L’accord sur le nucléaire entre l’Occident et l’Iran donne à Téhéran jusqu’à trois mois pour dissimuler ses activités nucléaires illicites dans des endroits jusque ici non révélés, et non 24 jours tel que le revendiquent ceux qui soutiennent l’accord, a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu jeudi.

Si l’Iran honore l’accord, il sera en mesure de construire de nombreuses armes nucléaires avec la bénédiction de la communauté internationale, a-t-il déploré au cours d’une rencontre avec les correspondants diplomatiques israéliens à son bureau de Jérusalem.

« Le régime des inspections est plein de trous », a déclaré Netanyahu. « Cet accord est terrible. Il est préférable de ne pas avoir d’accord que d’avoir celui-ci ».

En vertu du Plan conjoint d’action global que les puissances mondiales ont signé avec l’Iran plus tôt ce mois-ci, l’Iran a 24 jours avant qu’il ne doive donner accès aux inspecteurs internationaux à des sites non déclarés jusqu’ici où ils soupçonnent qu’il y a une activité nucléaire.

Mais, a poursuivi Netanyahu, s’il ne parvienne à aucune entente pendant ce délai, l’accord précise que la plainte sera présentée à un autre comité pour essayer de combler le différend, qui traitera de la question pendant encore 30 jours.

Si l’Iran refuse toujours de laisser les inspecteurs entrer sur le site et si le Conseil de sécurité des Nations unies est impliqué, il faudra encore 30 jours avant que toute action ne soit prise, a expliqué le Premier ministre.

« Cela pourrait prendre au total trois mois », a déclaré Netanyahu.

Pendant la séance d’information sur l’accord, interrompue uniquement par un appel téléphonique au cours duquel Netanyahu a discuté de l’accord avec l’Iran et d’autres questions régionales avec le président russe Vladimir Poutine, le Premier ministre s’est attaqué avec véhémence à l’accord, en affirmant qu’il mettait en danger l’existence d’Israël.

« Encore 10 à 15 ans, et l’Iran va devenir un pays au seuil nucléaire avec le potentiel de construire des armes nucléaires – avec permission et autorisation », a-t-il évalué.

Si le Congrès des États-Unis rejette l’accord, « cela permettra d’éviter le grand danger que l’Iran devienne une puissance légitime au seuil nucléaire en 10 ans », a ajouté Netanyahu.

L’opposition à l’accord est en croissance constante, a-t-il assuré, en particulier chez les Américains.

« Chaque jour qui passe, il y a de plus en plus d’opposants à cet accord. Plus une personne en apprend à propos de l’accord, plus il s’y oppose », a expliqué Netanyahu. « Cela est vrai parmi la population américaine aussi. Le débat américain [relative à l’accord] est importante et vous le voyez évoluer ».

Le Premier ministre a mentionné un article critique de Leon Wieseltier, un critique fréquent des politiques de Netanyahu, comme preuve que les Juifs et les Américains étaient unis dans leur opposition à cet accord.

« Cela prouve que vous n’avez pas à être un Juif de droite pour critiquer cet accord. Vous ne devez également pas à être un Juif pour rejeter cet accord ».

Un récent sondage a montré que les Américains, ainsi que les Juifs américains, étaient divisés quant à savoir s’ils devaient ou non soutenir cet accord. Les Juifs religieux sont plus susceptibles de s’opposer à l’accord, selon la plupart des enquêtes.

Il a précisé que les Etats arabes sunnites de la région partageaient ses préoccupations au sujet du pacte.

« La plupart des Etats arabes sunnites ne se contentent pas de critiquer l’accord, ils le rejettent entièrement. Ils sont outrés par l’accord », a-t-il affirmé. « Il y a des menaces très concrètes sur notre existence. Nous ne sommes pas les seuls à le comprendre. D’autres le comprennent aussi ».

Ces commentaires semblaient contredire les propos du secrétaire à la Défense des États-Unis Ashton Carter, qui a déclaré plus tôt ce mois-ci que l’Arabie saoudite avait montré un léger soutien à l’accord. Au Conseil de sécurité des Nations unies, la Jordanie, un autre Etat sunnite, a voté pour l’accord.

Netanyahu a également précisé qu’Israël n’avait pas accès à tout le contenu des annexes secrètes de l’accord signé par l’Iran et les puissances mondiales. « Nous n’avons pas reçu toutes les parties de l’accord », a-t-il révélé, sans toutefois accepter de donner plus de précisions.

Mercredi, le conseiller à la Sécurité nationale Yossi Cohen, a déclaré aux députés de la Knesset qu’Israël était tenu dans l’ignorance sur les annexes.

« Contrairement aux promesses, Israël n’a pas encore reçu tous les annexes de l’accord signé entre l’Iran et les puissances mondiales », a indiqué Cohen, un ancien chef adjoint du Mossad, aux membres de la commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset.

L’accord sur le nucléaire est actuellement examiné par le Congrès, qui votera probablement sur l’opportunité de le soutenir en septembre.

Netanyahu a par ailleurs indiqué qu’il fera pression contre l’accord aux États-Unis, même au prix de froisser ses relations avec la Maison Blanche.

Au cours de la conversation avec Poutine, le président russe a déclaré que l’accord « a fourni des garanties fiables » que le programme nucléaire iranien sera exclusivement pacifique, selon le Kremlin.

Poutine a déclaré que l’accord aiderait à garantir la non-prolifération nucléaire et allait « avoir un impact positif sur la sécurité et la stabilité au Moyen-Orient ».