Des travaux de construction urgents sur l’autoroute principale entre Jérusalem et Tel Aviv, l’une des routes les plus empruntées et des plus dangereuses du pays, ont été arrêtés aux cours des récentes semaines à cause d’un entrepreneur qui est passé en redressement judiciaire. Certains des tronçons qui subissaient des réparations et des remises à niveau, sont maintenant en train de se désintégrer, augmentant sérieusement les dangers.

Les travaux majeurs sur l’autoroute devaient initialement être achevés en 2017, mais ce délai ne sera visiblement pas tenu, laissant les conducteurs face à un potentiel danger, expliquent les experts. Le ministère des Transports a déclaré qu’il espérait reprendre les travaux sur le tronçon dans les prochains jours.

Les accidents de la route constituent une cause majeure de décès en Israël, dépassant même les guerres et le terrorisme. Mardi, huit femmes de la ville de Bédouins de Hura ont été tuées et des dizaines ont été blessées lorsque leur bus est entré en collision avec un tracteur qui était remorqué par un camion dans une autoroute du sud. Certains officiels jugent que l’infrastructure de l’autoroute est la raison de l’accident.

La route 1, qui va de Tel Aviv à la mer Morte en passant par Jérusalem, est en train d’être modernisée. C’était prévue depuis une dizaine d’années, mais les travaux ont seulement débuté en 2013. Ces travaux ont entraîné la fermeture de files, d’accotements et de sorties sur une grande portion de l’autoroute aux abords de Jérusalem.

Le ministère des Transports affirme que lorsque les travaux seront finis, les routes seront plus sécurisées, plus rapides et plus agréables. Le trajet entre Tel Aviv et Jérusalem devrait prendre 30 minutes au lieu des 45 à 60 minutes actuelles, une fois que les travaux seront terminés.

La fin des travaux est prévue pour 2017, mais cela ne sera surement pas le cas. L’un des principaux entrepreneurs qui effectue les travaux, Mordechai Binyamin & Sons Earthworks est en redressement judiciaire et leurs travaux sur la portion d’autoroute qui leur avait été assignée ont été interrompus.

Et pour aggraver la situation, à cause de la démolition partielle des sections de la route qui a eu lieu au cours du processus de construction, les couches protectrices de béton ont commencé à se désintégrer. En conséquence, de grands nids de poule ont commencé à se développer sur certaines parties de la route, et c’est devenu pire avec les récentes pluies abondantes.

Des dizaines de conducteurs se sont retrouvé avec des pneus à plat après avoir conduit sur les nids de poule au cours de ces dernières semaines. Des dizaines d’accrochages ont eu lieu entre les automobilistes lorsque l’un d’eux fait une embardée pour éviter les obstacles.

En outre, de nombreux panneaux d’avertissement qui alertaient les automobilistes des dangers sur la route ont été supprimés, provoquant plus d’accidents lorsque les conducteurs, pris de panique, ne sont pas sûrs de savoir quoi faire aux moments critiques, indiquent les experts en circulation.

La section concernée correspond à un segment de huit kilomètres entre Shaar Hagai et Shoresh. Il s’agit d’une section particulièrement problématique car il y a une montée très raide que de nombreux camions et certaines voitures empruntent à très faible allure. Les conducteurs impatients, explique le ministère des Transports, y provoquent souvent des accidents.

Achever les travaux sur ce segment s’avère prioritaire pour moderniser la route 1. Mais rien n’a été fait pendant des semaines ; les équipements lourds sont placés sur le bas-côté, les superviseurs errent sans but, sans équipe à diriger, et il n’y a personne pour enlever le cône de circulation qui se retrouve par hasard sur l’autoroute.

Lorsqu’il a répondu à l’appel d’offres pour la construction du segment, Mordechai Binyamin & Sons Earthworks était l’une des plus grandes infrastructures de terrassement et l’une des plus importantes entreprises de construction en Israël.

Toutefois, la société se retrouve maintenant avec une dette qui s’élève à 178 millions de shekels et n’a pas les moyens d’y faire face.

Au cours d’une audience de justice, la société a déclaré que ses pertes étaient dues à des changements du calendrier selon lequel l’Etat était censé payer. Le tribunal a déclaré qu’il chercherait une autre société, plus solvable, pour racheter l’entreprise en faillite, mais aucun candidat n’a été trouvé.

Le ministère des Transports affirme qu’il a travaillé d’arrache-pied pour trouver un remplaçant à l’entreprise en faillite, et devrait embaucher la firme de construction Einav-Ahets pour terminer les travaux.

Il a déclaré que les travaux devraient reprendre dans les prochains jours. Dans un communiqué, le ministère a indiqué que le projet de rénovation a été divisé en cinq : « Une partie de notre stratégie vise à minimiser les inconvénients pour les conducteurs. Les travaux sur le projet de la route 1 se poursuivent avec vigueur, et nous nous attendons à être en mesure de nous en tenir à notre calendrier sur l’ensemble du projet, sauf peut-être pour le segment entre Shaar Hagai et Shoresh ».

L'interprétation d'un artiste de la Route 1 (Crédit : Netivei Yisrael)

La Route 1 vue par un artiste (Crédit : Netivei Yisrael)

La collision mortelle de mardi à la jonction Lehavim – où les routes 31 et 40 se rencontrent – tire la sonnette d’alarme quant aux dangers potentiels. Lehavim a longtemps été considéré comme l’un des carrefours les plus dangereux d’Israël.

En moyenne, neuf personnes sont mortes chaque année depuis 10 ans dans des accidents de la circulation sur la route 31. Même si c’est une zone très fréquentée, la jonction Lehavim n’a rien avoir avec le volume de trafic qui anime la route 1 – et est, selon les experts de la circulation, en bien meilleur état que les segments de l’autoroute 1, qui sont rénovés.

Les équipes de secours sur les lieux d'un accident qui a tué 8 personnes et blessé 20 autres (Crédit :  Shalom Ben Tzur/Zaka Spokesperson)

Les équipes de secours sur les lieux d’un accident qui a tué 8 personnes et blessé 20 autres (Crédit : Shalom Ben Tzur/Zaka Spokesperson)

Le projet de rénovation de l’autoroute 1 est prévu depuis des décennies –  le gouvernement espère depuis longtemps redresser une route sinueuse et escarpée qui longe des collines.

L’autoroute 1 s’étend entre le sud de Tel Aviv et l’entrée ouest de Jérusalem.

Au départ de Tel Aviv, la route est relativement confortable avec trois voies suffisamment larges, dans les deux directions sur les 40 premiers kilomètres.

De plus, certaines portions de cette route ont été élargies à quatre voies grâce au projet de rénovation, qui a notamment « lissé » plusieurs courbes. Des mesures de sécurité ont été mises en place comme un meilleur éclairage et des accotements plus larges.

C’est lorsqu’on arrive aux contreforts de Jérusalem que les ennuis commencent.

Cela commence à l’échangeur autoroutier de Shaar Hagai où la route 1 se rétrécit et devient alors une route à deux voies dans les deux sens, avec la route qui suit la courbure des collines qu’il traverse. Le résultat est un chemin de montagne sinueux où la limite de vitesse de 80 kilomètres par heure est le même que sur les routes de campagne à une seule voie dans l’arrière-pays d’Israël.

L’autoroute 1 suit le sentier historique, utilisé depuis des milliers d’années, qui parcourt les collines pour atteindre la ville sainte depuis la plaine côtière, et certaines parties ont été construites à la hâte pour permettre l’accès à Jérusalem lorsque les Jordaniens ont repris certaines portions de la route après la guerre d’Indépendance en 1948.

Après la guerre des Six jours en 1967, les plans ont été dessinés pour redresser certaines parties de la route près de Latrun, à mi-chemin entre Jérusalem et Tel Aviv. La route passe au-dessus de la ligne verte à plusieurs reprises.

Les travaux de rénovation, qui ont commencé en 2013 après cinq années de discussions – principalement en raison de l’opposition affichée des groupes de défense de l’écologie –, visent à transformer la section de la route Shaar Hagai-Jérusalem, qui sera remise au niveau des normes internationales.

Selon la société d’État pour l’infrastructure routière, Netivei Yisrael, le projet – qui a un coût estimé à 2,5 milliards de shekels – permettra d’ajouter une troisième voie dans les deux directions sur la partie en question et redressera un grand nombre des courbes.

En outre, plusieurs nouveaux tunnels et nouveaux ponts seront intégrés dans de nouvelles routes qui visent à diluer le trafic à l’entrée de Jérusalem et à permettre aux conducteurs de se rendre à l’intérieur de la ville sans avoir à circuler dans des rues encombrées.

Selon cette organisation, « la rénovation de la route 1 permettra d’améliorer la fluidité de la circulation sur l’une des artères les plus importantes d’Israël. L’élargissement de l’autoroute – en ajoutant une troisième voie et en redressant la courbe dangereuse de Motza – permettra à des dizaines de milliers de passagers d’éviter les embouteillages et d’atteindre rapidement Jérusalem et en toute sécurité. »

Pour faciliter la circulation, Netivei Yisrael a fait un travail de rénovation sur la route est-ouest, la route 443.

Afin d’atténuer les problèmes de circulation aux heures de pointe, le ministère des Transports a interdit les camions sur l’autoroute 1 jusqu’à 09h30 en semaine ; les camions qui se rendent à Jérusalem doivent utiliser la route 443.

Malgré les efforts du ministère, la route 1 est saturée – surtout pendant aux heures de pointe, en particulier sur les 18 km entre Shaar Hagai à l’entrée ouest de Jérusalem (l’échangeur autoroutier de Shaar Moriah) où il faut parfois plus d’une heure pour se rendre d’un point à un autre.

Le tracteur impliqué dans un crash meurtrier le 3 février 2015 (Crédit : Capture d'écran Deuxième Chaîne)

Le tracteur impliqué dans l’accident meurtrier du 3 février 2015 (Crédit : Capture d’écran Deuxième Chaîne)

Au total près de 320 personnes ont été tuées dans des accidents de la route en Israël l’an dernier.

Alors qu’Israël est proche du sommet des graphiques sur la sécurité pour le nombre de tués sur la route pour 100 000 habitants – ce qui représente 3,3 habitants par an (aux États-Unis, il est de 11,6 pour 100 000) – les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé indiquent que les routes d’Israël sont relativement dangereuses par rapport aux autres pays occidentaux.

En 2012, Israël comptait 9,5 décès pour 100 000 véhicules à moteur, ce qui suggère qu’Israël a plus de véhicules que ses routes ne peuvent en accueillir.