Après 5 années d’immobilisme, l’UE et Israël veulent revaloriser leurs liens
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Après 5 années d’immobilisme, l’UE et Israël veulent revaloriser leurs liens

Malgré leurs désaccords politiques, les responsables confirment qu’une réunion de haut-rang du Conseil d’association pourrait avoir lieu l’année prochaine. Ce serait la première fois depuis 2012

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d'une conférence de presse conjointe avec la cheffe de la politique étrangère de l'UE, Federica Mogherini, à Jérusalem, le 7 novembre 2014. (Crédit :  Amit Shabi/POOL/FLASH90)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lors d'une conférence de presse conjointe avec la cheffe de la politique étrangère de l'UE, Federica Mogherini, à Jérusalem, le 7 novembre 2014. (Crédit : Amit Shabi/POOL/FLASH90)

Après des années au cours desquelles les relations entre l’Union européenne et Israël ont été plutôt fraîches, les liens bilatéraux prendront un tour significatif en 2017, ont indiqué de hauts responsables des deux côtés cette semaine.

Signe notable d’un tel réchauffement, Jérusalem et l’UE sont en train de mener des pourparlers avancés concernant une convocation du Conseil d’association UE – Israël, sommet bilatéral au niveau ministériel, qui aurait lieu au début de la prochaine année. La dernière rencontre de ce type avait eu lieu en 2012.

“Il y a beaucoup de bonnes choses qui sont en train de survenir. Elles sont souvent invisibles à l’oeil nu, mais elles existent”, a expliqué Nicholas Westcott, Directeur général Afrique du Service européen pour l’Action extérieure, alors qu’il était cette semaine en visite à Tel Aviv.

« Nous espérons, dès le début de l’année prochaine, tenir une session du Conseil d’Association, ce qui n’a pas été le cas depuis longtemps et voir au niveau ministériel comment nous pouvons faire avancer notre relation ».

Si un Conseil d’Association UE – Israël devait se tenir en 2017, l’institution de Bruxelles serait probablement représentée par son chef de la politique étrangère, Federica Mogherini, et Israël par le ministre Tzachi Hanegbi, a appris le Times of Israel.

De plus, l’UE « aimerait développer quelque chose que nous appelons priorités de partenariat », a ajouté Westcott, qui est le numéro deux de l’UE dans la gestion des dossiers de diplomatie avec le Moyen Orient après Mogherini. Ces « priorités de partenariat » sont un nouvel outil de régulation des liens bilatéraux qui a émergé après la révision, en 2015, par l’Union européenne de son programme de politique de voisinage.

Les responsables de l'UE Nicholas Westcott, à gauche et Federica Mogherini (Crédit : Chris Kleponis/EEAS)
Les responsables de l’UE Nicholas Westcott, à gauche et Federica Mogherini (Crédit : Chris Kleponis/EEAS)

En visite à Jérusalem cette semaine pour la seconde fois depuis qu’il a pris ses fonctions, Westcott a rencontré plusieurs hauts-responsables du ministère des Affaires étrangères, du Bureau du Premier ministre et du COGAT, la branche de l’armée israélienne chargée de la gestion des affaires civiles en Cisjordanie.

“Nous nous sommes principalement penchés sur la coopération entre l’UE et Israël qui avance dans une direction relativement positive », a-t-il indiqué.

« Nous cherchons des régions où nous pouvons approfondir notre coopération dans le cadre existant et nous commençons à réfléchir à la nature potentielle d’un nouveau cadre appelé à évoluer dans l’avenir ».

Le rapprochement anticipé ne comporte pas une revalorisation officielle des liens. Mais plusieurs officiels des deux côtés ont dit cette semaine qu’il y avait des indications nettes de l’amélioration des relations bilatérales entre Jérusalem et Bruxelles de différentes manières.

Et c’est ce réchauffement qui prévaudra malgré les différences d’opinion persistantes, comme l’opposition véhémente de l’Union à l’expansion des implantations et aux démolitions par l’état juif des structures construites dans la Zone C de Cisjordanie qui avaient été financées par l’Union Européenne.

Il y a des “signes significatifs que les relations bilatérales progressent et qu’elles avancent”, a dit un haut-responsable de l’UE, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

Emmanuel Nahshon, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a reconnu la vérité de cette évaluation et a confirmé les discussions en cours portant sur la convocation du Conseil d’Association UE-Israël dans un avenir proche.

Il a ajouté que ce forum particulier n’est qu’une des facettes des multiples expressions du dialogue bilatéral entre Jérusalem et Bruxelles, comme le Séminaire annuel entre l’Union européenne et l’état juif consacré à la Lutte contre le Racisme, la Xénophobie et l’Antisémitisme, qui aura lieu à la fin du mois.

La dernière revalorisation majeure des liens avait échoué lors de l’opération ‘Plomb Durci’

Après la dernière session – la 11ème – du Conseil d’Association UE–Israël, qui s’était tenue en 2012 à Bruxelles, l’Union avait expliqué avoir considéré l’événement comme étant une « démonstration de l’importance que l’Union européenne attache à ses relations avec l’Etat d’Israël ».

La réunion du conseil avait réaffirmé « l’importance d’un plus grand développement de notre large partenariat bilatéral », avait indiqué l’UE dans un communiqué émis à ce moment-là.

Jérusalem avait répondu en déclarant ne pas souhaiter signer d’autres accords avec Bruxelles avant que l’Union européenne ne “clarifie” ses nouvelles réglementations. Dans le sillage des querelles vives concernant l’adoption de ces règlements, aucun Conseil d’Association n’avait été organisé cette année-là ni les années suivantes.

Les relations entre les deux entités avaient une fois de plus souffert en novembre 2015, lorsque l’Union avait demandé à ses états-membres d’étiqueter certains produits israéliens fabriqués hors des lignes de la frontière pré-1967. Furieux, les officiels israéliens avaient promis d’écourter les liens bilatéraux, parmi des accusations d’antisémitisme.

“Nous devons reprendre notre relation avec l’UE”, a expliqué au mois de Janvier le 1er ministre Benjamin Netanyahu.

« Il y a une tendance naturelle au sein de l’institution de l’Union européenne de distinguer Israël des autres pays en le traitant d’une manière dont elle ne traite aucun autre, en particulier les autres démocraties », avait-il dit. « Et je pense que l’institution a tort. Je pense que cette manière de faire doit être corrigée ».

‘Nous pensons que faire des progrès dans le processus de paix est important pour la stabilité générale de la région”.

Toutefois, à l’issue d’une rencontre avec Mogherini, le mois suivant, Netanyahu avait estimé être prêt à enterrer la hache de guerre.

“Israël et l’Union européenne ont convenu de remettre sur les rails les relations qui existent entre nous”, avait-il dit. Mogherini lui avait donné l’assurance que l’étiquetage était “non contraignant” et qu’il ne reflétait pas la position de Bruxelles sur les frontières finales de l’état juif, avait-il ajouté.

“Bien sûr, cela n’exclut toute possibilité de friction. Il y a des choses sur lesquelles nous sommes en désaccord”, avait-il indiqué.

En effet, l’opposition de longue date de l’UE à l’expansion des implantations israéliennes a été l’une des sources de tensions les plus vives dans les relations bilatérales, qui sont ancrées dans l’Accord d’Association UE-Israël qui avait été signé en l’an 2000.

En 2005, les deux parties s’étaient accordées sur un “Plan d’action”, importante convention bilatérale qui cherchait à « intégrer peu à peu Israël dans les politiques et les programmes européens ».

En 2008, les deux parties s’étaient accordées pour moderniser le Plan d’Action, mais en raison du lancement, en Israël, de l’opération Plomb Durci contre le Hamas quelques mois plus tard – et des querelles continues relatives aux implantations – Bruxelles avait pris la décision de geler ces négociations.

Le rapprochement actuel entre Israël et l’UE est à un stade fragile et n’implique pas des négociations en vue d’un nouveau Plan d’Action, ont souligné les hauts responsables des deux côtés cette semaine. L’actuel Plan d’Action reste toutefois en vigueur.

Malgré cette détente attendue, l’Union reste fortement opposée à la construction par Israël d’unités de logement au-delà de la Ligne Verte. Westcott, haut-diplomate de l’UE qui était cette semaine à Tel Aviv, a demandé à l’état juif de prendre des mesures urgentes pour trouver un accord de paix avec les Palestiniens.

https://twitter.com/NickWestcottEU/status/804052600542924801/photo/1?ref_src=twsrc%5Etfw

« Nous ne considérons pas que le statu quo soit indéfiniement stable. Il peut devenir de plus en plus instable, de manière imprévisible », a-t-il indiqué. « Quelque chose se passera – tôt ou tard. Mais ce n’est pas durable, alors nous devons trouver une autre solution que le statu quo. Ce n’est pas un statut stable, il évolue en permanence. Et vous ne pouvez jamais savoir à quel point cela basculera, et de quelle façon cela basculera ».

Westcott a exprimé son désaccord avec l’assertion – souvent faite par Netanyahu et d’autres leaders israéliens – que les crises régionales actuelles signifient qu’Israël ne doit pas se précipiter pour faire des concessions territoriales.

“L’instabilité régionale combinée à l’incertitude qui plane sur le Moyen Orient en général est un facteur qui rend, du point de vue de l’UE, plus important encore le progrès dans le processus de paix, et non pas moins », a-t-il affirmé. « Nous pensons que les progrès dans le cadre du processus de paix sont importants pour la stabilité régionale globale ».

Westcott a également indiqué qu’il constate une amélioration au niveau des incitations des Palestiniens contre les Israéliens. Le gouvernement a récemment apporté à son attention « un ou deux » exemples d’incitations, mais « pas beaucoup », a-t-il confié au Times of Israel.

Il est possible que les Palestiniens aient réalisé, à la lumière des critiques croissantes émanant de la part des communautés internationales, que l’incitation est impuissante dans leur tentative de trouver un accord avec Israël, a déclaré Westcott. « Et les Palestiniens ont intérêt à construire un environnement favorable à une solution à deux états ».

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