Le Néguev, nouvel eldorado touristique ?
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Le Néguev, nouvel eldorado touristique ?

Souvent ignoré par les circuits traditionnels, le désert regorge pourtant d’activités, certaines organisées par des francophones

  • Le jardin de la maison d'hôtes Krivine, à Midreshet Ben Gourion, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
    Le jardin de la maison d'hôtes Krivine, à Midreshet Ben Gourion, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
  • Le Nahal Zin (lit de rivière asséché), un sentier de randonnée très populaire dans le Néguev, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
    Le Nahal Zin (lit de rivière asséché), un sentier de randonnée très populaire dans le Néguev, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
  • Le jardin abritant les tombes de David et Paula Ben Gourion, à Midreshet Ben Gourion, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
    Le jardin abritant les tombes de David et Paula Ben Gourion, à Midreshet Ben Gourion, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
  • Vallée de la Zin, dans le désert du Néguev, avec le pic d'Avdat au loin, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
    Vallée de la Zin, dans le désert du Néguev, avec le pic d'Avdat au loin, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
  • Le guide touristique Arthur du Mosch sur son cheval lors d'une randonnée équestre dans le désert du Néguev, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
    Le guide touristique Arthur du Mosch sur son cheval lors d'une randonnée équestre dans le désert du Néguev, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
  • Le guide touristique Arthur du Mosch lors d'une randonnée équestre dans le désert du Néguev, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
    Le guide touristique Arthur du Mosch lors d'une randonnée équestre dans le désert du Néguev, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
  • Une église nabatéenne en ruines sur le site de Shivta, dans le désert du Néguev, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
    Une église nabatéenne en ruines sur le site de Shivta, dans le désert du Néguev, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
  • Les ruines de la ville nabatéenne de Shivta, surplombant le désert du Néguev, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
    Les ruines de la ville nabatéenne de Shivta, surplombant le désert du Néguev, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
  • Le café Ezuz, dans le village d'Ezuz (Néguev), tenu par un couple de Français, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
    Le café Ezuz, dans le village d'Ezuz (Néguev), tenu par un couple de Français, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
  • Panomara du Néguev depuis le village d'Ezuz, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
    Panomara du Néguev depuis le village d'Ezuz, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
  • Dîner à la maison d'hôtes Krivine, avec une touriste israélienne et le guide Arthur du Mosch, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
    Dîner à la maison d'hôtes Krivine, avec une touriste israélienne et le guide Arthur du Mosch, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)

Les touristes se rendant en Israël ont généralement un itinéraire bien précis : les plages de Tel Aviv, les lieux saints de Jérusalem, éventuellement de la plongée à Eilat et un tour en Galilée, mais rarement plus. Le Néguev n’est qu’un désert traversé en bus ou en avion pour se rendre au bord de la mer Rouge.

Pourtant, progressivement, les chiffres du tourisme augmentent : selon Haaretz, on compte plus de 30 % d’entrées supplémentaires au parc naturel de Dimona, et une même tendance pour les ruines d’Avdat et d’autres parcs naturels.

Même s’il s’agit, selon des professionnels du tourisme, majoritairement de randonneurs israéliens qui ont surmonté leur aversion pour le désert après un service militaire dans une base reculée, les touristes étrangers sont de plus en plus nombreux à affluer.

« Nous recevons pas mal de Français, car nous sommes mentionnés dans des guides, mais aussi des germanophones et des anglophones », confirme Marion Krivine, arrivée de France en 1997 et gérante de la maison d’hôtes Krivine à Midreshet Ben Gourion.

A 40 minutes en bus de Beer-Sheva, le village de 400 familles abrite un campus de l’université Ben Gourion du Néguev, célèbre pour la qualité de ses études sur le désert, qui assure le dynamisme de cette communauté. Les tombes de David Ben Gourion et de sa femme Paula reposent aussi dans le village, dans un jardin magnifiquement aménagé, attirant les visiteurs.

Le jardin abritant les tombes de David et Paula Ben Gourion, à Midreshet Ben Gourion, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
Le jardin abritant les tombes de David et Paula Ben Gourion, à Midreshet Ben Gourion, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)

Un désert pas si vide

« Quand ils entendent le mot ‘désert’, les touristes ont souvent peur », confie John, l’époux britannique de Marion, mine d’informations sur sa région d’adoption et toujours prêt pour une leçon d’histoire. « Ils sont persuadés qu’il n’y a rien à faire », reprend Marion, « et surtout, qu’on ne peut pas le visiter en été. Bien sûr, nous ne conseillons à personne de randonner à midi au mois de juillet. Mais tôt le matin ou en fin d’après-midi, les températures sont tout à fait agréables, et il fait même frais la nuit ». Les invités sont donc priés de se couvrir avant de dîner d’un délicieux repas préparé par le couple sur la terrasse.

La maison d’hôtes des Krivine, qui peut accueillir jusqu’à quatre familles dans des chambres avec véranda et cuisine, fait d’ailleurs mentir les idées reçues sur un désert sec et aride : le jardin abrite un bassin où se prélassent des carpes japonaises, et le visiteur épuisé par une randonnée à pied ou à cheval peut se reposer dans le hamac ou dans les fauteuils, bercé par la musique du vent dans les arbres en profitant du silence caractéristique du désert.

Le Nahal Zin (lit de rivière asséché), un sentier de randonnée très populaire dans le Néguev, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
Le Nahal Zin (lit de rivière asséché), un sentier de randonnée très populaire dans le Néguev, le 27 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)

« Nous proposons toutes sortes d’activités à nos hôtes », explique le couple. Et le choix est vaste : Midreshet Ben Gourion est un bon point de départ pour plusieurs randonnées dans la région, notamment le Nahal Zin, rivière asséchée qui court jusqu’à la mer Morte. Un service de location de vélos est proposé dans le village. Haïm fait découvrir la faune sauvage de nuit lors de tours en jeep. Et les budgets plus importants pourront découvrir la région depuis… une montgolfière.

Quant aux amoureux des chevaux, il leur suffit de se rendre au kibboutz de Sde Boker, à quelques minutes en voiture, pour une randonnée d’une heure, une demi-journée ou plus avec Arthur qui, ce n’est pas un secret, « aime les chevaux plus que les hommes », selon John.

Néerlandais vivant en Israël depuis trente ans, ce personnage qui ne semble jamais quitter son uniforme de ranger, même pour dîner chez les Krivine, est tombé amoureux du désert et en a fait son lieu de travail. Guide agréé par le ministère, polyglotte, il propose des tours en jeep et à pied, mais surtout à cheval, fort de la relation unique qu’il entretient avec ses chevaux. Mais, faute d’autorisation du gouvernement, il ne peut pas réaliser son rêve ultime : « ouvrir un centre de soins par le cheval, où des personnes handicapées ou en rééducation pourraient venir travailler avec les chevaux », confie-t-il.

Le guide touristique Arthur du Mosch lors d'une randonnée équestre dans le désert du Néguev, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
Le guide touristique Arthur du Mosch lors d’une randonnée équestre dans le désert du Néguev, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)

L’attrait mystique du Néguev

Mais il n’y en a pas que pour les sportifs. Les férus d’histoire, d’archéologie ou de gastronomie trouveront aussi leur bonheur dans le Néguev. En effet, le désert abrite une partie de la route de l’encens qui, pendant des siècles, reliait l’Iran à la mer Méditerranée, avec des relais réguliers tenus par le mystérieux peuple des Nabatéens. En Israël, quatre cités nabatéennes sont visitables, et classées au patrimoine mondial de l’Unesco : Avdat, la plus proche de la Midrasha, Haluza, Mamshit et Shivta.

Pour John Krivine, arrivé du Royaume-Uni il y a trente ans et dont l’installation dans le désert du Néguev était une « évidence », ces ruines pourraient d’ailleurs être mieux mises en valeur, surtout celles de Shivta, perdues au fond du Néguev, près de la frontière égyptienne.

« Mais personne ne s’intéresse aux Nabatéens », se désole-t-il. Il espère qu’un jour, comme Ben Gourion l’avait souhaité, le Néguev – qui représente 60 % du territoire israélien – sera peuplé de Juifs, bravant l’aridité et l’isolement, investis de la mission sioniste.

Une église nabatéenne en ruines sur le site de Shivta, dans le désert du Néguev, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
Une église nabatéenne en ruines sur le site de Shivta, dans le désert du Néguev, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)

Mais il faut plus que des prix du logement plus bas qu’à Tel Aviv pour attirer les nouveaux immigrants ou les jeunes Israéliens : la plupart des habitants du désert se sont sentis appelés par l’endroit, et ne vivraient nulle part ailleurs. Des Français ont ainsi sauté le pas : Marion Krivine, bien sûr, quelques guides francophones, mais également Peggy et Eyal qui, à Ezuz, tiennent le seul café du village.

Le café Ezuz, dans le village d'Ezuz (Néguev), tenu par un couple de Français, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)
Le café Ezuz, dans le village d’Ezuz (Néguev), tenu par un couple de Français, le 28 mai 2016. (Crédits : Héloïse Fayet / Times of Israel)

Proche de la frontière égyptienne, ancienne base militaire, Ezuz est désormais une communauté atypique où l’on trouve une trentaine de familles ainsi qu’un élevage de chèvres produisant un fromage de qualité. Le café Ezuz est le centre névralgique du village : réputé pour ses concerts et sa nourriture exclusivement à base de produits frais et locaux, cultivés dans les moshavim des alentours, l’ancienne soucca, à la vue imprenable sur la vallée, fait la fierté du couple francophone. Ces anciens restaurateurs à Neve Tsedek ont tout quitté pour la pureté du désert.

Sirotant un jus d’orange fraîchement pressé, les clients contemplent le paysage, les collines rocheuses couvertes de buissons résineux, une vue bien différente du cratère de Mitzpe Ramon ou de la vallée de la Zin, pourtant à moins d’une heure en voiture. Le désert est encore une oasis de paix et de calme : l’augmentation du tourisme, si elle est souhaitable pour le développement économique de la région, devra également se faire en harmonie avec la nature.

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