Ruée vers les aéroports du Kurdistan d’Irak
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Ruée vers les aéroports du Kurdistan d’Irak

Washington appelle au dialogue ; Le référendum sur l'indépendance a été rejeté par les pays voisins comptant des minorités kurdes, l'Iran, la Turquie ou la Syrie

L'aéroport international d'Erbil, la capitale de la région kurde irakienne autonome , le 23 novembre 2015. Illustration. (Crédit : Safin Hamed/AFP)
L'aéroport international d'Erbil, la capitale de la région kurde irakienne autonome , le 23 novembre 2015. Illustration. (Crédit : Safin Hamed/AFP)

Les étrangers se pressaient vendredi dans les aéroports d’Erbil et de Souleimaniyeh, quelques heures avant l’arrêt des vols internationaux depuis et le Kurdistan irakien, imposé par Bagdad en réponse au référendum d’indépendance dans cette région.

Pour tenter d’empêcher un blocus contre cette région indépendantiste, le ministère des Transports du Kurdistan a demandé dans une lettre au pouvoir central à Bagdad « d’ouvrir des négociations sur sa décision au sujet des vols », selon un communiqué. « On attend toujours une réponse ».

Mais le ton n’est pas à la conciliation, après la tenue, contre l’avis de Bagdad, d’un référendum lundi dans la région autonome du Kurdistan (nord), qui a vu la victoire massive du oui.

Même si les autorités kurdes ont cherché à calmer le jeu en disant qu’elles ne proclameraient pas systématiquement l’indépendance, les autorités à Bagdad ont choisi de prendre des mesures de rétorsion et exclu dans l’immédiat tout dialogue.

« Il n’y a aucune négociation, ni officielle, ni secrète, avec les responsables kurdes. Et il n’y en aura pas tant qu’ils ne déclareront pas les résultats du référendum caducs, et ne remettront pas aux autorités de Bagdad leurs postes-frontières, leurs aéroports et les régions disputées, a dit un haut responsable irakien.

Jeudi, le pouvoir central a décidé la suspension à partir de vendredi 18h00 locales (15h00 GMT) de tous les vols internationaux en provenance et vers les aéroports d’Erbil, la capitale du Kurdistan, et de Souleimaniyeh, au Kurdistan.

A Souleimaniyeh, « il y a foule depuis deux jours. Ceux qui partent sont des étrangers, des Arabes et des Kurdes ayant une autre nationalité », a affirmé à l’AFP Dana Mohammad Saïd, porte-parole de l’aéroport.

Agglutinés aux guichets

« Ceux qui arrivent sont des Kurdes qui se trouvaient à l’étranger pour affaires ou tourisme. Ils rentrent précipitamment pour éviter » d’être bloqués à l’étranger, a-t-il dit, précisant qu’après 18H00, il n’y aurait plus que des vols intérieurs.

A Erbil, une centaine de personnes étaient agglutinées aux guichets.

Le panneau d’affichage indiquait que le dernier vol serait pour Vienne à 16H00 (13H00 GMT) mais en revanche ceux pour Ankara à 17H50 et Doha à 19H00 étaient annulés.

Le trafic aérien au Kurdistan dépend de l’Aviation civile à Bagdad qui avait dit jeudi que la décision pour les vols intérieurs serait prise ultérieurement.

Cette décision de suspendre les vols internationaux pour une période indéterminée a poussé les nombreux étrangers à se précipiter dans les avions encore disponibles. Les étrangers entrent au Kurdistan avec un visa délivré par les autorités kurdes, qui est non reconnu par Bagdad, et ils ne peuvent donc se rendre ailleurs en Irak.

Une fermeture prolongée du trafic aérien aurait en outre des conséquences potentiellement dramatiques pour les organisations humanitaires.

« Un grand nombre de réfugiés utilisent l’aéroport et nous étions un pont entre la Syrie et l’ONU pour l’envoi de l’aide humanitaire », a expliqué la directrice de l’aéroport d’Erbil, Talar Faiq Saleh. Elle a aussi ajouté que l’aéroport était fréquenté par des membres des forces de la coalition internationale anti-jihadistes.

Washington prêt à « faciliter » un dialogue entre Irak et Kurdes

Dans cette crise, le Kurdistan a montré aucune volonté de céder tout en appelant au dialogue. Il a ainsi rejeté les décisions prises par Bagdad à son encontre, en dénonçant une « punition collective ».

Les Etats-Unis sont prêts, si les principales parties les sollicitent, à « faciliter » un dialogue entre le gouvernement irakien et les Kurdes pour trouver une solution à la crise née du référendum pour l’indépendance du Kurdistan, a déclaré jeudi le département d’Etat américain.

« Nous voudrions voir un peu de calme de tous les côtés », a expliqué la porte-parole du département d’Etat Heather Nauert devant la presse à Washington. « Les Etats-Unis ne veulent rien faire qui aggraverait les tensions », a-t-elle assuré.

Washington avait dit son opposition, avant le vote de lundi, à ce référendum rejeté par le gouvernement de Bagdad et les pays voisins qui comptent des minorités kurdes, comme l’Iran et la Turquie. « Nous pensions qu’il serait déstabilisateur » pour la région, et « malheureusement c’est ce qui se produit, c’est déstabilisateur », a estimé la porte-parole de la diplomatie américaine.

« Les Etats-Unis, si on leur demande, sont disposés à aider à faciliter une conversation entre les deux parties », Bagdad et les autorités kurdes irakiennes d’Erbil. « Nous sommes amis avec les Kurdes, nous sommes amis avec le gouvernement central irakien », et « nous allons continuer à proposer notre assistance pour aider à faciliter un dialogue, si on nous le demande », a-t-elle ajouté.

Le porte-parole de la coalition internationale anti-jihadistes, le colonel Ryan Dillon, a souligné l’impact de ce référendum sur les offensives contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Irak. « L’objectif, qui était comme un rayon laser dirigé contre l’EI, ne l’est plus à 100 % », a-t-il regretté.

Vendredi, les forces irakiennes ont lancé un assaut pour briser les défenses de l’EI à Hawija, dernier bastion du groupe dans le nord de l’Irak. Hawija est située dans la province de Kirkouk, limitrophe du Kurdistan.

Le référendum sur l’indépendance du Kurdistan a été en outre rejeté par les pays voisins comptant des minorités kurdes, l’Iran, la Turquie ou la Syrie.

Jeudi, le Premier ministre turc Binali Yildirim a demandé la tenue d’un sommet Ankara-Téhéran-Bagdad afin de coordonner les mesures à prendre. La Turquie est la seule porte permettant à Erbil d’exporter son pétrole via un oléoduc débouchant dans le port turc de Ceyhan et une fermeture des vannes pourrait asphyxier le Kurdistan.

Binali Yildirim, le Premier ministre turc. (Crédit : capture d'écran AFP/chan)
Binali Yildirim, le Premier ministre turc. (Crédit : capture d’écran AFP/chan)
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