la paix à Paris, qui appuyait une solution à deux états et appelait les deux parties à relancer les négociations.

Alors que le texte était bien plus modéré que celui de la Résolution du Conseil de Sécurité et qu’il reprenait des positions auxquelles souscrit le Royaume Uni, le Foreign Office a critiqué la conférence pour son organisation inopportune à quelques jours de la prise de fonction de la nouvelle administration américaine et en raison aussi de l’absence des Israéliens comme des Palestiniens.

Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères britannique a déclaré que le sommet de Paris risquait de durcir les positionnements des Palestiniens lors des négociations “à un moment où nous devrions encourager les conditions propices à la paix”.

Même de grands observateurs des relations israélo-britanniques se sont avoués surpris. “J’ai été estomaqué”, a déclaré pour sa part Jonathan Hoffman, ancien vice-président de la Fédération Sioniste du Royaume Uni, à JTA.

Il a affirmé que ces propos représentaient un « moment décisif dans les relations israélo-britanniques et un changement énorme par rapport à tout ce que j’ai pu voir auparavant ».

Elevant encore la barre, le Royaume Uni a bloqué, lundi, l’initiative de la France qui voulait faire adopter le communiqué final de la conférence de Paris par le Conseil des Affaires étrangères de l’UE.

Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères britannique, à sa sortie du 10 Downing Street, le 13 juillet 2016. (Crédit : Oli Scarff/AFP)

Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères britannique, à sa sortie du 10 Downing Street, le 13 juillet 2016. (Crédit : Oli Scarff/AFP)

Les Palestiniens ont réagi avec consternation. « Nous attendions du Royaume Uni en particulier de jouer un rôle efficace dans le système international en rejetant l’occupation israélienne et ses entreprises d’implantations », a déclaré lundi dans la soirée le Secrétaire général de l’Organisation pour la Libération de la Palestine Saeb Erekat.

“Le Royaume Uni devrait revoir ses positions en exigeant qu’Israël prenne ses responsabilités et en soutenant les initiatives palestiniennes et internationales”, a-t-il ajouté.

« Il est temps de mettre un terme à cette injustice historique qui a frappé notre peuple qui fêtera bientôt l’anniversaire de la tristement célèbre Déclaration Balfour ».

(Le mois dernier, May avait qualifié la Déclaration Balfour – qui a marqué le soutien apporté par Londres à la création d’un état juif dans la Palestine mandataire – comme étant « l’une des lettres les plus importantes de l’Histoire”.)

De nombreux responsables et analystes européens interprètent les initiatives inhabituelles prises par May comme étant finalement moins liées à Israël qu’au désir de se rapprocher de Trump.

“C’est de la folie. Il y a seulement trois semaines, les Britanniques ont appuyé la Résolution 2334 du Conseil de Sécurité des Nations Unies [critiquant] les implantations, ils ont voté en sa faveur et maintenant, ils bloquent des Résolutions sur le même sujet au Conseil des Affaires européennes », a déclaré un diplomate de la commission européenne à Haaretz.

« Avec tout le respect que je dois aux Britanniques, c’est impossible de diriger une politique étrangère selon les tweets de quelqu’un ».

Le Royaume Uni, qui a voté l’année dernière sa sortie de l’Union européenne, ne craint plus de défier le consensus européen sur la question du Moyen Orient.

Et en effet, sa nouvelle politique vis-a-vis du processus de paix peut être considérée comme une initiative de réaffirmer l’identité du Royaume Uni en tant que nation souveraine poursuivant une politique étrangère indépendante.

“Ils commencent à se sentir sentir seuls”, a déclaré un haut-responsable européen au Times of Israel.

Le nouveau Premier ministre australien Malcolm Turnbull (à droite) annonce son nouveau cabinet lors d'une conférence de presse à Canberra, le 20 septembre 2015. A ses côtés, la ministre des affaires étrangères Julie Bishop (à gauche). (Crédit : Peter Parks/AFP)

Le nouveau Premier ministre australien Malcolm Turnbull (à droite) annonce son nouveau cabinet lors d’une conférence de presse à Canberra, le 20 septembre 2015. A ses côtés, la ministre des affaires étrangères Julie Bishop (à gauche). (Crédit : Peter Parks/AFP)

L’Australie a longtemps été un ami inconditionnel d’Israël.

Le pays s’est tout d’abord distingué du reste du monde au début de l’année 2014, lorsque la ministre des Affaires étrangères Julie Bishop a refusé lors d’un entretien accordé au Times of Israel de qualifier d’illégales les implantations israéliennes.

Le mois dernier, Canberra a une fois encore rompu avec le consensus international en étant le seul pays dans le monde, à part Israël, à condamner la Résolution 2334 du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Bishop a affirmé que l’Australie se serait probablement opposée au texte et le Premier ministre Malcolm Turnbull — qui a des origines juives – l’a ultérieurement dénoncé comme étant “biaisé” et profondément troublant.

Mais les choses ne se sont pas arrêtées là. Comme le Royaume Uni, Canberra n’a envoyé dimanche qu’une maigre délégation à la conférence de paix de Paris et a fait part de ses inquiétudes sur le communiqué conjoint émis au terme de l’événement.

En revanche, à l’instar de Berlin, Canberra a fait part de son inquiétude suite aux récentes annonces de Jérusalem de construire en Cisjordanie et à Jérusalem Est. « Le gouvernement australien est inquiet de la récente et importante annonce sur les implantations de Cisjordanie. Nous continuons à appeler les deux parties à éviter les actions unilatérales qui diminuent les perspectives d’une solution négociée à deux états », a déclaré Julie Bishop.

Ce positionnement a été vivement critiqué par l’OLP.

“Nous sommes en fait très contrariés par l’Australie”, qui se tient “du mauvais côté de la loi”, a expliqué Hanan Ashrawi, une haut-responsable de l’organisation. Il est « choquant que l’Australie décide de se tenir à l’écart du consensus mondial ».

Erekat, secrétaire-général de l’OLP, a appelé l’Australie à “corriger cette erreur” et à reconnaître l’état de Palestine.

“Les vrais risques qui menacent la paix résident dans de tels positionnements qui offrent l’impunité à Israël et l’encouragent à continuer ses entreprises d’implantations illégales sur la terre de Palestine”, a-t-il expliqué.

Canberra n’a pas hésité à répondre aux critiques d’Erekat, notant que “la position de l’Australie est, depuis très longtemps, qu’un état palestinien ne pourra être créé qu’à travers des négociations directes avec Israël. Ni Israël ni l’Autorité palestinienne n’étaient représentées à la Conférence de Paris”.

Netanyahu a de bonnes raisons d’être ravi à la perspective de travailler aux côtés de trois dirigeants majeurs du monde anglo-saxons, prêts à nager à contre-courant.

Malgré les enquêtes de corruption actuellement menées contre lui, il prévoit d’être le Premier ministre en place à se rendre le mois prochain en Australie pour remercier le pays pour son soutien sans faille.

Il aurait également prévu un déplacement à Washington pour s’y entretenir avec Trump au début du mois février et, au vu des récentes initiatives prises par Theresa May, personne ne serait étonné s’il devait se rendre également à Londres à un moment ou à un autre.